L'idée reçue selon laquelle les personnes noires ne savent pas nager, voire ne peuvent pas apprendre à nager en raison de caractéristiques physiques prétendument défavorables, est tenace. Cet article vise à déconstruire ce mythe en s'appuyant sur des études scientifiques, des exemples concrets et des considérations socio-culturelles.
Flottabilité : une question de densité, pas d'ethnie
Certains avancent que les personnes noires coulent plus facilement en raison d'une densité corporelle plus élevée. Une étude de 1971 suggérait que les personnes de race caucasienne flotteraient mieux en raison de téguments de peau plus épais, de poumons et d'un volume résiduel plus petit, ainsi qu'un pourcentage d'os compacts élevé chez les noirs. Une autre étude a mis en avant le centre de gravité du corps comme facteur déterminant, avançant que les personnes blanches auraient un avantage en natation en raison d'un torse plus long et d'un nombril plus bas.
Cependant, il est essentiel de nuancer ces affirmations. La flottabilité est une question de densité corporelle, qui dépend de la proportion de masse grasse, de masse musculaire et de masse osseuse. La masse grasse a une densité inférieure à celle de l'eau, favorisant la flottaison, tandis que la masse musculaire a une densité supérieure. La flottabilité naturelle est personnelle et différente d'un individu à un autre. Elle dépend de l’âge, du sexe et de l’ethnie du nageur. Ainsi, il n'existe pas de base scientifique solide pour affirmer qu'une ethnie serait naturellement moins apte à la natation qu'une autre.
La poussée d'Archimède et la composition corporelle
La flottaison est régie par la poussée d'Archimède, qui stipule que tout corps immergé dans un fluide subit une force de poussée égale au poids du fluide qu'il déplace. La variation de la flottabilité entre différentes personnes s'explique par plusieurs facteurs physiologiques et anatomiques. La composition corporelle, notamment la proportion de masse musculaire, de masse grasse et d'autres tissus, influence la densité du corps. Une personne avec une densité corporelle plus faible a tendance à flotter plus facilement, car la poussée d'Archimède est plus efficace pour compenser son poids. D'autres facteurs, tels que la capacité pulmonaire, la posture, la relaxation musculaire et les compétences en flottaison, jouent également un rôle crucial. Par exemple, une personne qui retient de l'air dans ses poumons aura une plus grande flottabilité. La masse volumique de la graisse est d’environ 0,9 kg par litre, celle du muscle de 1,7 kg par litre. Les personnes plus grasses flotteront donc mieux. Les femmes bénéficient également d’une meilleure stabilité en position horizontale car leur centre de gravité est situé au niveau du nombril du fait de leur bassin plus large.
Le rôle du centre de gravité
Une étude a révélé que si deux nageurs de la même taille, "un noir et un blanc" sont comparés alors "leur taille importe peu, mais c'est la position de leur nombril ou de leur centre de gravité du corps qui fait la différence". Selon Adrian Bejan, "les Blancs" ont l'avantage car leurs nombrils sont plus bas du fait que leurs torses sont plus longs que ceux des Noirs africains Or, plus le torse est long, plus la vague est importante selon le professeur. Alors que, "nager est l'art de surfer la vague que crée le nageur". Et, "le nageur qui fait la plus grosse vague avance le plus vite et plus son torse est long plus la vague est importante". On peut donc penser que les personnes "blanches" en raison de leur torse plus long peuvent nager plus rapidement que les personnes à la peau "noire". Ce qui sous-tend indirectement que les personnes à la peau blanche flottent donc mieux que les personnes à la peau noire. Il est important de noter que cette étude scientifique d'Adrian Bejan vient compléter la première théorie scientifique de Ghesquiere et Karvonien. Ces auteurs rapportent que : "les personnes d'origine caucasienne flotterait mieux que les personnes d'origine africaine grâce aux téguments de peaux épais, aux poumons et à un volume résiduel plus petit, et un pourcentage d’os compacts élevé chez les noirs." Ce qui sous-tend que, plus l'épiderme est lourd, plus le nageur aura du mal à flotter. Et, vu que les personnes de peau noire ont un épiderme plus épais, cela explique donc la raison pour laquelle elle ne flotte pas.
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Morphologie et performance en natation
D'autres études mettent en avant l'importance de la morphologie générale et de la coordination des mouvements dans la performance en natation. Des chercheurs ont révélé que "les résultats sur les mesures anthropométriques indiquent que l’envergure, la longueur des membres inférieurs, la distance bi-acromiale, la surface du maître-couple, sont liés, par ordre d’importance décroissante, à la performance en natation alors qu’il n’existe pas de corrélation entre la performance et l’indice de flottaison". En clair, tous ces membres peuvent rendre très performant une personne de peau blanche tout comme une personne de peau noire à la natation. Et, ils n'ont donc rien à avoir avec la couleur de peau.
Facteurs socio-culturels : un obstacle majeur
La réalité est que les facteurs sociaux et culturels jouent un rôle prépondérant dans la sous-représentation des personnes noires dans la natation. En Afrique, le manque d'infrastructures et de politiques d'apprentissage de la natation constitue un obstacle majeur. En Europe et aux États-Unis, les idées reçues et le manque de modèles peuvent conduire à une auto-sélection vers d'autres sports.
Racisme et ségrégation : un héritage douloureux
Aux États-Unis, l'histoire de l'esclavage et de la ségrégation a laissé des traces profondes. Pendant l'esclavage, il était dans l'intérêt des propriétaires d'esclaves de s'assurer que les personnes réduites en esclavage ne sachent pas nager, afin d'empêcher les tentatives de fuite. Après l'abolition de l'esclavage, les mouvements suprémacistes blancs ont utilisé la violence pour empêcher les Afro-Américains d'accéder aux piscines publiques.
Même après la déségrégation, la discrimination subtile et le manque d'accès aux cours de natation ont continué à freiner la participation des personnes noires à ce sport. Aujourd'hui encore, des inégalités persistent en termes d'accès aux piscines et aux cours de natation dans les quartiers défavorisés, où vivent souvent des populations noires.
Un cercle vicieux
Le manque de représentation des personnes noires dans la natation engendre un cercle vicieux. Le manque de modèles visibles peut décourager les jeunes noirs de se lancer dans ce sport, perpétuant ainsi les stéréotypes et les inégalités.
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Des exemples qui brisent les stéréotypes
Malgré ces obstacles, de nombreux nageurs noirs ont réussi à percer et à atteindre l'excellence. Anthony Nesty, nageur surinamien, a remporté la médaille d'or du 100 mètres papillon aux Jeux olympiques de Séoul en 1988, battant le favori Matt Biondi. Julien Sicot, nageur français, était réputé pour son efficacité en crawl. Aux championnats de France minimes et cadets de la Fédération Française de Natation (FFN), on observe une forte représentation des clubs antillais.
L'histoire d'Eric Moussambani, le nageur équato-guinéen qui a participé aux Jeux olympiques de Sydney en 2000, est également inspirante. Bien qu'il ait appris à nager seulement huit mois avant les Jeux et qu'il ait réalisé un temps très lent, il est devenu un symbole de persévérance et de dépassement de soi.
Initiatives pour promouvoir la natation chez les jeunes noirs
Des associations comme Swim Up aux États-Unis se mobilisent pour offrir des cours de natation gratuits aux enfants noirs issus de milieux défavorisés. Ces initiatives visent à réduire les inégalités en matière d'accès à la natation et à lutter contre les stéréotypes.
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