Maîtriser le Matage et le Démâtage Solitaire d'un Dériveur : Techniques et Innovations

Lors du matage et dématage d'un voilier, qu'il s'agisse d'un dériveur ou d'un voilier transportable, il y a toujours un petit, voire un grand, moment de stress. Le summum reste souvent le démâtage, car c'est une opération qui peut s'avérer assez tendue, surtout lorsqu'on envisage de la réaliser seul. La question de savoir comment mater et démâter son bateau en solitaire, et s'il est même possible de le faire, revient sans fin sur tous les forums dédiés aux bateaux transportables. C’est une préoccupation partagée par de nombreux propriétaires, soucieux de leur autonomie et de leur sécurité. Heureusement, des solutions existent, allant de techniques simples pour les dériveurs légers à des procédés ingénieux pour les voiliers plus complexes. Comme toujours sur un bateau, le principal est d’anticiper et de se préparer méticuleusement pour chaque manœuvre.

Le Matage en Solitaire pour les Dériveurs Légers : L'Exemple du 420

La faisabilité du matage en solitaire d'un dériveur tel qu'un 420 est une question fréquente. Il est tout à fait possible de mater seul un 420, et la technique repose souvent sur une bonne exploitation de l'inclinaison naturelle du bateau sur sa remorque. L'une des méthodes éprouvées commence par la position du bateau sur une remorque de plage, où le nez est plus bas que l'arrière. Cette configuration est avantageuse car elle aide à stabiliser le mât.

La technique consiste à mettre le mât à la verticale, dans sa position finale, en le faisant passer d'abord au-dessus du caisson. Une fois qu'il est en place dans le pied de mât, le gros effort initial est terminé. Traditionnellement, cette étape nécessite souvent une aide extérieure, une personne pour tenir le mât pendant qu'une autre s'occupe de fixer les haubans et l'étai. Cependant, trouver du monde disponible sur la plage n'est pas toujours commode, ce qui rend le matage en solitaire d'autant plus désirable.

Une inquiétude commune est que le mât ne chasse ou ne tombe si on ne le retient pas, d'autant plus si le pied de mât est une fente. Certains se demandent s'il faut mettre une cale au niveau du pied de mât afin de le bloquer. Il est important de savoir que ce n'est généralement pas nécessaire si le nez de votre bateau est plus bas que l'arrière. Dans cette configuration, le mât se cale naturellement contre l'étambraie et ne bouge plus. La fente où vous posez le pied de mât sert de cale efficace et ne rippera pas. Pour se rassurer davantage, on peut toujours demander à un passant de rester à côté pour intervenir si jamais il y avait un problème, vous confirmant ainsi que vous pouvez effectuer la manœuvre seul.

Pour renforcer la stabilité latérale du mât pendant cette phase critique, on peut essayer de mettre un bout sur l'étambraie. Le mât serait ainsi calé à l'avant avec l'étambraie, sur le côté de la même manière, et à l'arrière avec le bout que vous fixerez une fois le mât en place, mais avant la fixation définitive des haubans et de l'étai. Cette approche rend la méthode simple et sans risque, à condition de bien vérifier que tout est en place et clair avant de mater. L'expérience montre que, avec cette méthode, le matage en solitaire se déroule sans problème. Lorsque l'on range le mât pour faire de la route, il est conseillé de bien empaqueter l'ensemble, en commençant par les trapèzes et drisses bien étarqués le long du mât, et en finissant par les haubans et l'étai.

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Systèmes Innovants pour le Matage et Démâtage Solitaire des Voiliers Transportables

Pour les voiliers transportables, souvent plus grands et plus lourds que les dériveurs légers, la problématique du matage et démâtage en solitaire est encore plus prégnante. C’est une question qui préoccupe beaucoup, notamment les propriétaires d'Edel et de bateaux similaires. Face à cette problématique, des solutions innovantes, basées sur la solution très classique de la chèvre, ont été développées pour permettre un matage en solitaire quel que soit le bateau et la configuration du mât. Ces procédés peuvent même offrir une solution pour les mâts sans pivot arrière, en ajoutant une pièce supplémentaire.

Ces systèmes ont été testés en grandeur réelle pour le démâtage et se sont avérés fiables. Leur innovation majeure réside dans le fait qu'ils ne nécessitent quasiment aucun accessoire qui ne se trouve déjà sur le bateau, ce qui en fait une solution pratique et économique. L'un des avantages fondamentaux est qu'il devient possible d'effectuer la manœuvre sur l’eau ou à terre, offrant ainsi une grande flexibilité.

Les principes directeurs de ces systèmes sont clairs et visent à maximiser la sécurité et la simplicité :

  • Utiliser le support de mât arrière déjà réalisé sur le bateau.
  • Exploiter le pivot de l’axe arrière du pied de mât.
  • Employer le tangon du bateau comme chèvre.
  • Actionner le mouvement à l'aide du palan de grand-voile ou d'un winch.
  • Ne pas être obligé de soulever ou de maintenir le mât manuellement durant toute la manœuvre.
  • Concevoir un système qui reste toujours en équilibre pour une sécurité optimale.
  • Permettre d'effectuer seul la manœuvre, que ce soit sur l’eau ou à terre.

Un défi courant lors du matage ou démâtage est que les cadènes des haubans, en particulier celles des barres de flèches poussantes, sont implantées plus bas et en arrière de l’axe de rotation du mât. Par conséquent, les haubans sont détendus au début de la manœuvre, et le mât peut basculer d’un côté ou de l’autre, créant une situation périlleuse. De même, l’utilisation d'un tangon, ou d'une simple latte de bois, comme chèvre sans haubanage est également dangereuse pour ces mêmes raisons de stabilité latérale.

L'axiome de départ pour travailler en sécurité est qu'il est indispensable de haubaner le mât et le tangon sur un point fixe dans l’axe de rotation du mât. Cependant, ce point d’arrimage n’existe souvent pas naturellement sur le bateau. Pour rendre le système stable, une des propriétés fondamentales des triangles est appliquée : ils sont indéformables, à condition qu'ils restent rigides. L'objectif étant de n'utiliser que des bouts, il est crucial que ces derniers soient toujours tous tendus pour maintenir l'indéformabilité du système.

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Pour illustrer ce principe, imaginons un point A sur le pont, côté tribord, à l’aplomb du point O (l'axe de pivot du mât) et un point A’ côté bâbord. Par la rotation du mât sur son pivot, les points C et D (représentant des points sur le mât et le tangon) se déplacent sur des cercles de rayon OC et OD. Les deux triangles XCD et X’CD forment un dièdre dans l’espace. Cet ensemble mat - tangon peut pivoter librement autour du point O, tout en étant constamment maintenu latéralement. Un bout, attaché à l’extrémité du tangon, passe sous une poulie frappée à l’étrave et est repris soit avec le palan de la grand-voile, soit avec un winch. Ce dispositif permet d'actionner la manœuvre, que ce soit pour le matage ou le démâtage, en garantissant un contrôle constant et une stabilité latérale.

Mise en Œuvre Détaillée du Système de Chèvre pour Voiliers Transportables

La réalisation pratique de ce système de chèvre pour le matage et le démâtage solitaire nécessite une préparation rigoureuse. Il est indispensable d’utiliser un support arrière. Un support de mât arrière télescopique, souvent réalisé avec deux positions (une basse pour la route ou le repos, et une autre haute pour le matage et le démâtage), monté sur les fémelots de safran, est une solution efficace.

Le processus de matage commence en soulevant le mât, tenu avec l’enrouleur, et en le posant sur le rouleau du support arrière. Le mât est ensuite progressivement poussé vers l’arrière, roulant sur le support, jusqu'à ce qu'il soit posé sur son axe de pivot au point O. À ce stade, tout est en équilibre, une condition essentielle pour la sécurité.

Les haubans de matage sont alors mis en place. L’enrouleur est fixé au bout du tangon préparé, avec le bout de levage qui passe par une poulie spécialement préparée à l’étrave. Les ridoirs des haubans de matage sont en place sur leurs cadènes, bien que tout soit encore mou à ce moment-là. Le tangon est ensuite mis en place sur la base du mât. C’est à ce moment que les haubans de matage sont tendus, ce qui permet à la manœuvre de levage de commencer. Les haubans et bas-haubans principaux, mis en place sur leurs cadènes, sont encore mous.

Le levage commence : c’est une phase qui peut être dure au début. La traction peut être figurée comme s'effectuant au winch. Pour le démâtage, une descente contrôlée est freinée de la même manière, mais pour le levage, l'utilisation du palan de grand-voile est souvent nécessaire pour gérer l'effort initial. Le levage se poursuit alors, et la tâche devient progressivement plus facile à mesure que le mât s'approche de la verticale.

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Pour réussir cette opération sans crainte ni stress, il est recommandé de se munir d'un support arrière digne de ce nom. Il est également essentiel de prévoir deux points d’accroche pour les haubans de matage et de préparer des haubans dédiés avec mousquetons. Enfin, une barre de bois ou le tangon du bateau, servant de chèvre, est indispensable. Une astuce consiste à utiliser un trou préexistant dans le mât (par exemple, un ancien passage de câble d'éclairage de 12 mm sur la face avant du mât). On peut percer le bout de la barre de bois de manière à y enfoncer une petite barre d'aluminium de 10 mm, qui s’engage simplement dans le trou du mât, créant ainsi une fixation robuste pour la chèvre.

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