Les Jeux olympiques sont une scène où se déploient les performances sportives les plus impressionnantes de l'histoire. Cependant, au-delà des records de vitesse et de force, des moments singuliers marquent les esprits, incarnant l'esprit olympique dans toute sa splendeur. Parmi ces récits, celui d'Eric Moussambani, nageur équato-guinéen, se distingue par son caractère insolite et inspirant. Thomas Snégaroff nous fait revivre ces moments épiques.
Eric Moussambani : l'anguille de Guinée équatoriale à Sydney 2000
En 2000, aux Jeux olympiques de Sydney, Eric Moussambani entre dans la légende, non pas pour sa rapidité, mais pour avoir réalisé le 100 mètres nage libre le plus lent de l'histoire olympique. Son temps de 1 minute 52 secondes et 72 centièmes a fait de lui une figure emblématique, surnommée « Eric l'anguille ».
Les circonstances de sa participation sont dignes d'un roman. Sélectionné grâce à une wild card accordée aux pays en développement, Moussambani n'avait jamais vu une piscine olympique de sa vie et avait commencé à s'entraîner seulement huit mois avant les Jeux. Il s'entraînait dans une piscine d'hôtel de 20 mètres de long.
Lors de sa série, il se retrouve seul après la disqualification de ses deux adversaires pour faux départ. Le public, d'abord interloqué, se met à l'encourager avec ferveur. Moussambani lutte contre l'épuisement, nageant avec une technique rudimentaire, sans mettre la tête sous l'eau. Il termine finalement la course, acclamé par le stade.
Malgré les moqueries initiales, Moussambani devient un symbole de la devise de Pierre de Coubertin : "L'important est de participer". Il gagne une notoriété inattendue pour son pays et est invité à des événements et publicités à travers le monde.
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Une détermination sans faille
Après Sydney, Moussambani continue à s'entraîner et améliore considérablement ses performances, portant le record national à 57 secondes. Malheureusement, une erreur administrative l'empêche de participer aux Jeux d'Athènes en 2004.
Aujourd'hui, Eric Moussambani est sélectionneur national de Guinée équatoriale. Il œuvre pour développer la natation dans son pays, offrant aux jeunes la possibilité de s'entraîner dans de meilleures conditions. Son histoire continue d'inspirer, rappelant que la détermination et le courage sont des valeurs olympiques essentielles. "Je travaille pour que notre pays ait de bons nageurs, en leur apprenant les fondamentaux dès le plus jeune âge. Eux, au moins, ont la possibilité de voir et de s’entraîner dans des piscines olympiques", dit-il dans Le Monde.
Abebe Bikila : courir pieds nus vers la gloire à Rome 1960
L'histoire d'Abebe Bikila aux Jeux olympiques de Rome en 1960 est un autre exemple de triomphe sur l'adversité. Remplaçant un coureur blessé, le marathonien éthiopien ne trouve pas de chaussures à sa taille. Il prend alors la décision de courir les 42 195 mètres pieds nus.
Bikila remporte la course, établissant un nouveau record du monde et offrant à l'Éthiopie sa première médaille d'or olympique. Son exploit est d'autant plus remarquable que l'Éthiopie avait récemment gagné son indépendance face à l'occupant italien. Pendant la remise des prix, les musiciens de l’orchestre officiel, qui ne connaissaient pas l’hymne éthiopien, jouèrent celui de l’Italie ». En 1964, lorsque Abebe Bikila inscrit un nouveau record - cette fois-ci avec des chaussures - aux Jeux de Tokyo, c’est bien l’hymne de son pays qui retentit.
Miruts Yifter : la revanche éthiopienne à Moscou 1980
Miruts Yifter, un autre athlète éthiopien, a connu des Jeux olympiques tumultueux. En 1972, à Munich, il est frappé d'une diarrhée carabinée lors des éliminatoires du 5 000 mètres. Il ne put pas prendre sa revanche lors de l’édition suivante, à Montréal, puisque nombre de pays africains, dont l’Éthiopie, avaient refusé de participer aux Jeux pour lutter contre l’apartheid en Afrique du Sud.
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Mais aux Jeux de Moscou en 1980, Yifter décroche l'or sur 5 000 mètres et 10 000 mètres, réalisant un doublé historique.
Etenesh Dirola : l'abnégation malgré l'incident à Rio 2016
Lors des Jeux de Rio en 2016, Etenesh Dirola, coureuse éthiopienne de 3 000 mètres steeple, perd une chaussure après une collision avec d'autres coureuses. Elle termine la course malgré cet incident, recevant l'ovation du public pour sa détermination.
Kipchoge Keino : la douleur surmontée à Mexico 1968
Aux Jeux de Mexico en 1968, le Kenyan Kipchoge Keino est victime d'une infection de la vésicule biliaire. Le médecin lui conseille d'abandonner, mais Keino se présente tout de même au 5 000 mètres et remporte la médaille d'argent.
Quelques jours plus tard, il se retrouve bloqué dans les embouteillages en se rendant à la finale du 1 500 mètres. Il court les 3 kilomètres restants et arrive au stade quelques secondes avant le départ. Il remporte la médaille d'or.
L'équipe féminine de hockey du Zimbabwe : la surprise de Moscou 1980
En plein boycott occidental des Jeux de Moscou, l'équipe féminine de hockey du Zimbabwe est invitée à participer. À la surprise générale, elle remporte le tournoi, offrant à son pays sa première médaille olympique. Les joueuses offrent ainsi une première médaille à leur pays, qui avait été exclu des Jeux de Munich et de Montréal en raison du soutien de son gouvernement à la politique de l’apartheid.
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Josia Thugwane : du kidnapping à la médaille d'or à Atlanta 1996
Le marathonien sud-africain Josia Thugwane connaît une trajectoire incroyable. Cinq mois avant les Jeux d'Atlanta en 1996, il est victime d'une tentative de vol de voiture et de kidnapping.
Après une hospitalisation de plusieurs semaines, Thugwane se présente au départ du marathon olympique et remporte la course, devenant le premier Noir sud-africain à remporter une médaille d'or olympique.