Voiles maximales IMOCA : Une analyse approfondie

Au fil des ans, les IMOCA (International Monohull Open Class Association) ont subi des transformations techniques remarquables. Ces monocoques open de 60 pieds (18,28 m) sont devenus des symboles d'innovation et de performance dans le monde de la course au large. Des quilles basculantes à l'informatique sophistiquée et aux foils révolutionnaires, les IMOCA ont repoussé les limites de la navigation en solitaire. Cet article se penche sur l'un des aspects essentiels de ces voiliers de haute technologie : le nombre maximal de voiles autorisées à bord.

Évolution technique des IMOCA

En 1998, l'introduction des quilles basculantes a marqué une étape importante, permettant d'augmenter le couple de rappel. L'essor de l'informatique a également transformé la gestion des prévisions météorologiques et la communication. Les pilotes automatiques sont devenus de plus en plus sophistiqués, facilitant ainsi la navigation en solitaire. Les carènes et les plans de voilure ont évolué, les bateaux gagnant en puissance avec des arrières élargis et améliorant leur performance au près. Les cockpits ont également été améliorés, devenant plus protégés, avec certains équipés de casquettes de roof coulissantes pour sécuriser la zone de manœuvre.

Au milieu des années 2000, une nouvelle révolution a eu lieu avec l'apparition des foils sur les multicoques de l'America's Cup, avant de faire leur entrée rapide dans le monde des monocoques IMOCA. Ces plans porteurs, en forme de moustaches de Dali, permettent aux bateaux de « déjauger », c'est-à-dire de se redresser sur l'eau et de limiter la résistance, ce qui améliore considérablement la vitesse. En 2016, six foilers participaient au Vendée Globe ; quatre ans plus tard, leur nombre avait grimpé à 19. Depuis, la classe IMOCA a élargi la jauge concernant les foils, leur offrant plus de liberté de mouvement (haut et bas, avant et arrière), ce qui stimule la créativité des architectes.

La classe IMOCA a récemment renforcé son engagement environnemental en introduisant de nouvelles dimensions dans sa jauge. Parmi les principales mesures, on trouve la réduction de l’impact environnemental des nouveaux bateaux, l’encouragement pour utiliser des matériaux alternatifs pour les pièces non structurelles du bateau, l’interdiction d’utiliser des matériaux non recyclables et nocifs ou encore l’obligation d’avoir une voile éco-conçue sur les sept embarqué.

L'IMOCA MACSF : Un exemple d'évolution

L'IMOCA MACSF, initialement construit pour Marc Guillemot, illustre parfaitement cette évolution. Ayant porté les noms de Safran, Groupe Quéguiner, Generali et Monin, ce monocoque a connu de nombreux podiums. Fruit de la collaboration entre le cabinet d'architectes VPLP et Guillaume Verdier, il a terminé 3ème lors de son premier Vendée Globe en 2008. Mené par Yann Elies entre 2015 et 2017, il a terminé le Vendée Globe 2016 à la 5ème place. En 2018, Isabelle Joschke et le groupe Monin ont lancé un partenariat qui l'a menée à son objectif, le Vendée Globe 2020. L'arrivée du groupe MACSF fin 2018 a permis à la navigatrice de se lancer pleinement dans cette belle aventure.

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Au fil des ans, les améliorations techniques ont permis à l'IMOCA MACSF de disposer d'une grande robustesse et d'un très bon niveau de fiabilité. Sa puissance modérée le rend un peu moins dur à mener que les bateaux plus récents, et c'est le meilleur IMOCA ancienne génération à être équipé de foils. « C’est un bateau mythique, très bien construit et précurseur de la nouvelle génération des 60 pieds », explique Alain Gautier, team manager d’Isabelle Joschke et propriétaire du bateau avec sa structure, Lanic Sport Team.

Après des années d’expérience et de nombreuses compétitions à son actif, Isabelle Joschke a tissé une relation de confiance avec son bateau. Capable de jouer aux avant-postes dans les grandes courses, MACSF est un bateau à l’aise dans la brise, apte à tenir de bonnes moyennes.

En 2018, l'IMOCA a profité d'une remise à neuf, notamment avec cinq modifications majeures : ajout de foils, nouveau mât aile, nouvelle casquette, changement d’électronique et modification des voiles. Hormis la coque, l’ensemble de la structure a été revue afin de permettre à MACSF d'être plus rapide. Afin de limiter les efforts à bord, les systèmes ont été adaptés au petit gabarit d’Isabelle. Abaisser la colonne des winchs ou installer un pédalier en bas de cette même colonne, par exemple, lui permettent de produire moins d’efforts et d’accroître l’efficacité de ses mouvements. En plus de ces modifications techniques, l’IMOCA arbore les couleurs du groupe MACSF et un design dynamique et élégant. Réalisé par Nicolas Gilles de l’agence Désigne, son design évoque à la fois modernité, légèreté, sportivité et féminité.

Depuis le Vendée Globe 2020, le système de vérin a été amélioré afin de consolider la quille et le moteur a été reculé pour permettre un meilleur équilibre. L'étrave a également été modifiée lors du chantier d'hiver 2022, lui offrant une courbe plus arrondie, dans le but d'optimiser le passage dans la mer lorsque l'IMOCA navigue au portant. Lors du chantier d’hiver 2024, le bateau a été doté d’un système permettant de réguler l’évacuation de l’eau et d’améliorer la protection des embruns et de l’humidité, afin d’apporter un confort plus relatif à sa skipper. Pour le Vendée Globe 2024, de nombreux systèmes ont été doublés ou triplés afin d’offrir à Isabelle différentes options de réparation. L’énergie étant le point clé, une attention toute particulière a été portée sur les hydrogénérateurs, les panneaux solaires et le moteur.

Le nombre maximal de voiles à bord : Une question cruciale

La jauge IMOCA est claire : les marins du Vendée Globe ne peuvent pas emporter avec eux plus de 8 voiles, tourmentin compris. Cette sélection fait l’objet d’une réflexion approfondie. Comme l’expliquait Jérémie Beyou, le skipper de Charal : « Sur les foilers, nous avons renoncé au J1 pour privilégier les différents gennakers et autres voiles de descente dite plates. Sur les quatre voiles de portant, il est nécessaire de faire le bon choix : plutôt en tête ou au capelage ? »

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Les voiles sont le moteur du bateau et conçues au millimètre près. Non seulement elles doivent avoir la bonne taille et la bonne forme, mais elles doivent également être fiables et durables. La plupart des voiles doivent tenir sur l'ensemble du tour du monde. Les voiles sont également chères, c'est pourquoi l'IMOCA et les règles de The Ocean Race fixent une limite maximale du nombre de voiles autorisées pendant la course.

Selon Thomas Jullien, jaugeur IMOCA, les bateaux sont autorisés à naviguer avec un maximum de huit voiles à bord, dont une doit être le tourmentin, qui est obligatoire. Ensuite, il y a une règle spécifique à The Ocean Race, selon laquelle chaque équipe est autorisée à utiliser un total de 11 voiles plus le tourmentin sur l'ensemble du tour du monde.

Les différents types de voiles

Voiles classiques

  • Grand-voile : D’une superficie de 180 m2 environ, elle est entièrement lattée et propose trois ou quatre bandes de ris selon le choix du skipper. Son prix de fabrication tourne autour de 50 000 euros pour un poids compris entre 74 et 100 kilos. Très sollicitée et primordiale pour la vitesse, la grand-voile est fabriquée dans une membrane très résistante.
  • J1 : Une voile d’avant de moins utilisée et carrément absente des IMOCA les plus récents, mesure environ 150 m2 et est amurée à l’étrave. Elle est utilisée au près dans les petits airs et peut rendre bien des services dans les zones de transition type Pot au noir ou de molle.
  • J2 : Réalisé en membrane et structurelle, c’est à dire que l’étai sur lequel elle est engagée participe à la tenue du mât, elle fait environ 110 m2. Dès que le vent forcit, le skipper utilise le J3, un J2 plus petit (environ 55 m2) qu’il est possible d’affaler.

Voiles de portant et de reaching

  • J0 (gennaker) : Mesure 180 m2 (il est en tête et amuré sur le bout dehors) et se borde sur l’outrigger. Précisons qu’il peut aussi être utilisé au près par petit temps.
  • Quad : Plus creux et plus grand, est très bien adapté à la VMG descente. En tête, bordé dans l’outrigger et repris sur le bout dehors, sa superficie tourne autour de 235 m2.
  • FR0 (code zéro fractionné) : Bordé sur l’outrigger, fait 155 m2, est au capelage et amuré, lui aussi, sur le bout dehors.
  • JTop : De 120 m2 et au capelage, remplace avantageusement le J2 au portant dans la brise car plus creux. Les skippers en attendent beaucoup dans les mers du Sud lorsque le vent dépassera les 30 nœuds.
  • Mast Head 0 : Le grand gennaker adapté au petit temps et au medium (moins de 12/13 nœuds), qui fait entre 280 et 290 m2, est capelé en tête et amuré sur le bout dehors. Son point d’écoute revient très arrière de l’IMOCA, au niveau des Jockey pool. Conçu en membrane, il est préféré au A2 par les foilers car son range d’utilisation au portant est plus grand.
  • A7 : Sorte de Fr0 plus creux et plus volumineux (sa superficie atteint 190 m2), il est au capelage et amuré sur le bout dehors. Il s’avère très efficace en VMG descente par vent fort.
  • A2 : En tête et amuré sur le bout dehors, est la plus grosse voile existante puisque sa superficie est comprise entre 360 et 410 m2. Elle est très utile pour forcer la descente au portant dans le petit temps ou le médium (15 nœuds max). Son point d’écoute revient ,lui aussi, au niveau des Jockey pool.

Voile de sécurité

  • Tourmentin : Une petite voile triangulaire très robuste, conçue pour encaisser les pires conditions de vent.

Importance du choix des voiles

Les équipes sont limitées dans le nombre de voiles qu'elles peuvent utiliser pendant la course. Faire les bons choix est essentiel pour la performance. Une limite de 11 voiles ne laisse pas beaucoup de place pour les rechanges, c'est pourquoi chaque voile doit être suffisamment solide pour réaliser le bateau un tour du monde. Si une grand-voile est irréparable, l'équipe n'aura pas d'autre choix que de la faire remplacer par une nouvelle, dans le quota des 11 autorisées. Avoir déjà atteint son quota de voiles et ne pas avoir de grand-voile de secours serait une catastrophe pour une équipe.

Il n'y a pas de magie dans le choix des voiles. Plus vous dédiez une voile pour certaines conditions, moins elle est performante dans d'autres conditions. Il s'agit donc de déterminer les conditions que vous pensez rencontrer et le degré de spécialisation de vos voiles pour ces conditions. La solution généralement retenue est celle de chercher une bonne vitesse moyenne dans un éventail de conditions et d'angles de navigation, plutôt que de viser un angle d'attaque particulier.

Un autre compromis consiste à déterminer la résistance de vos voiles. Une voile plus solide est généralement une voile plus lourde, ce qui est idéal pour la brise soutenue et les conditions difficiles, mais moins pour des vents plus faibles où une voile plus légère passera mieux qu'une voile lourde.

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La préservation des voiles : Une priorité

La préservation des voiles est en tête des priorités de chaque équipe. Par exemple, lors de la première étape de The Ocean Race à Alicante, l'équipe GUYOT environnement - Team Europe a eu un problème d'enroulement avec la voile J-0. Au lieu de prendre le risque de ne pas changer de cap au portant et de tirer très fort jusqu'à ce que le mauvais pli se corrige, ils se sont mis plein vent arrière, ont déroulé la voile sans la charger, se sont assurés qu'elle était bien ré-enroulée, puis ont repris le cap et la course. C'est lent, mais cela permet de préserver la voile.

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