Apprivoiser l’Océan : Comprendre et surmonter la peur du "Wipeout" en surf

La pratique du surf est souvent perçue comme une quête de liberté et d’harmonie, mais elle confronte inévitablement chaque pratiquant à ses propres limites. Beaucoup de surfeurs prennent peur lorsque les vagues sont un peu plus grosses, plus creuses ou plus puissantes. Évidemment, chacun aura sa propre limite. Une personne aura peur avec une vague d’1m tandis que pour une autre ce sera 3m. Cette peur, souvent liée à l’appréhension du « wipeout », est une composante naturelle de l’apprentissage qui demande une approche structurée, tant sur le plan technique que psychologique.

La mécanique du Wipeout : Démystifier la chute

Le wipeout, c’est quand le surfeur tombe de sa planche et se fait retourner ou brasser par la vague. Une chute dans la vague, donc. Le temps passé sous l’eau sera plus ou moins long et plus la vague sera puissante, plus on se fera retourner dans tous les sens ; parfois, on ne sait d’ailleurs plus très bien où est la surface lorsqu’on est coincé dans ces remous. Le problème, c’est que beaucoup de personnes paniquent à ce moment et ce stress nous donne rapidement l’impression de manquer d’air. La gorge commence à nous tirer et on se demande si on va remonter à la surface à temps.

Il faut comprendre que le wipeout en lui-même est rarement dangereux, en tout cas dans les conditions de surf classiques pour les débutants et intermédiaires. Le danger numéro un lorsque l’on tombe, c’est de se cogner sur sa planche. Il faut donc absolument se protéger la tête en enroulant les bras autour de celle-ci. Mais on ne risque pas de passer 1 minute sous l’eau et de se noyer, il faudrait de très grosses vagues pour cela. Le vrai danger apparaît pour les surfeurs avancés qui surfent d’autres types de vagues et bien souvent sur des reef acérés, avec peu de fond.

La psychologie de la peur et l’anxiété en mer

La peur chez les surfeurs arrive lorsqu’on brûle une étape. On est allé trop tôt dans sa progression dans des vagues non adaptées à son niveau. On avait l’habitude de tomber dans des mousses et là, on s’est fait retourner comme une crêpe par une vague creuse d’1m. Comme toujours dans la vie, il faut y aller étape par étape. On augmente progressivement la taille des vagues que l’on surfe et seulement lorsqu’on est prêt.

La peur et l’anxiété font partie intégrante de la pratique du surf : ce sont elles qui définissent nos limites. Quand on parle de « gros surf », tout est relatif. Tout dépend en fait du vécu de chaque surfeur. Si vous considérez des vagues de 1,50 mètres comme suffisamment grosses, n’en ayez pas honte ! On trouve toujours plus téméraire que soi. Vous passerez au palier suivant quand vous le sentirez. D’ailleurs, ce n’est pas forcément dans les plus grosses vagues que l’on risque le plus un accident de surf. Allez-y pas à pas, sans brûler les étapes et seulement si vous en avez les capacités physiques et l’envie.

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Le psychologue surfeur Olivier Garcia souligne que la peur est une réaction émotionnelle face à un danger réel, tandis que l’anxiété est une inquiétude face à l’inconnu. « On parlera davantage de peur par anticipation dans le surf », rajoute-t-il. En tant que débutant, vos premières expériences en surf peuvent être intimidantes. En plus d’être dans un nouvel environnement, il y a d’autres surfeurs à l’eau qui ont différents niveaux d’expérience.

Stratégies d'apprentissage pour les écoles et les débutants

Le rôle de l'instructeur est primordial pour transformer cette peur en moteur de progression. Pour aider les élèves à affronter les défis du surf avec courage, plusieurs stratégies s'avèrent efficaces :

  1. Créer un environnement sûr et de confiance : Il est essentiel de créer un environnement sûr et de confiance dans votre école de surf. Encouragez la communication ouverte et incitez les élèves à exprimer leurs préoccupations et leurs peurs. Écoutez activement et offrez des mots d'encouragement et de soutien.
  2. Enseigner les techniques de chute et de sécurité : Enseigner aux élèves des techniques de chute appropriées est essentiel. Expliquez-leur comment tomber correctement pour minimiser le risque de blessures et comment protéger leur tête et leur cou. De plus, il est important d'enseigner les règles de sécurité de base, comme maintenir une distance de sécurité entre les planches.
  3. Pratique des chutes contrôlées : Une stratégie efficace est de réaliser des pratiques de chutes contrôlées dans des eaux plus calmes. Cela aide les élèves à se familiariser avec la sensation de tomber et à apprendre à rester calmes et sereins. Cela encourage également les élèves à considérer le wipeout comme une opportunité d'apprendre et de s'améliorer.
  4. Visualisation et respiration : La visualisation est une technique puissante. Encouragez vos élèves à visualiser un wipeout réussi et à s'imaginer gérer la situation avec calme et habileté. De plus, enseignez des techniques de respiration profonde et relaxante pour aider à contrôler l'anxiété et le stress dans les moments de défi.

L’importance de la progression technique

Le meilleur conseil que je puisse te donner pour prendre confiance en surf et être de plus en plus à l’aise dans l’eau, c’est évidemment d’aller à l’eau et de pratiquer le plus régulièrement possible. Mais surtout de te concentrer sur les bases du surf. La priorité numéro un, c’est de ramer correctement. D’avoir la bonne technique pour ne pas t’épuiser inutilement. Tu dois être capable de te déplacer comme si tu étais un poisson dans l’eau. Ramer rapidement, lire les vagues pour te placer au bon endroit, passer la barre sans perdre le contrôle de ta planche, etc.

Lors de chaque session, ne te concentre pas uniquement sur ton take off et sur le fait de surfer des vagues. Pense à améliorer ta technique de base et à parfaitement contrôler ta planche. Car il faut une rame adaptée, une lecture de vague adaptée, un take off adapté et tout cela se travaille. On prend confiance avec le temps, session après session, on devient plus à l’aise dans l’eau, on prend confiance et on ose plus de choses.

Apprivoiser l’après-accident et le retour à l’eau

Le cas de la rééducation après une blessure illustre parfaitement la nécessité d'une approche graduelle. Après une grosse entorse et une fracture, il m’a fallu presqu’un an de convalescence avant de pouvoir retourner à nouveau sur ma planche. Évidemment, une fois sur l’eau, je n’étais plus du tout le même surfeur. Sur chaque vague, je pensais à cet accident. Je n’osais plus surfer la vague au même endroit, je n’osais plus tourner là où la vague était la plus puissante. Je surfais véritablement avec le frein à main.

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À chaque fois qu’on apprend quelque chose de nouveau, c’est indispensable d’y aller par étapes. Après ma blessure, j’ai par exemple appris le surfskate. J’avais très peur de débuter car je ne voulais surtout pas blesser ma cheville. Alors j’y suis allé vraiment très lentement et progressivement. J’ai d’abord appris à trouver mon équilibre sur ce skate, puis à pousser pour démarrer et prendre un peu de vitesse. Puis à tourner sans vitesse, puis à tourner de plus en plus vite jusqu’à être en pleine confiance sur des surfaces plates. Et c’est seulement après 7 mois de travail régulier que j’ai commencé à prendre un peu de hauteur en skatepark.

La vision des surfeurs de grosses vagues : Mental et résilience

Pour les surfeurs de grosses vagues, comme la talentueuse Hermine Bonvallet, le physique ne suffit pas : c’est une question de mental. La peur est naturelle et il n’y a pas un seul surfeur de grosse vague qui n’a pas peur. Ce qui compte, c’est comment tu la gères. Sache que tu peux toujours refuser une session ou une vague. C’est une décision qui t’appartient. Si tu y vas, vas-y à fond. « Si j’ai peur, c’est parce que je choisis d’être là, d’avoir peur là et je choisis d’être heureuse quand j’aurai dépassé cette peur. »

Pour Hermine, le bien-être mental est atteint grâce à des petits repères mentaux qui l’aident à se remettre sur la bonne voie. Elle s’est récemment conçu une nouvelle planche custom : rose, à paillettes, fun. En gros, tout le contraire d’une vague effrayante. Voir cette planche dans les vagues lui apporte de la joie et l’aide à se recentrer sur le moment. Son rituel d’après-surf est simple : elle se retourne, regarde l’horizon et l’océan, et envoie un baiser à l’océan ou lui dit quelques mots de gratitude.

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