L'Odyssée de Marc Thiercelin : Innovation, Transmission et Avenir Maritime

Le parcours de Marc Thiercelin, navigateur au long cours et entrepreneur visionnaire, ne se limite pas aux simples records sportifs. Avec cinq tours du monde à son actif, dont quatre participations au mythique Vendée Globe, et plus de 700 000 kilomètres parcourus, il incarne une figure singulière du monde maritime. Plus qu'un skipper, Thiercelin se définit comme un entrepreneur, un pédagogue et un innovateur qui cherche à réconcilier la performance technologique avec les enjeux sociétaux et environnementaux de notre siècle.

Une trajectoire atypique forgée par la résilience

Né en Seine-et-Marne, Marc Thiercelin a très tôt montré une inclinaison pour la création. Formé à l'École Boulle entre 1974 et 1977, il y apprend l'ébénisterie, le dessin et la marqueterie, des compétences qui nourrissent encore aujourd'hui sa vision de la construction navale. Sa vie bascule en 1990 lorsqu'un accident grave lors d'une navigation lui cause une surdité à l'oreille droite, un événement que les médecins jugeaient alors incompatible avec une carrière de marin. Loin de renoncer, il transforme cet obstacle en moteur, enchaînant la Mini Transat, la Solitaire du Figaro et, dès 1996, une deuxième place historique au Vendée Globe.

Ce tempérament de compétiteur hors-norme, nourri par une volonté de fer, a fait de lui un témoin privilégié de l'évolution de la course au large. De ses débuts en Optimist à la préparation olympique en 470, jusqu'aux défis technologiques modernes, il a su conserver une curiosité insatiable. Pour Thiercelin, la mer n'est pas seulement un terrain de jeu, mais un espace de vie qui demande courage, abnégation et une capacité constante à se réinventer, ce qu'il a pu démontrer lors de ses nombreux passages au Cap Horn et ses circumnavigations.

Le projet d'Imoca en bois : Le renouveau durable

Aujourd'hui, l'ambition de Marc Thiercelin se porte vers une nouvelle frontière technologique : la construction d'un voilier Imoca conçu pour le Vendée Globe, mêlant fibres naturelles et matériaux recyclés. Ce projet n'est pas qu'une question de vitesse ; il s'inscrit dans un triptyque de recyclabilité, réplicabilité et dimension générationnelle.

Techniquement, ce voilier est une prouesse. Environ 40 % de la structure, incluant la coque et les cloisons, utilisent du carbone déclassé provenant de la filière Airbus, valorisant ainsi des matériaux destinés à être rebutés. Les 60 % restants sont structurés en contreplaqué de bois européen, avec des éléments en bambou et chanvre pour le roof et les équipements intérieurs. L'architecte Gildas Plessis et son équipe GPYD, associés à G-Sea Design et d'autres experts, gèrent la conception pour répondre aux contraintes extrêmes du « slamming » (chocs verticaux violents). Ce navire promet d'afficher une empreinte carbone réduite de 70 % et un coût de fabrication divisé par deux par rapport aux standards 100 % carbone, tout en conservant des performances de haut niveau.

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Transmettre pour bâtir l'économie de demain

L'engagement de Marc Thiercelin dépasse la ligne d'arrivée des courses. Son travail de transmission est le fil conducteur de sa carrière. Entre 2007 et 2011, en tant que parrain et ambassadeur des « Filières du Talent DCNS », il a permis à 3 000 jeunes de découvrir les métiers industriels, favorisant l'accès à des contrats à durée indéterminée. Plus tard, avec le projet « Cap Alternance », il a sensibilisé les entrepreneurs français à l'importance de l'apprentissage.

Cette volonté de valoriser les métiers de la mer est également portée par sa Fondation de l'Or Bleu. Convaincu que le maritime est un levier stratégique négligé, Thiercelin plaide pour une meilleure intégration de l'économie bleue dans le paysage éducatif et industriel. Il encourage le grand public à s'approprier ces enjeux, citant les biotechnologies, les énergies marines renouvelables et la déconstruction navale comme des secteurs d'avenir. Pour lui, la mer est l'affaire de tous, une « nouvelle frontière » qui nécessite une vision stratégique et une confiance renouvelée dans les capacités d'innovation de la jeunesse.

Le Trimaran Ultime et l'innovation marseillaise

Le lien entre Marc Thiercelin et Marseille est devenu le socle de ses nouveaux défis, notamment autour de son projet de trimaran ultime. Avec 32 mètres de long et 20 mètres de large, ce géant des mers est conçu pour devenir un incubateur marin mobile. L'idée est d'y embarquer des start-ups, des centres de recherche et des industriels afin d'expérimenter des technologies d'intelligence artificielle dédiées à la navigation autonome.

Ce projet s'inscrit pleinement dans la dynamique métropolitaine marseillaise. Le navigateur voit en ce navire une plateforme capable d'attirer des partenaires autour d'une innovation ouverte, tout en participant à des courses au large prestigieuses. En cherchant à lever des fonds pour finaliser ce trimaran, Thiercelin ne cherche pas seulement un sponsor, mais un écosystème capable de soutenir la recherche technologique et l'expérimentation en conditions réelles, transformant la rade de Marseille en un laboratoire d'excellence technologique.

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