La course au large, dans sa forme la plus pure et la plus exigeante, ne se limite pas aux records de vitesse ou aux innovations technologiques de pointe. Elle est avant tout une aventure humaine, un test de résilience et une démonstration de persévérance face aux éléments. Au cœur de cette discipline, la Transat Jacques Vabre, surnommée la « Route du Café », représente un défi majeur. Cette épreuve légendaire, reliant Le Havre à Salvador de Bahia, attire un nombre record d'équipes, prêtes à braver 4 350 milles nautiques. Parmi les concurrents de l'édition marquée par une forte compétitivité, l'IMOCA Ariel2 s'est distingué non seulement par son engagement, mais aussi par l'histoire singulière de son équipage : le skipper finlandais Ari Huusela et son co-skipper irlandais Michael Ferguson.
L’équipage et la genèse du projet Ariel2
Ariel2, anciennement connu sous le nom d’AVIVA, le bateau de Dee Caffari, appartient désormais à Ari Huusela, commandant de bord sur Airbus A350 chez Finnair. À 56 ans, Huusela est devenu le premier skipper scandinave à concourir dans la classe IMOCA, avec le Vendée Globe 2020 comme objectif ultime. Pour mener à bien ce projet ambitieux, il a pu compter sur l'expertise de Michael Ferguson, 36 ans, marin chevronné impliqué dans le projet depuis un an et demi.
Ferguson possède une expérience solide, ayant navigué sur des dériveurs et des quillards dès son plus jeune âge. Avec près de 20 ans d'expérience dans l'industrie nautique, il a participé à des campagnes IMOCA britanniques prestigieuses, notamment celles de Mike Golding sur Ecover et Gamesa, et a skippé l’IMOCA Artemis 2 durant cinq ans. « Je suis impliqué dans la classe depuis plus de 15 ans. C’est la meilleure classe de course au large au monde. Les bateaux sont à la pointe de l’innovation et poussent les skippers à leur maximum physique 24h/24 et 7j/7 », souligne Ferguson. La collaboration entre les deux hommes a débuté en 2018, lors d'un coaching en Finlande avant la Route du Rhum, renforçant une complicité indispensable pour la navigation en double.
Les défis techniques de la transatlantique
La Transat Jacques Vabre 2019 a mis en lumière les disparités technologiques au sein de la flotte IMOCA. Alors que les discussions au Havre portaient souvent sur les nouveaux foils, Ariel2, un plan Owen-Clarke de 2007, en était dépourvu. Comme le note avec humour Ari Huusela, pilote de ligne habitué aux profils d'ailes complexes, « question profil, écoulement et décrochage, j'en connais un rayon ». Malgré l'absence de foils, l'équipage visait une performance honorable au sein de la génération de bateaux anciens.
Cependant, la réalité de la course a rapidement imposé ses contraintes. Dès le passage de Ouessant, une avarie majeure a frappé Ariel2 : la grand-voile a commencé à se délaminer. « La grand-voile est partie (la première nuit) quand nous avons pris un ris au large de Guernesey, et c’est là que le premier trou est apparu », explique Ferguson. Privé de la possibilité de faire une escale technique, le duo a dû poursuivre jusqu'à Salvador de Bahia avec une voilure gravement endommagée. Ari Huusela racontait alors : « Je contemple les étoiles à travers les fibres disjointes de la voile qui menace de se déchirer entièrement. »
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Cette avarie a transformé leur stratégie, passant d'une recherche de performance pure à un mode « convoyage » pour assurer l'arrivée. Malgré cette difficulté, le duo a maintenu une vitesse moyenne de 9,56 nœuds sur la route théorique, parcourant réellement 4 721 milles à 10,37 nœuds. Ils ont franchi la ligne d'arrivée le 15 novembre en vingt-sixième position, prouvant que le sens marin supplante parfois les défaillances matérielles.
L'état d'esprit du pilote et la sécurité en mer
Pour Ari Huusela, sa carrière de pilote de ligne a été un atout majeur, particulièrement dans sa gestion de la sécurité. « En tant que commandant de bord, la sécurité est la priorité absolue. C'est ma façon de penser pour tout ce que je fais, que je sois en vol ou en train de naviguer », explique-t-il. Cette rigueur, forgée par des années de travail comme mécanicien aéronautique, lui a permis de garder un bateau en bon état malgré les pressions.
La résilience mentale a été testée tout au long de l'aventure. Lors du Vendée Globe, Huusela a dû faire face à des moments critiques, notamment une avarie électrique totale et un virement de bord violent qui a mis le mât dans l'eau. Pourtant, son approche est restée celle d'un amateur passionné. « Je n'avais aucun objectif de gagner la course ou d'être bien placé, je voulais juste finir », confie-t-il. Cette philosophie lui a permis de transformer chaque épreuve en une leçon, soutenu par une équipe composée d'amis et de proches, dont sa compagne Niina, qui a joué un rôle crucial dans la communication du projet.
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