Le monde de l'influence en ligne, florissant et en constante évolution, se retrouve régulièrement au cœur de controverses. Parmi celles-ci, l'affaire entourant le couple d'influenceurs Marc et Nadé Blata (connus sous leurs vrais noms, Marc Oceane Singainy Tevanin et Nadira Brik Chaouche) est emblématique des défis et des dérives potentiels de ce secteur. Basés à Dubaï, ils sont au centre d'une attention médiatique et judiciaire accrue depuis le 23 janvier, suite à l'annonce de deux plaintes collectives qui visent spécifiquement leurs pratiques de promotion. Ces plaintes ont mis en lumière des soupçons d’arnaques en ligne et de promotions jugées douteuses, soulevant des questions fondamentales sur la responsabilité des influenceurs et la protection des consommateurs. L'envergure de ces accusations, ainsi que les défenses apportées par le couple, dessinent les contours d'une bataille juridique complexe qui pourrait redéfinir les règles de l'influence numérique.
Le Couple Blata : De la Notoriété aux Controverse
Marc et Nadé Blata, figures bien connues des réseaux sociaux, ont acquis une notoriété significative, notamment Marc Blata avec ses plus de 4 millions d’abonnés sur Instagram. Ils se sont distingués par la promotion de divers produits et services, bâtissant une communauté fidèle autour de leurs contenus. Marc Blata, notamment, a acquis une notoriété sur les réseaux sociaux avec ses « croustis », présentés comme des révélations sur le monde de la télé-réalité, les stars du rap ou du football. Le couple, totalisant près de sept millions d’abonnés sur Instagram, se met en scène dans un style de vie "bling-bling", exhibant voitures de luxe, montres haut de gamme et paysages de rêve, ce qui, selon certains, renforce l'attrait de leurs propositions d'investissement.
Cependant, cette visibilité s'est rapidement transformée en point de mire pour des accusations d'escroquerie et d'abus de confiance. Le couple, installé à Dubaï, aux Émirats arabes unis, fait l'objet de plusieurs accusations d'arnaques formulées par des centaines d'internautes, mais aussi par le rappeur Booba. Cette domiciliation à Dubaï est un point central de la défense des influenceurs, qui soulèvent la question de l'applicabilité du droit de la consommation français à leurs activités, compliquant potentiellement les démarches judiciaires en France.
Les Plaintes Collectives et les Soupçons d'Arnaques
Les accusations à l'encontre de Marc et Nadé Blata proviennent principalement du collectif AVI (Aide aux Victimes d’Influenceurs), qui a déposé une plainte pour escroquerie en bande organisée contre X et contre le couple Blata. Le 20 janvier dernier, deux plaintes collectives, réunissant un total de 88 plaintes conjointes, ont été déposées auprès de la procureure de Paris. Ces plaintes visent spécifiquement les pratiques prétendues trompeuses du tandem et le réseau qui leur permet de ne pas agir seuls. Les enquêtes, enrichies par de nombreux noms et pièces, devraient être ouvertes pour escroquerie et abus de confiance contre les différents protagonistes de ces projets. Les enquêtes ont été confiées à la Brigade de répression de la délinquance astucieuse et au Service national des enquêtes de la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes).
Les plaignants estiment avoir été arnaqués en investissant dans des produits financiers vantés par les Blata. Les accusations se cristallisent autour de deux affaires principales qui auraient causé des pertes de plusieurs millions d’euros chez leurs abonnés. Me Alexandre Dakos, l'avocat défendant les intérêts de certaines victimes dans ces affaires, a estimé le préjudice total à 6,3 millions d’euros, avec des « milliers d’investisseurs ayant perdu de quelques centaines à 100 000 euros » dans ces deux projets. Il poursuit activement la collecte de dossiers en vue de futurs recours collectifs.
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Le Projet NFT "Animoon" : Des Promesses Illusoires
La première affaire concerne un projet de NFT, un cryptoactif reprenant les codes de Pokémon et mis en avant par Marc Blata. Ce projet, baptisé "Animoon", promettait des avantages importants aux premiers investisseurs. Le cabinet d’avocats représentant les victimes a mis en lumière des promesses alléchantes, telles que "2.500 dollars offerts mensuellement à vie, des vêtements de luxe, des voyages au Japon, des gains de cartes Pokémon". Le projet de NFT Animoon est décrit comme utilisant des images reprenant les graphismes de marques comme Pokémon, des marques qui ont, par la suite, démenti tout partenariat.
Cependant, d'après les plaignants, le projet n’a pas eu de suite. Cinq mois après la vente de ces jetons non fongibles, qui aurait regroupé 5 000 investisseurs, les fondateurs du projet sont injoignables. Me Ziegler, un autre avocat des plaignants, commente qu'il n'y a que des promesses en l'air, et que ceux qui ont investi n'ont jamais obtenu de bénéfices ni récupéré leur argent. Marc Blata, contacté par BFMTV.com, réfute cette accusation, expliquant que le projet est sorti il y a environ un an, et qu'entre-temps, il y a eu la crise financière et la déflation. Il affirme qu'à un moment, les investisseurs auraient pu tirer de l'argent, mais qu'ils ont été trop gourmands et ont préféré attendre pour faire gonfler leur mise, perdant ainsi leurs investissements. Il maintient que si les cours repartent à la hausse, les investisseurs pourront encore faire des bénéfices, et qu'il croit toujours à ce projet qui est vrai et concret. Quant à l'utilisation d'images similaires à Pokémon, il rétorque qu'il n'est pas le fondateur d'Animoon et n'est pas responsable, et qu'il n'y a écrit nulle part que ce sont des Pokémon, ça y ressemble c'est tout.
Le Programme de Trading "Blatagang" : Des Gains Introuvables
L’autre affaire concerne un programme de trading, lui aussi vanté par Marc Blata, promettant des gains considérables via une stratégie appelée "copy-trading". Marc Blata vante quotidiennement ses talents de "tradeurs" en affirmant imiter les meilleurs dans le domaine, une vitrine qu'il met directement à profit en incitant ses abonnés à suivre ses conseils de placement sur la plateforme. L’influenceur encourageait ses abonnés à s’inscrire à des plateformes d’échanges de devises en ligne, affirmant que plus de 85% des trades sont positifs, ce qui signifie qu'à la fin du mois, les investisseurs seraient toujours positifs.
Plusieurs plaignants estiment avoir été encouragés à investir dans un système n’entraînant que des pertes. Un ancien abonné, Slim, grisé par la promesse d'argent facile, a investi 1 500 € et a tout perdu au bout de quelques jours, dénonçant la "malhonnêteté" du couple. Mel, une quadragénaire, raconte avoir suivi les consignes du couple via un groupe Telegram, investissant 500 euros sur une plateforme de trading après avoir été rassurée par Nadé Blata. Cependant, elle a perdu sa mise, et après avoir retenté sa chance et perdu 500 euros supplémentaires, elle a compris l'arnaque, réalisant qu'il était impossible de gagner de l'argent avec leurs méthodes.
Les plateformes de trading promues sont accusées de proposer peu d’expertise ou de stratégie de placements, avec des promotions mensongères et des conseils factices en investissements financiers. Dans cette opération, le couple Blata est accusé d'empocher une partie de l’investissement de chaque client via un système de parrainage et de rétrocommission. En résumé, chaque nouvelle inscription rapporterait une commission supplémentaire au couple d'influenceur. Face à ce type d’accusation, Marc Blata se défend en expliquant à ses abonnés qu'ils n'ont simplement pas bien suivi ses conseils de placement. Il martèle que le copy-trading est une activité légale, mais pas sans risque et qui requiert de la patience. Il ajoute qu'il n'est pas "tradeur" mais qu'il a atteint un certain niveau qui lui permet d'être crédible, et que lorsque les signaux des tradeurs professionnels sont envoyés, il faut les suivre à la minute près. Le problème, selon lui, est que les gens le font à la va-vite et ratent leurs trades, car c'est un domaine risqué qui demande assiduité.
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La Contre-Offensive Judiciaire du Couple Blata
Face à ces accusations, Marc et Nadé Blata rejettent fermement, par le biais de leur avocat Me Alexandre Lazarègue, les allégations qui les visent. Ils dénoncent des propos « injustes et excessifs » et affirment n'avoir commis aucun fait susceptible de constituer une infraction pénale telle que restituée par leurs activités promotionnelles.
Le Rejet des Accusations d'Escroquerie et la Justification du Rôle d'Influenceur
Sur le fond, le couple d’influenceurs rejette les accusations d’escroquerie. Leur conseil explique que les propos exprimés par les plaignants, c’est-à-dire escroquerie en bande organisée et abus de confiance, leur sont apparus totalement inexacts par rapport aux faits qu’ils ont pu commettre. Très actifs sur les réseaux sociaux, Marc et Nadé Blata assurent ne pas s’être enrichis via des faux projets et des entrepreneurs véreux. Ils estiment avoir fait simplement leur travail « d’influenceurs », en promouvant ces programmes avec « une rémunération en contrepartie », et des revenus tirés d’affiliations et d’entreprises qui leur apparaissaient viables. Ils précisent qu'ils ne détiennent aucun lien capitalistique avec les sociétés dont ils ont fait la promotion, et qu'elles leur ont été présentées comme viables mais comportant un aspect spéculatif.
Ils ont toujours eu conscience que leur audience leur impose un devoir de transparence et de vigilance sur la nature et le contenu des produits et services dont ils font la promotion. Leur avocat admet qu'ils ont alerté des risques sur le caractère spéculatif de ces investissements, mais concède que peut-être ils ne l’ont pas fait suffisamment conformément à la loi, n’excluant pas des « manquements au droit de la consommation ». Cependant, il assure que Marc et Nadé Blata « n’ont pas voulu trahir la confiance de leurs abonnés ». Selon leur avocat, Marc et Nadé « ne sont en quelque sorte que des publicitaires » dans ces affaires, soulignant que « ce ne sont pas eux les plates-formes de trading » et que « c’est en conscience que chacun des individus investit sur ces plates-formes ». Ils sont en mesure de démontrer qu'ils ont informé avec une très grande clarté des risques que comportent les investissements sur ce type de plateformes.
La Contre-Attaque pour "Dénonciations Calomnieuses" et la Question de la Compétence Juridique
En réponse aux accusations, le couple Blata a porté plainte mardi pour « dénonciations calomnieuses » contre X et contre le collectif AVI, à l’origine de la plainte, indique au Parisien leur avocat, Me Alexandre Lazarègue. Estimant être victime de propos « injustes et excessifs », ils ont ainsi initié une contre-offensive juridique.
Un argument clé de la défense du couple Blata concerne la compétence juridique. Pour leur avocat, les plaintes visant ses clients pourraient ne pas avoir de valeur. Il glisse : « On n’est même pas sûrs qu’ils soient assujettis au droit de la consommation français », en raison de la domiciliation de la société des Blata à Dubaï, et celle de la plate-forme de trading Vantage FX, dénoncée par les plaignants, en Australie. Cette situation soulève des questions complexes sur l'application des lois nationales aux activités d'influenceurs opérant à l'international, un défi croissant pour les autorités de régulation.
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Les Conséquences Immédiates et la Régulation de l'Influence
L'annonce des plaintes lancées par les victimes a eu des conséquences rapides pour les deux influenceurs. Meta a fermé, dans la foulée, leurs comptes Instagram, via lesquels ils effectuaient de nombreux partenariats. Alexandre Lazarègue déplore que les conséquences pour eux sont « immenses sur le plan financier » et qu'il n’y a pas eu de débat contradictoire avec les réseaux sociaux, annonçant le lancement d’un recours en justice pour rouvrir les comptes bannis.
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