Pour rester informé des Jeux paralympiques, abonnez-vous à la newsletter Libélympique, offerte chaque matin. La paranatation française nourrissait de grands espoirs pour ce jeudi 29 août, avec l'entrée en lice d'Ugo Didier et d'Alex Portal. Ces deux jeunes hommes de 22 ans, tous deux étudiants en ingénierie et évoquant l'allure d'Harry Potter, possèdent des palmarès impressionnants qui les positionnent comme de sérieux prétendants aux titres dans leurs catégories respectives.
Un Début Difficile Transformé en Force
Ugo Didier, originaire de Toulouse et membre du Cercle des nageurs de Cugnaux, est né avec des pieds bots, une atrophie musculaire et une absence de mollets. Il concourt dans la catégorie S9, regroupant les handicaps physiques les moins sévères. Il explique : «Je ne peux pas marcher ou rester debout longtemps, je ne peux pas courir, sauter, faire des efforts intenses, ni jouer au foot. Mes jambes donnent constamment l'impression qu'elles vont se briser. La natation était donc le sport le plus adapté pour moi.»
Son entraîneur, Samuel Chaillou, a analysé cette situation dans l'Equipe : «Ugo manque de force dans les jambes. Il doit compenser son manque de stabilité au niveau des genoux. En raison de l'atrophie musculaire et des chevilles bloquées, il ne peut pas pousser complètement lors des virages. Cela affecte également ses battements de jambes, car un pied offre plus de résistance à l'avancement… Il faut trouver un mouvement de jambes qui lui permette de s'équilibrer, d'avancer si possible, mais surtout de ne pas freiner.»
Des Débuts chez les Valides à la Révélation en Paranatation
Ugo Didier a commencé par nager avec des personnes valides. «À l'époque, j'ignorais ce qu'était le handisport. Quand je l'ai découvert, grâce à une amie de colonie de vacances, je pensais que c'était réservé aux amputés et aux personnes en fauteuil roulant», se rappelle-t-il. Il rejoint un club de paranatation à l'âge de 14 ans. À partir de ce moment, sa carrière prend une dimension fulgurante : à 16 ans, il remporte son premier titre de champion du monde sur 100 m dos, sa spécialité, et obtient son baccalauréat scientifique avec la mention «très bien». Quatre ans plus tard, il décroche deux médailles aux Jeux de Tokyo, l'argent sur 400 m nage libre et le bronze sur 200 m quatre nages.
Une Constance Remarquable et des Ambitions Affichées
Entre ces succès, Ugo Didier s'est illustré aux championnats d'Europe de Dublin et aux championnats du monde de Londres, réitérant ses performances à Funchal (Portugal) et à Manchester en 2022 et 2023, avec un total de huit médailles d'argent et une de bronze. En avril dernier, à Funchal, l'étudiant en génie civil à l'Institut national des sciences appliquées de Toulouse a ajouté cinq nouvelles médailles à son palmarès, dont trois en or et deux en argent.
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En préparation pour les Jeux de Paris, Ugo Didier a travaillé sur deux aspects essentiels pour compenser le manque de puissance dans ses jambes : l'alignement du corps, en particulier le positionnement de la tête, et la prise d'appui de la main dans l'eau. Son principal rival est le Milanais Simone Barlaam.
Une Histoire de Famille
Il est à noter que le frère d'Ugo, Lucas Didier, âgé de 21 ans et atteint de la même pathologie, fait également partie de la délégation française en tennis de table.
Triomphe aux Jeux Paralympiques de Paris 2024
Ugo Didier a décroché l'or paralympique sur 400 m nage libre S9 lors des Jeux de Paris 2024, dominant l'Italien Simone Barlaam, favori de la compétition. Cette victoire représente la première médaille d'or pour la France dans ces Jeux.
Trois ans après sa médaille d'argent à Tokyo, le nageur français de 22 ans a réalisé une fin de course spectaculaire, rattrapant Simone Barlaam, double champion du monde en titre, et le devançant de 1''61. Sa course a été une démonstration de stratégie, prenant son temps et remontant progressivement pour finalement dépasser Barlaam.
Comme Léon Marchand, Ugo Didier s'entraîne régulièrement aux Dauphins du TOEC. Il avait affiché ses ambitions avant les Jeux, visant la plus belle des médailles et espérant réaliser une moisson de victoires.
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D'Autres Épreuves en Vue
Ugo Didier participera également au 50 m nage libre, au 100 m dos et au 200 m quatre nages, épreuves dans lesquelles il avait remporté des médailles lors des Championnats du monde 2023.
Alex et Kylian Portal : Une Fraternité dans l'Eau
Le sport est aussi une histoire de fratrie chez Alex Portal, cette fois vécue entièrement dans les mêmes eaux. Les deux frères sont atteints d’albinisme oculaire, maladie congénitale qui les empêche notamment de voir net à plus d’un mètre et qui engendre une photophobie. Alex Portal nage dans la catégorie S13, dédiée aux personnes atteintes de déficiences visuelles les moins lourdes, et son cadet Kylian (17 ans) entre la S12 et la S13. Les Portal brothers de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) pourraient même se faire face sur le 400 m nage libre. Mais un scénario à la Abel et Cain est peu probable. Les interviews les montrent complices, et sur Instagram, la paire s’affiche dos à dos et tout sourire. Non, la présence du duo dans la même sélection «n’est pas une situation difficile à gérer, dit Guillaume Domingo, manager de la performance, parce qu’ils s’entendent très bien».
Questionnée sur la perspective d’avoir deux fils en compétition, leur mère Virginie répond ceci au site média Actu 78 : «Cela double le stress, on va dire. […] Je suis tellement contente pour eux qu’ils se soient qualifiés tous les deux. Et en plus, qu’ils aient l’opportunité de faire une course ensemble. Je suis à la fois excitée, parce que cela s’approche, et forcément un peu anxieuse, parce que j’ai envie que cela se passe bien pour eux. C’est beaucoup d’émotions mélangées. On espère donc qu’ils auront de beaux résultats.»
L’aîné, décrit surdoué, d’une glisse hors pair détectée très tôt, part avec un avantage au vu des palmarès : spécialiste du papillon et du crawl, Alex compte déjà deux médailles olympiques (argent et bronze), décrochées à Tokyo en 2021, quatre titres mondiaux en 2023, une palanquée de médailles d’argent et de bronze de niveau mondial ou européen. La jeune pousse Kylian peut se prévaloir de 4 médailles dont 2 en or aux Jeux européens de la jeunesse, et du bronze décroché sur le 400 m nage libre aux championnats du monde 2023… deux marches en dessous d’Alex. A Paris, en plus de cette discipline, Alex (qui poursuit par ailleurs ses études à l’Ecole supérieure d’ingénieurs Léonard-de-Vinci, à Courbevoie) nagera aussi le 50 m nage libre, le 100 m papillon, et le 200 m 4 nages.
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