La question du port du voile dans le sport a ravivé des tensions au sein du gouvernement français, mettant en lumière des divergences de vues entre plusieurs ministres, notamment entre la ministre des Sports, Marie Barsacq, et le ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau. Ce désaccord porte sur la proposition de loi visant à interdire les signes religieux dans les compétitions sportives, un sujet qui divise le monde politique et sportif depuis plusieurs années.
Divergences de vues au sein du gouvernement
Bruno Retailleau a exprimé publiquement son désaccord avec Marie Barsacq concernant le port du voile dans les compétitions sportives. Il a rappelé que le Sénat avait voté une proposition de loi sur la laïcité dans le sport, soutenue par le gouvernement, et a souligné l'existence d'informations relatives à un « entrisme islamiste dans le sport », notamment de la part des Frères musulmans.
De son côté, Marie Barsacq a nuancé cette position, affirmant que le port du voile n'est pas synonyme d'entrisme et qu'il est important de distinguer entre radicalisation et port de signes religieux. Elle a rappelé que « les sujets de radicalisation dans le sport sont un autre sujet que le sujet du port du voile et d'insignes religieux ».
Ces dissensions ont mis en évidence la complexité de la question du voile, qui dépasse les clivages traditionnels gauche-droite. D'ailleurs, l'ancienne ministre des Sports communiste, Marie-George Buffet, avait déclaré : « Nous devons mener ce combat pour le respect de la laïcité dans la pratique sportive. » Elle avait ajouté : « Une fois pour toutes : le corps des femmes n'est pas à cacher. Les femmes ont besoin de pouvoir pratiquer le sport en pleine liberté. Je mènerai ce combat. »
La proposition de loi sur la laïcité dans le sport
Le sénateur LR Michel Savin a proposé une loi visant à interdire le port de signes religieux, dont le voile, dans toutes les compétitions sportives, y compris au niveau amateur. Le gouvernement a confirmé que cette proposition de loi serait examinée à l'Assemblée nationale.
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Aurore Bergé, ministre chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, a affirmé que le gouvernement soutenait la proposition de loi telle qu'amendée et adoptée par le Sénat. Cette position a été réaffirmée après des jours de flottement et de déclarations contradictoires de plusieurs ministres.
La position de Marie Barsacq
Lors d'une audition à l'Assemblée nationale, Marie Barsacq a estimé que « le port du voile [dans le sport] n'est pas de l'entrisme », mettant en garde contre les « amalgames » entre port du voile et radicalisation. Son entourage a précisé qu'elle était « alignée avec la position favorable du Gouvernement à la proposition de loi de Michel Savin telle qu'elle a été amendée pour restreindre son application aux fédérations délégataires ».
L'article 1 de la proposition de loi interdit le port de « signes ou tenues manifestant ostensiblement une appartenance politique ou religieuse » aux personnes sélectionnées en équipe de France par une fédération sportive délégataire de service public. L'entourage de la ministre a souligné qu'il s'agissait d'une « position d'équilibre » entre l'interdiction du port de signes religieux en compétition et la liberté de pratiquer des sportifs amateurs, en particulier des femmes voilées.
Marie Barsacq a rappelé que « toutes les femmes qui portent le voile ne font pas de l'entrisme » et que « l'entrisme ne se résume pas au voile ». Elle a également nuancé les chiffres avancés par le député RN Julien Odoul concernant le nombre de clubs confrontés à des comportements communautaristes, renvoyant aux chiffres du ministre Jean-Noël Buffet au Sénat.
Intervention du Premier ministre
Face aux dissensions au sein de son gouvernement, le Premier ministre François Bayrou a convoqué plusieurs ministres, dont Marie Barsacq, Bruno Retailleau, Gérald Darmanin et Élisabeth Borne, afin de réaffirmer la position du gouvernement et de les enjoindre à cesser de se critiquer publiquement.
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Aurore Bergé a ensuite reprécisé la position de l'exécutif, insistant sur le fait qu'il n'y avait qu'une seule ligne au sein du gouvernement : soutenir la proposition de loi adoptée par le Sénat et refuser l'entrisme islamiste, l'intégrisme religieux et les signes religieux ostentatoires lors des compétitions sportives.
Les enjeux de la loi et les positions des différents acteurs
La proposition de loi vise à harmoniser les règles en matière de neutralité religieuse dans le sport, car aujourd'hui, chaque fédération sportive définit librement ses propres règles. Ainsi, certaines fédérations, comme celles de football ou de basket-ball, interdisent le port du voile, tandis que d'autres, comme celles de handball ou de rugby, ne le proscrivent pas.
Le texte interdit le port de signes religieux ostensibles lors des compétitions départementales, régionales et nationales organisées par les fédérations sportives délégataires, leurs organes déconcentrés, leurs ligues professionnelles et leurs associations affiliées. Il interdit également l'utilisation d'un équipement sportif appartenant à une collectivité territoriale pour l'exercice d'un culte et concerne également les piscines publiques.
François-Noël Buffet, ministre auprès du ministre de l'Intérieur, a soutenu sans ambiguïté cette proposition de loi au nom du gouvernement, affirmant que « les salles et les terrains de sport ne peuvent en aucun cas devenir de nouveaux espaces d'expression du séparatisme » et que le sport « ne doit en aucun cas devenir le nouveau terrain de conquêtes passant par l'affirmation d'une différence religieuse ».
Cependant, Marie Barsacq a pris ses distances vis-à-vis de ces propos, réfutant le fait que le port du voile soit systématiquement synonyme d'entrisme et appelant à éviter les confusions et les amalgames. Élisabeth Borne, ministre de l'Éducation nationale, a également exprimé des réserves sur ce point.
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Gérald Darmanin, ministre de la Justice, a quant à lui regretté les prises de position de ses collègues et a affirmé qu'il fallait interdire le voile dans les compétitions sportives.
Réactions et suites
Ces dissensions ont suscité de vives réactions et ont mis en évidence les difficultés à maintenir la cohésion d'un gouvernement aux sensibilités politiques diverses. Certains observateurs ont souligné que le mode de gestion du Premier ministre, jugé plus individuel que collégial, n'encourageait pas forcément la solidarité gouvernementale.
Malgré ces tensions, le gouvernement a réaffirmé son soutien à la proposition de loi du Sénat, tout en reconnaissant la nécessité de trouver un équilibre entre la neutralité religieuse et la liberté de pratique sportive. La ministre des Sports a ainsi expliqué que la proposition de loi « concilie l'interdiction des signes religieux dans les compétitions sportives » quand les fédérations le souhaitent ou sont contraintes à la neutralité du service public tout en offrant « la possibilité de toutes et tous de faire du sport en dehors de ces compétitions ».
Depuis la promulgation de la loi contre les séparatismes en 2021, 120 clubs sur 160 000 ont fait l'objet d'un signalement pour atteinte au respect des principes de la République.