La Spécificité du Dériveur Lesté : Sécurité, Polyvalence et Aspects Pratiques
Au cœur de la conception du Corsaire réside sa nature de dériveur lesté, une caractéristique fondamentale qui lui confère une polyvalence et une sécurité remarquables. Ce n’est finalement qu’un gros dériveur avec une fausse quille où loge la dérive. Cette architecture est loin d'être anodine, car elle implique des avantages cruciaux pour les navigateurs. Le Corsaire est un bateau sûr, inchavirable : le lest de 150 kg rappelle toujours le bateau, même dans les cas les plus critiques. Bien que la qualification d'« inchavirable » puisse paraître audacieuse - et certains soulignent que le Corsaire peut même se mettre sur le toit, nécessitant alors une vague importante ou une intervention extérieure pour se remettre d’aplomb si le lest est en l'air - cette capacité de rappel intrinsèque est un pilier de sa réputation de fiabilité.
Au-delà du redressement, la sécurité du Corsaire est renforcée par son insubmersibilité. Grâce à ses 270 litres de polystyrène expansé, le Corsaire est capable de rester à flot avec son équipage. Il est précisé que cela est possible à condition de jeter par-dessus bord tout l’armement lourd, comme le mouillage, mais cette capacité à demeurer à flot est un gage de sérénité pour les marins. Par souci d’étanchéité, l’architecte Jean-Jacques Herbulot n’a pas prévu de trou d’homme sur la plage avant, une décision qui témoigne de la priorité accordée à la robustesse et à l'intégrité de la coque.
La configuration de dériveur lesté offre également des avantages distincts en matière d'échouage, un aspect essentiel pour la navigation côtière. « Contrairement à ce qu’on lit ici où là, le dériveur lesté comme le Corsaire présente un avantage extraordinaire par rapport à un dériveur intégral, à savoir de se poser partout en sécurité. » Cette affirmation est appuyée par des exemples concrets : dans le joli sable, il y a parfois un caillou pointu ou une vieille ancre à jas, et le lest du Corsaire pardonne en mettant la coque hors d’atteinte de ces obstacles. En revanche, dans le cas d’un dériveur intégral, cette même roche pourrait « poinçonner » la partie de coque non protégée autour de la semelle du lest. De plus, inspecter ou caréner les dessous d’un dériveur intégral est simplement impossible, tandis que sur un Corsaire, cette opération est tout à fait réalisable. Il est même possible de s'échouer sans béquilles dans certaines situations favorables.
La maniabilité de la dérive est également un facteur clé. La possibilité de naviguer dérive relevée dans les « lagons » près des côtes, comme l'Île Vierge près de l'Aber Wrac'h, étend considérablement les terrains de jeu du Corsaire. En cas de défaillance, l'expérience montre qu'une dérive bloquée en position haute ne rend pas le bateau inopérant : « une dérive, il arrive que ça refuse de descendre ! Dans ce cas un dériveur lesté comme le Corsaire arrive à remonter au vent correctement ; par contre l’équipage d’un dériveur intégral se sent nettement moins bien… » Cette résilience est un atout précieux.
Cependant, la dérive, si elle est un avantage, peut aussi être source de défis de maintenance sur les modèles les plus anciens. Un problème de dérive coincée est fréquent sur les Corsaire un peu anciens, souvent à cause du passage de la dérive à l’intérieur du lest qui est réduit par de la rouille qui fait gonfler la fonte. Ce phénomène peut rendre la dérive difficile à manœuvrer. L'axe de dérive peut lui aussi se retrouver coincé ; c'est assez fréquent aussi, il faut parfois le détruire en le perçant. Des solutions sont envisagées par les propriétaires, telles que chauffer l’axe au chalumeau, avant d'envisager une destruction. Ces problèmes, bien que complexes, sont bien documentés et discutés au sein de la communauté des Corsairistes. Le forum de l’AS Corsaire est une ressource précieuse, avec des chapitres dédiés comme « Sortir la dérive et puis l’entretenir », un sujet qui fait bien le tour de la question avec de nombreuses pages et messages. Il y est constamment rappelé que ce problème « se soigne ».
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Le Schéma de Pont et les Manœuvres : Performance, Confort et Engagement Physique
Le Corsaire, conçu pour l'initiation et la petite croisière côtière, présente un schéma de pont et un accastillage qui reflètent sa philosophie de simplicité et d'efficacité. Son plan de pont est d’ailleurs particulièrement dépouillé de façon à faciliter les déplacements à bord. Le cockpit, bien que décrit comme étroit et sans passavant pour le Corsaire, est spacieux pour sa catégorie, mesurant 1,80 m de long. Il est étanche et auto-videur, une caractéristique essentielle pour la sécurité. Les ponts dégagés offrent d’excellentes conditions pour la promenade et les bains de soleil, renforçant son attrait pour la croisière familiale. Des équipets et des coffres généreusement répartis présentent un volume de rangement considérable, permettant d'embarquer le nécessaire pour des sorties de plusieurs jours.
En termes de manœuvre, le Corsaire est un bateau qui demande de l'engagement mais offre des sensations de voile authentiques. Le piano a plus d’une corde à son arc, signalant une adaptabilité et des possibilités de réglages poussées pour optimiser les performances. Les rails de voile d’avant sont triplés, offrant des points d'écoute variés pour affiner le réglage du foc ou du génois selon les conditions de vent. Pour les allures portantes, la bôme supporte un ingénieux système de double tangon automatique, une particularité qui rend l'utilisation du spi et l'empannage particulièrement efficaces et "redoutables", la manœuvre pouvant se faire depuis la descente. Cette capacité à bien gérer les voiles de portant est un atout pour la vitesse et le plaisir de naviguer.
L'équipage joue un rôle actif, surtout en régate. Les sangles de rappel « maison » ne laissent pas de place au doute : ici on performe ! Dans les risées, tout le monde est appelé au rappel : on glisse ses pieds dans les sangles et on sort les fesses ! Cette technique, où les marins se positionnent "les fesses dehors", permet d'optimiser le couple de redressement du bateau et de maintenir une meilleure assiette. Pour une croisière familiale et paisible, en revanche, il n'y a pas de nécessité à être tous au vent pour assurer le rappel. En balade, deux personnes au vent, une sous le vent et une assise dans la descente (souvent le plus agréable), c'est parfait. Si ça gîte un peu trop en croisière, il suffit de réduire la voilure.
Le contrôle du Corsaire est direct et engageant. La barre est plus ferme que sur certains bateaux modernes, et on régule avec la grand-voile. Le Corsaire exige de ses marins qu'ils "se musclent les abdos pour maintenir l’assiette, le cap et le rythme !", témoignant d'une navigation plus physique et instinctive. L'absence de filière sur le Corsaire, notée lors de comparaisons, souligne également cette approche de pont dégagé, moins axée sur le confort statique que sur la pureté des lignes et l'efficacité en navigation. Le plan de voilure, avec sa "petite bulle déployée" (probablement un spinnaker), est conçu pour tirer le meilleur parti des vents.
L'Esthétique et la Construction du Corsaire : Une Lignée Intemporelle
L'esthétique du Corsaire est l'un de ses attributs les plus célébrés, lui conférant un charme intemporel. Depuis un bateau à la ligne tendue et racée, très moderne, on ne peut que constater l’indémodable esthétique du Corsaire. Son étrave inclinée, sa tonture négative, son tableau inversé et sa plage avant aussi longue que le cockpit lui donnent une silhouette très dynamique sans être désuète. Il s'agit d'un bateau qui vieillit remarquablement bien, comme en témoigne le fait qu'Antoine Mainfray, l'architecte du Flow 19, est lui-même propriétaire d’un Corsaire des années 1960 patiemment rénové. Un Corsaire, c'est beau ! C'est un sentiment partagé par de nombreux passionnés.
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La construction du Corsaire est un élément clé de son histoire et de son succès. Le Corsaire reprend évidemment le mode de construction en contre-plaqué qui avait si bien réussi au Vaurien et à la Caravelle. Initialement, le Corsaire était construit en contreplaqué d’acajou vissé, puis les méthodes ont évolué vers le contreplaqué d’okoumé époxy collé, offrant une meilleure résistance et une maintenance simplifiée. Dès 1972, JJ Herbulot entreprend le dessin d’un Corsaire en polyester/tissu de verre à la coque strictement identique à celles des bateaux en bois et répondant au même Règlement de Classe, élargissant ainsi les options de matériaux sans compromettre l'identité du bateau. En 1975, l’architecte publie les plans pour la construction à l’unité. C’est ce que l’on a appelé la Construction Amateur, une méthode qui se fait sur les cloisons préalablement mises en place et non sur un moule, rendant le projet accessible aux constructeurs avertis. L’AS Corsaire vend aussi un dossier complet (plans et guide de construction, 210 €) pour la construction amateur, perpétuant ainsi cette tradition.
Le charme de la construction en contreplaqué semble intemporel lorsque l’on regarde les petits croiseurs. La réalisation de maquettes de Corsaire est relativement simple, même si les petites difficultés peuvent venir dans la fabrication du mât et de la bôme qui devront être creux pour respecter le design original. Aujourd’hui, la production du Corsaire se poursuit sous différentes formes. Les moules de la version polyester sont la propriété de l’Association des propriétaires qui les loue depuis peu au chantier Carantec pour que la série continue de se renouveler avec des unités neuves. Parallèlement, une version bois est commercialisée à Nantes par le chantier Brava, offrant aux puristes la possibilité d'acquérir une unité fidèle à la tradition.
Les Origines et la Portée d'un Succès Nautique Français
Le Corsaire est une icône de la plaisance française, dont l'histoire est intrinsèquement liée à celle du Centre Nautique des Glénans. C'est en 1953 que Jean-Jacques Herbulot conçoit le Corsaire pour cette école de voile emblématique. L'école lui devait déjà plusieurs plans devenus légendaires, comme le Cotre des Glénans, et surtout le Vaurien et la Caravelle. Cette fois, l'objectif était de créer un voilier habitable d’initiation à la croisière côtière, un bateau qui permette aux stagiaires de partir plusieurs jours et de dormir à bord. Selon sa fille Florence, « Jean-Jacques aimait la mer, il voulait que tout le monde en profite. » La conception simple et peu onéreuse du Corsaire a été un facteur clé de son succès immédiat.
Le Corsaire n°1 est mis à l’eau à Concarneau en 1954 et fut accueilli au CNG dans l’enthousiasme, marquant le début d'une longue et fructueuse histoire. Le succès est immédiat et les chantiers de fabrication du Corsaire se multiplient. Près de 4 000 Corsaire furent construits, témoignant de sa popularité fulgurante. Un fait marquant de cette époque est qu'en 1957, il était si populaire qu’on pouvait le commander au BHV ou à la Samaritaine, en plein Paris ! Cette anecdote illustre l'intégration du Corsaire dans la vie quotidienne de l'époque et son accessibilité.
Le Corsaire a également servi de tremplin pour de nombreux marins qui sont devenus des légendes. C’est le bateau sur lequel les grands noms de la voile ont commencé : Loïck Peyron, Thomas Coville, Jean Luc Van den Heede, Jérémie Beyou… Cette liste prestigieuse souligne la qualité formative et les aptitudes de navigation que ce petit croiseur est capable de développer.
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En termes de capacité, le Corsaire est conçu pour être à la fois logeable et confortable. Dans la cabine, où trois adultes (ou deux adultes et deux enfants) peuvent coucher confortablement, quatre personnes trouvent de bonnes places assises sur les couchettes ou dans un vaste cockpit. Des équipets et des coffres généreusement répartis, présentent un volume de rangement considérable, ce qui est essentiel pour la croisière. De plus, sa conception permet une grande facilité de transport : le Corsaire se remorque facilement par toute voiture de moyenne cylindrée, ce qui le rend accessible à un large public et permet d'explorer différents plans d'eau.
Ses qualités nautiques - vitesse, maniabilité et confort - en font un bateau attractif depuis des décennies. En navigation, il "remonte correctement au vent, y-compris dans la brise fraiche", démontrant ses bonnes performances au près. Dans la pétole, avantage au Corsaire, qui "avance un peu mieux" que certains concurrents modernes grâce à sa surface mouillée plus réduite. Cependant, c'est vraiment "dans la brise que le Corsaire se révèle", offrant des sensations de voile dynamiques et plaisantes. Ces caractéristiques, alliées à sa robustesse, expliquent la fidélité de ses propriétaires, certains considérant le Corsaire comme leur "madeleine de Proust".
La Communauté et l'Écosystème du Corsaire : L'AS Corsaire et ses Réseaux
La vitalité et la pérennité du Corsaire reposent en grande partie sur l'existence et l'activité de l'AS Corsaire, l'Association des propriétaires. Cette dynamique association joue un rôle central dans la vie de la série, en facilitant la rénovation, la reconstruction, l’accastillage et l’entretien des bateaux via un forum extrêmement actif et des ouvrages techniques. Le forum, avec ses milliers de messages, est un véritable puits d'informations et d'entraide pour les propriétaires, qu'ils soient confrontés à un problème technique de dérive coincée ou qu'ils cherchent des conseils pour une restauration. L'association édite également une revue trimestrielle enviée et établit des liens amicaux entre les membres, contribuant à créer un esprit convivial et solidaire.
L'AS Corsaire s'investit également dans la dynamique sportive de la série. La pérennité de la série tient à la dynamique des régates et aux efforts de l’Ascorsaire pour limiter la course à l’armement et conserver l’esprit convivial des rencontres. Le petit croiseur imaginé pour l’initiation s’est mué en véritable régatier, enchaînant toute l’année parcours côtiers et régates banane. Un calendrier de régates fourni, avec des rassemblements tels que le National (comme le National 2012 à Quiberon, où l'on a pu admirer des Corsaire comme Poisson Rouge, Vert Mine et Éleusis), témoigne de cette activité intense. La possibilité de régater sur les Lacs Suisse ou Italiens avec d'autres Corsairistes sympathiques, sans oublier les plans d'eau d'Aix les Bains, Annecy, Narbonne, Vassivières, Forêt d'Orient ou du Grand Large, montre l'étendue géographique de cette communauté. Le Corsaire est désormais bien admis dans les rassemblements de Voile Classique, comme la Semaine du Golfe ou les Bois de la Chaise, où il est apprécié pour son authenticité et son histoire.
Cet écosystème ne se limite pas à l'association. La longévité de la série est importante et n’est pas prête de s’arrêter, soutenue par une entraide formidable entre propriétaires. Le marché de l'occasion est foisonnant, offrant un choix important de bateaux. Cela s'accompagne de la facilité de trouver du matériel, en particulier des voiles récentes à très bon prix, ce qui est un avantage économique non négligeable pour les propriétaires. Des entreprises spécialisées comme Mini Croiseur se positionnent comme sans conteste le spécialiste du Corsaire en France. Ils sont les seuls à pouvoir fournir des balcons avant et arrière, des cadènes de haubans en inox, des hublots bronze ouvrant, et maîtrisent parfaitement des plans de pont type proposés en accastillage Viadana ou Harken. Ils commercialisent et livrent sur toute la France des gréements complets en version économique, version croisière ou compétition (mât rétreint), incluant le gréement complet pour le Corsaire JOG. Leur département voilerie est à même de fabriquer l’intégralité des jeux de voiles aux cotes HN, croisière ou compétition, garantissant ainsi un soutien complet pour l'équipement et la performance du Corsaire.