L'univers de la chanson française offre une richesse inépuisable de thèmes et de métaphores pour explorer les complexités des sentiments humains. Parmi les artistes dont l'œuvre saisit avec une finesse particulière les nuances des relations amoureuses, Vincent Delerm occupe une place de choix. Son talent pour articuler textes, mélodies, instruments et voix dans une forme de poésie sensible, souvent matinée d’humour, fait de ses chansons une véritable exploration de l'âme humaine. L'une de ses pièces emblématiques, "Natation Synchronisée", issue de son deuxième album en 2004, a non seulement marqué les esprits mais a également contredit une affirmation répandue chez certains journalistes qui déclaraient, avec une certaine assurance, que "Delerm, ça marchera jamais, y’a pas de refrain". Cette chanson, qui passait assez souvent à la radio à l'époque, a prouvé la pertinence d'une écriture singulière, capable de captiver même sans les structures classiques.
Vincent Delerm, que l'on a vu aux Victoires de la musique 2017, au Zénith de Paris, le 10 février dernier, est une valeur (méga) sûre de la chanson française. Son œuvre est profondément imprégnée de littérature, héritage probable d'un environnement familial où son père Philippe est auteur et sa mère Martine illustratrice. Mais le cinéma n'est jamais loin non plus dans son travail, lui qui a rédigé un mémoire de maîtrise sur François Truffaut et a même réalisé quelques œuvres filmiques. Ses créations sont souvent marquées par une belle tonalité mélancolique, une certaine simplicité qui n'est pas du tout hautaine, et un sens aigu de la psychologie des personnages. C’est de la chanson humaine, une chanson qui parle de nous, de nos fêlures et de nos espoirs, avec une justesse émouvante.
Le Caractère Répétitif des Histoires d'Amour: Une Plongée dans la "Natation Synchronisée" de Delerm
La chanson "Natation Synchronisée" de Vincent Delerm offre une perspective unique sur le thème de l'amour. En 2004, Vincent Delerm s’est démarqué d'une tendance fréquente en chanson qui évoque la natation en mettant en avant les risques de noyade qui l’accompagnent. Lui a choisi une autre voie, lorsqu’il a comparé le caractère répétitif des histoires d’amour, qui ont effectivement tendance à toutes se ressembler, avec ces nageurs et ces nageuses qui enchaînent en musique les mêmes acrobaties. Il s'agit là d'une brillante métaphore pour dépeindre ces cycles amoureux qui se répètent, avec leurs élans et leurs chutes, à la manière des ballets aquatiques de ce que l’on appelait autrefois la natation synchronisée. C’est aussi le titre même du morceau de Delerm, un titre qui encapsule parfaitement cette idée d'une beauté orchestrée, mais prévisible.
Sur scène, Vincent Delerm donne la pleine mesure de son talent. Il pleut ce soir sur le Volcan qui nous attend, sans tambour ni trompette, ni violon ni orchestre pour le nouveau concert de Vincent Delerm. Un piano à queue majestueux trône sur la scène à côté d’un drôle de piano droit un peu arrangé. Une sorte de piano mécanique va accompagner le chanteur toute la soirée comme si un fantôme tapait sur les touches et nous rejouait en douce les airs passés qu’on a tellement aimés. Ce dispositif scénique particulier renforce l'atmosphère onirique et intemporelle de ses performances. Le retour en arrière est palpable, et les premières chansons tournent avec délicatesse autour des moments furtifs de couples qui se font et se défont. Ces instants se déroulent souvent dans des ambiances urbaines un peu sophistiquées, des ambiances de cinéma qui pourraient aboutir à un film sur grand écran, tendance Art et Essai, un peu triste, juste ce qu’il faut. On est sur le fil et tout pourrait basculer dans la joie ou dans le drame, un équilibre fragile que Delerm sait si bien capter. Après ses dernières créations, Vincent Delerm emballe la salle avec la reprise des morceaux anciens qui nous trottent toujours dans la tête, sortis en grande partie du « Kensington Square » 10 ans plus tôt. C'est l'occasion de chanter des titres comme "Les filles de 1973", sans se soucier de révéler l'âge qu'elles ont aujourd'hui. L’élégance oblige à ne rien dire, mais on le chante, c’est beaucoup mieux ! La salle reprend alors à tue-tête les refrains, entraînée par le piano joyeux qui mène la danse. Espiègle, le chanteur fait parfois répéter une reprise qui avait un peu cafouillé et les spectateurs, bon enfant, jouent le jeu, tout le monde s’amuse.
Vincent Delerm excelle à croquer à merveille la difficulté qu'ont ses personnages à se parler. Il sait restituer en quelques mots les échanges malhabiles qui deviennent étranges et saugrenus, ces moments où l’amour semble empêché malgré le désir qui passe. C'est dans ces interstices de la communication qu'il excelle, décrivant la quête de l'autre, les mots qui manquent parfois ou alors qui manquent leur cible. C'est ainsi que l'on avance dans des « piscines parallèles, en natation synchronisée », une image forte pour signifier des trajectoires qui se côtoient sans se rencontrer pleinement, ou des mouvements coordonnés mais sans véritable connexion. Vincent Delerm cisèle ses textes avec délicatesse et joue toujours aussi bien avec les sonorités, avec une métrique si originale qu’elle redynamise les mots d’amour et les sauve de la banalité. La littérature n’est jamais bien loin de sa poésie, comme en témoigne l'évocation de « Fanny Ardant posée sur l’étagère entre un bouquin d’Eric Holder (…) et une carte postale de Maria ». Le cinéma n'est jamais loin non plus, avec les ombres chinoises vieillottes et bricolées sur de vieux rétroprojecteurs qui passent sur le mur du fond, des images qui rappellent les salles de TD « aux tables fusillées au blanco ». Ce chic décalé est une signature de l'artiste. Lorsqu'il demandait à Anita Peterson si « L’animation diapositive est-ce quelque chose qui vous arrive ? », il posait déjà les jalons de ces univers visuels poétiques. Et quand la voix troublante de Trintignant s’échappe de la bande son d’ « Un homme et une femme », accompagnée par les accords élégants du piano, l’on rêve encore à la possibilité d'une rencontre, d'une réponse à la question : « Une femme qui vous écrit sur un télégramme « Je vous aime », on peut aller chez elle… ? Ah, oui ! ».
Lire aussi: Marchand brise les records
Lire aussi: Tout savoir sur l'Équipement de Natation
Lire aussi: Natation enfantine : une activité bénéfique ?