Dans le paysage complexe de l’horlogerie professionnelle, peu de marques possèdent une légitimité aussi ancrée dans les besoins opérationnels que Marathon Watch. Si l’univers des montres de plongée a évolué pour devenir un symbole de style incontournable, porté par des icônes comme l’indétrônable Agent 007, Marathon se distingue en restant fidèle à sa vocation première : la création d’instruments de précision pour les conditions les plus hostiles. Cette immersion dans l’histoire de Marathon, de la guerre du Golfe aux abysses océaniques, révèle une trajectoire où la fonctionnalité technique dicte, par essence, une esthétique devenue légendaire.
Des racines canadiennes vers l’excellence suisse
La société Marathon Watch tient son origine des frères Wein, fondateurs en 1904 de la maison Weinsturm Watch Co. En 1939, Morris Wein établit Marathon Watch au Canada en vue de commercialiser des montres de qualité sur le marché nord-américain. L’avènement de la Seconde Guerre mondiale, quasiment concomitant, l’amène à devenir, dès 1941, fournisseur des Forces alliées, tout en maintenant la production en Suisse, à La Chaux-de-Fonds. Cet ancrage dans le savoir-faire helvétique, couplé à une exigence nord-américaine en matière de robustesse, constitue le socle sur lequel Marathon a bâti sa réputation.
Contrairement aux marques qui ont basculé d'une vocation technique vers une stratégie purement marketing, Marathon a conservé ses standards militaires. La marque est surtout connue pour la production de montres robustes, fiables et de haute qualité, conçues pour un usage militaire, industriel et professionnel. Son objectif a toujours été de créer des montres axées sur la fonctionnalité maximale, la durabilité et la fiabilité dans des conditions extrêmes.
La saga de la « Gulf War » : Entre secret militaire et ingénierie de précision
La Première guerre du Golfe n’a pas seulement lancé le feuilleton de la recomposition du Moyen-Orient dont nous n’avons pas fini pas de suivre, de saison en saison, les tragiques épisodes. Elle a, sous un angle plus anecdotique, suscité la création, pour l’US Air Force, d’une montre intéressante : la version « Gulf War » de la Marathon Navigator.
Celle que l’on appelle par raccourci la « Gulf War » est la Marathon Navigator Pilot, référence 211, dans sa version à boîtier acier. Il s’agit d’une montre à quartz de haute précision, conçue en suivant les spécifications émises par l’US Air Force (norme PD-496B), reprises dans la définition du type 6 introduit dans le cahier des charges MIL-W-46374F publiée le 14 octobre 1991. Son ancêtre directe a été développée à l’origine par Marathon Watch Company en 1986, en réponse à une demande de la base aérienne de Kelley (San Antonio) pour une montre utilisable à haute altitude, résistant à d’importantes variations de température et de pression, et très lisible pour un pilote ou un parachutiste.
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Marathon opta alors pour un boîtier en fibre de carbone, léger, résistant à l’eau (60 mètres) et aux chocs, d’où son aspect noir, et un verre hésalite adapté aux conditions extrêmes mais facile à changer si nécessaire. Assemblée à La Chaux-de-Fonds, elle embarque un mouvement à quartz suisse ETA, cal. F06 (3 rubis). Les connaisseurs auront rapidement identifié la très forte parenté entre les Marathon Navigator Pilot et l’Adanac fournie à la même époque aux armées américaine et canadienne.
L’affaire des prototypes « Desert Storm »
Le 2 août 1990, Saddam Hussein décide d’envahir le Koweït. L’opération n’est qu’une formalité pour la puissante armée irakienne mais elle conduit à une réaction immédiate de l’ONU et les États-Unis montent, sans tarder, une coalition multilatérale pour libérer la petite pétromonarchie. En quelques jours, l’envoi de soldats américains dans le Golfe s’organise. C’est dans ce contexte que l’armée américaine passe une commande urgente en vue d’obtenir rapidement une montre aux standards militaires pour équiper l’US Air Force.
David Laurence, directeur général de Gallet, a récemment partagé l’histoire des prototypes de la Marathon Navigator « Desert Storm » : « Du milieu des années 1980 jusqu’à la guerre du Golfe de 1990, Gallet a fourni des milliers de montres Marathon et Adanac Navigator à l’armée de l’air américaine. Avant chaque contrat de la GSA, des prototypes ont été fournis au ministère de la Guerre aux fins d’essai et d’approbation ». Selon certains, ces prototypes avaient été immédiatement rejetés et renvoyés car le nom de la mission « Desert Storm » (« Tempête du Désert »), encore secret, ne pouvait pas encore être rendu public. Il est attesté que les cinq seuls prototypes authentiques de Desert Storm sont ceux qui sont représentés avec la GSA et l’estampillage de juin 1990 au verso.
Le boîtier asymétrique fourni par Gallet est en effet reconduit, mais adopte l’acier (microbillé pour éviter les reflets). Autre particularité de ce modèle : l’utilisation de tubes de tritium gazeux sur les index horaires et les aiguilles afin d’assurer une visibilité constante en cas de faible luminosité extérieure. Ces tubes contiennent un isotope d’hydrogène qui, contrairement aux peintures photo-luminescentes habituelles, n’a pas besoin d’excitation (réaction aux photons) pour luire dans l’obscurité.
Évolution vers l’instrument de plongée moderne
Le contrat initial avec Marathon Watch Company s’éteint avec la fin de la guerre du Golfe. Le stock de boîtiers en acier est conservé à l’usine et ne sort de l’oubli que près d’une décennie plus tard, quand est décidée la production d’une nouvelle série très limitée. Quant à la Navigator, elle connaît ensuite un certain nombre d’évolutions et de déclinaisons, notamment en 1997, puis en 1999 avec l’adoption d’une révision majeure du cahier des charges (MIL-PRF-46374G) qui impose désormais un cadran stérile.
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Ce qui a commencé comme étant une montre que l’on utilisait pour sa fonction a su évoluer au fil du temps comme un garde-temps aux codes esthétiques à la fois marqués, identitaires et tendance. Si la montre de plongée au sens littéral n’est plus, il n’en demeure pas moins qu’elle reste incontestablement un choix préféré de bien des collectionneurs.
L'univers des montres de plongée est fascinant : il repose sur la norme ISO 6425. Une montre de plongée, au sens professionnel, doit résister à une pression minimale de 100 mètres de profondeur. La lunette tournante unidirectionnelle, la couronne vissée et la lisibilité dans l'obscurité (via le tritium chez Marathon ou le SuperLuminova ailleurs) sont des piliers de cette conception. Chez Marathon, ces exigences se traduisent par l'usage d'acier inoxydable 316L, de verres saphir et de technologies spécifiques comme le mouvement automatique suisse.
Les séries de plongée contemporaines : GSAR et TSAR
Marathon propose aujourd'hui des séries de montres de plongée dont la renommée dépasse les milieux militaires. La GSAR (Government Search and Rescue) est une montre de plongée robuste conçue pour les opérations militaires et de recherche et sauvetage. Le GSAR NGM (Non-Government Model) est essentiellement la version civile du GSAR. Il partage la plupart des mêmes fonctionnalités mais est accessible au grand public. D'autre part, la série TSAR (Tritium Search and Rescue) est conçue pour ceux qui préfèrent la fiabilité et le faible entretien d'un mouvement à quartz. Le TSAR NGM est l'homologue civil du TSAR, offrant les mêmes caractéristiques et durabilité sans les marquages contractuels gouvernementaux.
Parmi les pièces emblématiques, on retrouve :
- Jeep Rubicon TSAR Diver’s Quartz : Une collaboration qui fusionne l'esprit robuste de Jeep avec l'ingénierie de précision de Marathon, parfaite pour un usage quotidien.
- GSAR Government Diver Automatique : La référence professionnelle. Avec son boîtier en acier inoxydable 316L et son bracelet en caoutchouc, elle est conçue pour les conditions les plus difficiles.
- GSAR NGM Diver Automatic Arctic Edition : Un exemple prisé des amateurs, doté d'un mouvement automatique suisse avec lubrification classée Arctique, garantissant un fonctionnement fluide par temps glacial.
- TSAR NGM Diver Arctic Edition : Destinée à ceux qui exigent une montre fiable dans les environnements les plus froids, combinant robustesse et haute technologie de lubrification.
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