Guide technique et pratique du voilier First 24 : tutoriel de matage, performances et architecture navale

Procédure détaillée pour le matage et le démâtage en solitaire

La question du matage revient sans fin sur tous les forums des bateaux transportables : comment peut-on mater et démâter seul son bateau ? Est-il même possible de le faire ? Pour le First 24, il existe un procédé simple de matage en solitaire, et ce quelque soit le bateau et la configuration du mât. Ce système, partant de la solution très classique de chèvre, est tout à fait innovant car il ne nécessite quasiment aucun accessoire qui ne se trouve déjà sur le voilier. Il devient possible de réaliser cette opération sur l’eau ou à terre avec une sécurité totale.

Le principe repose sur plusieurs piliers fondamentaux : utiliser le support de mât arrière déjà réalisé, utiliser le pivot de l’axe arrière du pied de mât, utiliser le tangon comme chèvre, et le palan de Grand-Voile (GV) ou un winch pour actionner le mouvement. L'objectif est de ne pas être obligé de soulever ou de maintenir le mât durant la manœuvre, tout en ayant un système qui reste toujours en équilibre pour une question de sécurité. Il est indispensable d’utiliser un support arrière. Un support de mât arrière télescopique à deux positions est idéal : une position basse pour la route ou le repos, et l’autre haute pour le matage et le démâtage, montée par exemple sur les fémelots de safran.

Le mât, tenu avec l’enrouleur, est d’abord soulevé et posé sur le rouleau du support. Le mât est progressivement poussé vers l’arrière, il roule sur le support jusqu'à être posé sur son axe de pivot au point O. À ce stade, tout est en équilibre. Pour travailler en sécurité, il est indispensable de haubaner le mât et le tangon sur un point fixe dans l’axe de rotation du mât. Cependant, ce point d’arrimage n’existe pas nativement sur le pont. Pour rendre stable le système, on applique une des propriétés des triangles : ils sont indéformables à condition qu’ils restent rigides. Comme l'utilisation de bouts est privilégiée, il est nécessaire qu’ils soient toujours tous tendus.

En plaçant un point A sur le pont, côté tribord, à l’aplomb du point O et un point A’ côté bâbord, on crée une géométrie de contrôle. Par la rotation du mât sur son pivot, les points de fixation se déplacent sur des cercles de rayon précis. Les deux triangles formés créent un dièdre dans l’espace ; l’ensemble mât-tangon peut ainsi pivoter librement autour de son axe tout en étant constamment maintenu latéralement. Un bout à l’extrémité du tangon, passant sous une poulie frappée à l’étrave et repris soit avec le palan de la GV soit avec un winch, permet d'effectuer la manœuvre de matage ou de démâtage.

Pour la mise en place concrète, les haubans de matage sont installés et l’enrouleur est fixé au bout du tangon préparé. Le tangon est positionné sur la base du mât. Une astuce consiste à utiliser un trou (par exemple un ancien passage de câble d'éclairage de 12 mm) sur la face avant du mât pour y engager une petite barre alu fixée au bout de la barre de bois ou du tangon servant de chèvre. Une fois les haubans de matage tendus, le levage peut commencer. Au début, l'effort est important, et l'utilisation du palan de GV ou du winch est nécessaire. Le levage se poursuit et devient de plus en plus facile à mesure que le mât se redresse. Pour le démâtage, on freine la descente suivant le même principe inversé.

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La renaissance moderne : le Beneteau First 24 SE et l'héritage Seascape

En 2018, le leader mondial Beneteau est entré au capital du chantier naval slovène Seascape, qui connaissait une croissance rapide. Les Seascape 18 et 27 avaient déjà montré qu'ils étaient capables de performances exceptionnelles, le 18 ayant remporté le titre de Yacht européen de l'année en 2010. Avec le Seascape 24, le chantier naval a comblé l'énorme lacune qui existait entre le 18 et le 27, occupant un segment jusqu'alors négligé dans la classe des sept mètres de longueur de coque : celui du cruiser de performance. Ce bateau convient aussi bien au voyage qu'à la course, au plaisir qu'à la glisse.

En reprenant Seascape, Beneteau a entamé la reconstruction de sa légendaire gamme First. Le Seascape 24 s'appelle désormais logiquement Beneteau First 24 SE (Seascape Edition). Le concepteur Sam Manuard a essayé de lui donner le meilleur de ses deux sœurs. Ce concepteur français vit pour la course au large, s'étant classé deuxième de la Transat Jacques Vabre avec un Class 40 de sa conception. Le Beneteau First 24 SE bénéficie de cette passion et de l'expérience de Manuard en mer, à grande et à petite échelle.

Le gréement est placé loin à l'arrière, avec une grand-voile carrée imposante qui rappelle les classes de bateaux offshore modernes, tout comme le double safran et les bouchains vifs. La coque présente peu de creux et de franc-bord et, contrairement aux tendances actuelles, relativement peu de volume à l'avant. En revanche, la carène est très plate, en particulier à l'arrière, ce qui favorise un départ au planing précoce. La quille pivotante a une profondeur de 1,90 mètre, ce qui est plus que sur la plupart des yachts de 32 pieds. En la remontant à l'aide d'un axe intégré dans le caisson de quille, elle disparaît complètement dans la coque, ce qui permet un amarrage facile depuis la remorque.

Le First 24 SE est la quintessence du petit voilier de croisière multi-optionnel. Avec une profondeur d'immersion de seulement 30 centimètres une fois la quille et les safrans relevés, il peut être ancré dans des zones de berges peu profondes ou même être remorqué sur la plage. Il faut l'imaginer comme un dériveur moderne, mais à l'abri du chavirage grâce aux 36% de lest dans la quille en fibre de verre et en plomb. De plus, il est insubmersible grâce aux trois corps de flottaison répartis à l'avant et au milieu du bateau.

Caractéristiques techniques et processus de construction sous vide

Le Beneteau First 24 SE affiche des dimensions précises : une longueur de coque de 7,30 mètres pour une largeur de 2,50 mètres. Son poids total est de seulement 890 kg, dont 320 kg de lest (soit un taux de lestage de 36%). Pour renforcer la coque tout en maîtrisant le poids, Sam Manuard et le directeur de production Kristian Hajnsek utilisent le caisson de quille massif comme épine dorsale du groupe de plancher. Les socles des banquettes de salon servent également d'éléments structurels. À cela s'ajoutent de puissants boudins et des lisses étroitement espacées.

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La coque et le pont sont réalisés en sandwich de fibre de verre. Ils sont laminés avec la coque en une seule opération sous vide, un procédé rarement utilisé de manière aussi conséquente dans la construction de bateaux de série. Cela permet d'obtenir des assemblages homogènes et très résistants. Il en résulte un déplacement léger qui explique le ratio de voilure élevé (6,7). Prêt à naviguer, mais sans équipage, l'étrave et la poupe sortent clairement de l'eau, ce qui prouve que les objectifs de légèreté ont été réalisés de manière conséquente.

Le gréement en carbone n'a pas de pataras, ce qui permet l'utilisation d'une grand-voile très évasée au sommet (fat head). La surface de la grand-voile est de 25,0 m², complétée par un génois sur enrouleur de 17,0 m². Pour les allures portantes, le bateau peut être équipé d'un spi fractionné de 67 mètres carrés. L'accastillage est de haute qualité, avec un mât, une bôme, un beaupré et une barre franche en fibre de carbone, tandis que les voiles sont souvent réalisées en film fin haute performance.

Performances sous voile et sensations à la barre

Dès que l'on monte sur le pont du First 24 SE, on ressent sa légèreté. Le bateau s'agite sur le ponton et s'accroche aux amarres, car l'énergie cinétique ne se perd pas dans une masse inerte. En navigation, le voilier se comporte de manière fantastique. Même par vent faible, il fait preuve de dynamisme. Lors des tests, le bateau s'est très bien comporté par vent fort, même avec des rafales à plus de 30 nœuds. Réglé de manière optimale, il est un modèle d'équilibre, surtout par 3 à 4 Beaufort sur une eau lisse.

La capacité d'accélération de cette "petite fusée" est frappante. À partir de 5 Beaufort, il suffit de descendre de 20 ou 30 degrés sous la grand-voile et le génois pour que le bateau se mette à planer immédiatement. Le sillage s'arrache à la poupe et la vitesse grimpe instantanément. Sous gennaker ou spi, le bateau obéit aux moindres impulsions de la barre. Lors de tests intensifs, le voilier a atteint une vitesse de pointe de 16,6 nœuds et a maintenu une moyenne de 12 à 14 nœuds sur de longues distances.

Ce n'est pas seulement un bateau de vitesse pure. Il procure un grand plaisir par vent faible de manière simple et détendue. Le comportement aux commandes est intuitif et la disposition du pont est parfaitement adaptée à une navigation en solitaire (single-handed). Le double safran assure un contrôle total, même lorsque le bateau gîte fortement. Le moment de redressement est assuré par la profondeur de la quille, offrant une raideur à la toile rassurante pour un voilier de cette taille.

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Aménagement intérieur et philosophie de la vie à bord

Sous le pont, le First 24 SE affiche le charme de la simplicité. Malgré le manque de hauteur sous barrot, il convient parfaitement aux week-ends et aux vacances à deux. L'atmosphère est sobre, loin du luxe des grands yachts en contreplaqué plaqué, mais extrêmement fonctionnelle. Les dimensions des couchettes et des cabines sont suffisantes pour un équipage réduit. L'équipage dort soit dans la pointe avant, soit séparément dans ce que l'on pourrait qualifier de "salon".

L'organisation de l'espace est pensée pour l'efficacité : la glacière, le réchaud et un éventuel porta-potti trouvent leur place sous la descente. Les provisions sont stockées sous les bancs, tandis que les vêtements et les petits objets peuvent être rangés dans des sacs de rangement dédiés fixés sous le pont. C'est un aménagement qui va à l'essentiel pour ceux qui privilégient la performance et la polyvalence. Les socles des banquettes, en plus de leur rôle structurel, délimitent l'espace de vie de manière ergonomique.

Genèse historique : Le First 24 original de 1983

L'histoire du First 24 commence véritablement en 1983. À cette époque, Yannick Noah vient de remporter Roland Garros et le chantier Bénéteau surfe sur le succès phénoménal du First 25. Le First 25 possédait des qualités nautiques et des aménagements soignés, mais il souffrait d'une lacune : il n'était pas transportable. Cette lacune a été corrigée avec le lancement du First 24, confié une nouvelle fois au groupe de l'architecte Jean-Marie Finot.

Le First 24 original se caractérise par une coque en U avec une flottaison suffisamment large pour obtenir une bonne stabilité. Il reprend notamment à son compte le système de quille relevable qui équipait déjà ses grands frères de l'époque. Avec une longueur de coque de 7,35 mètres pour une largeur maximale de 2,49 mètres, il a été conçu pour respecter scrupuleusement le gabarit routier. À sa sortie, la presse le décrit comme le "plus grand des petits", car il est tout simplement l'un des plus grands croiseurs transportables du monde.

Véritable tour de force architectural, le First 24 classique affiche un poids qui avoisine la tonne et demi à vide. Cette masse respectable lui confère une raideur à la toile exceptionnelle, expliquée par un lest situé très bas grâce à la profondeur de la quille. Bien que parfois capricieux dans les vents très légers en raison de son poids, le monocoque s’approprie toutes les allures avec dynamisme une fois lancé. Le cockpit bénéficie de la largeur généreuse de l’arrière du bateau, offrant un espace de travail et de détente appréciable.

Comparaison avec la concurrence et marché de l'occasion

À l'époque de son lancement, le First 24 de Jean-Marie Finot faisait face à une concurrence sérieuse, essentiellement représentée par l'Eolia de chez Jeanneau (1984) et le Feeling 720 de chez Kirié (1982). Bien qu'il manquait un peu de largeur par rapport à certains de ses concurrents, il restait une valeur sûre grâce à ses performances marines. Un de ses atouts majeurs était la présence d'une cabine arrière double, une innovation pour un bateau de cette taille à l'époque, que l'on retrouvait également sur l'Eolia et la version 1984 du Feeling 720.

Sur le marché de l'occasion, le First 24 reste un voilier très prisé. Sa robustesse et sa polyvalence en font un premier achat idéal pour de jeunes plaisanciers. On peut citer l'exemple de Damien, un plaisancier suisse naviguant sur le Léman, qui a saisi l'opportunité d'acquérir un First 24 pour remplacer son ancien Corsaire. Le prix de transaction pour un modèle bien entretenu peut se situer autour de 13 500 CHF à 15 500 CHF selon l'état et l'équipement. La rareté des places de port et la file d'attente imposent souvent une réactivité rapide lors de l'achat de ce type de croiseur.

Le First 24 est également disponible à la location sur des plateformes spécialisées. Pour une expérience nautique alliant confort et liberté, il est possible de louer ce modèle dans des zones comme Locmariaquer. Les conditions de location incluent généralement une caution déposée via des services comme SamBoat, avec des politiques de remboursement flexibles. Cela permet aux futurs acheteurs de tester les qualités marines du bateau avant de s'engager dans une acquisition durable.

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