L’épopée des champions réunionnais : Laurent Chardard et Dimitri Pavadé, des trajectoires marquées par la résilience

Le sport de haut niveau révèle parfois des parcours d’une intensité rare, où la volonté individuelle transcende les traumatismes les plus profonds. L’île de La Réunion, terre de contrastes et de défis, a vu naître des athlètes dont le mental d’acier est devenu une référence mondiale dans le monde handisport. Parmi eux, le nageur Laurent Chardard et l’athlète Dimitri Pavadé illustrent cette capacité exceptionnelle de l’être humain à transformer une épreuve physique majeure en un tremplin vers l’excellence. Leurs histoires, bien que différentes par leurs origines et leurs disciplines, convergent vers une même quête : celle de la performance absolue et de la maîtrise de soi.

La renaissance aquatique de Laurent Chardard

Le parcours de Laurent Chardard est indissociable d'un événement qui a bouleversé sa vie. Le 27 août 2016, alors qu’il s’adonne à sa passion du body-board, à Boucan-Canot, au nord-ouest de l’île de La Réunion, ses vacances vont soudainement virer au cauchemar. Les vagues sont belles. Le drapeau rouge est hissé, mais « c’était surtout pour la baignade. Pour nous les surfeurs, plus les vagues sont grosses, plus on est contents ». Malheureusement, il va vivre l’impensable : il est victime d’une attaque de requin.

« Ça a été ultrarapide. Je ne l’ai pas vu venir, avait-il raconté à Libération, en juin dernier. Je ne l’ai pas vu s’en prendre à moi, j’ai juste aperçu une masse gris-marron, typique du requin-bouledogue, arriver d’en dessous. J’ai la chance de me souvenir de tout mon accident et je sais que j’ai fait les bons choix : au moment de l’attaque, le requin m’a pris le bras droit et m’a tiré vers le fond. J’ai riposté en le tapant avec ma main gauche, ce qui m’a coûté mon pouce. On dit qu’il faut taper dans les branchies mais je ne sais pas où je l’ai touché. »

Laurent Chardard parvient à remonter à la surface. Il comprend alors que son bras est sectionné. Il hurle à la vingtaine de surfeurs qui l’entoure qu’il y a un requin. Son alerte permet aux autres de fuir. Lui subit une deuxième attaque. « Le requin est revenu exactement de la même manière que la première fois. » Cette fois, il se fait attraper par la jambe et se fait de nouveau emporter vers le fond. Il trouve encore la force de remonter. Puis les secours sont arrivés à sa hauteur pour le prendre en charge. Il est vivant mais grièvement blessé. Mutilé même.

Laurent Chardard fait alors preuve d’une force mentale hallucinante. Il ne se laisse pas abattre. « Je me suis dit, de toute façon, je n’ai plus le bras ni la jambe, faut voir ce qu’on peut faire avec, ou sans plus exactement », trouvant la force d’en sourire. Ingénieur de formation, le Saint-Pierrois de naissance a su canaliser son esprit de compétition vers une nouvelle discipline. Trois ans après l’accident, il s’est mis à la natation. Par hasard.

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« Je n’aimais pas trop ça au début. À l’origine, avant son accident, je voulais me remettre au surf, avait-il raconté à Jean-Baptiste Maître, reporter sportif à Ouest-France qui l’avait suivi lors des championnats de France, en juin dernier. Puis, je me suis pris au jeu. Au départ, j’étais dans le rugby même, mais dans le sport, j’aime aller chercher les limites, je suis compétiteur. À La Réunion, avec mes potes, on se tirait la bourre en surf en faisant des manœuvres, en essayant de faire la meilleure session, de prendre la meilleure vague et se challenger. En natation, j’ai commencé à m’investir, regarder les améliorations et les détails que nécessitent la natation à haut niveau et surtout la quête de la performance et des chronos », confie-t-il.

La consécration paralympique : de Tokyo à Paris

Le travail acharné du nageur réunionnais porte ses fruits dès 2019, avec une médaille d’argent sur 50 mètres papillon aux mondiaux handisports de Londres. Il devient champion d’Europe sur le 100 mètres dos à Funchal en 2021, puis à nouveau sur la plus haute marche en 50 mètres papillon lors des mondiaux de 2022. À l’été 2023, le nageur français confirmera sa progression en remportant 3 médailles mondiales dont un nouveau titre en 50m nage libre S6.

Pour sa première participation aux Jeux paralympiques, Laurent Chardard s’est qualifié pour la finale du 50 m papillon. Le lundi 30 août 2021, il termine à la quatrième place sur le 50 m papillon S6. Le jour même de son anniversaire, il s’est ainsi qualifié pour sa première finale olympique. S’il n’a pas décroché de médaille cette fois, Laurent aura d’autres occasions dans les prochains jours. Il fera son retour dans le grand bassin pour le 100 m nage libre mercredi. Laurent Chardard termine à la quatrième place sur 50 m papillon S6… Le nageur réunionnais a fait un bon départ, " ça pèche un peu en milieu de course, mais il faudra mettre les ingrédients pour la suite " ajoute-t-il.

Le 5 septembre 2024, le nageur Laurent Chardard s’est une nouvelle fois paré de bronze. Deux jours après sa première médaille olympique en 50 mètres papillon, il a décroché la troisième place lors de la finale du 100 m nage libre (S6) à la Paris Défense Arena. Au terme d’une course extrêmement serrée, Laurent Chardard va chercher la médaille de bronze. Il n’était pourtant que 6e après la première longueur. Il concourrait en S6. Une catégorie destinée aux nageurs dont la coordination est modérément limitée d'un côté du corps, très limitée du bas du tronc et des jambes, et aux nageurs de petite taille, ou l'absence de membres. Deux médailles de bronze en deux courses, c'est une très belle moisson pour le sportif de saint-pierrois.

Le parcours de détermination de Dimitri Pavadé

Dans une dynamique similaire, Dimitri Pavadé, né le 14 août 1989 au Port à La Réunion, incarne une autre facette de l’athlétisme paralympique. Dimitri est né et élevé dans une famille modeste sur l’île intense de la Réunion. Depuis tout petit, Dimitri aime la compétition et les nouveaux défis. "J’ai toujours eu un esprit combatif." explique-t-il. Son parcours sportif a débuté dès son jeune âge, pratiquant divers sports dans le cadre scolaire et jouant au football avec ses amis. Mais c’est dans l’athlétisme qu’il a trouvé sa véritable passion.

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Deux jours avant Noël 2007, alors qu’il travaillait en tant que docker sur le port de sa ville natale, Dimitri a été confronté à un grave accident qui a changé le cours de sa vie. Percuté par le contre-poids d’un chariot élévateur, il a subi une amputation au niveau de son tibia droit. Malgré la perte imminente de sa jambe droite, Dimitri a accepté avec courage les défis qui se dressaient devant lui. "Quand j’ai vu ma jambe au moment de l’accident, je savais que j’allais la perdre." se rappelle-t-il. Dès la fin de sa rééducation, Dimitri s’est fixé un objectif clair : marcher à nouveau sans l’aide de personne.

Dès le mois de juin 2008, Dimitri est à nouveau sur pied. Il reprend ses études et travaille dans un hypermarché. Après avoir traversé des mois de rééducation intensive, il prend la décision courageuse de quitter son île natale pour rejoindre la métropole et poursuivre une formation de technicien orthoprothésiste en Dordogne. C’est aussi à ce moment que Dimitri embrasse une nouvelle passion : l’athlétisme handisport. Pendant quatre ans, Dimitri a jonglé entre son travail d’orthoprothésiste et ses entraînements d’athlétisme avec une détermination sans faille. "Mes journées étaient denses : je commençais à travailler à 7h du matin jusqu’à 16h, enchaînant ensuite avec mon entraînement de 18h à 20h." explique-t-il.

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