La pointe de La Torche, site emblématique du Finistère et haut lieu du surf en Bretagne, se retrouve une fois de plus au cœur de l'actualité environnementale et des débats sur la protection du littoral. Tandis que des mobilisations d'envergure y sont organisées pour dénoncer la dégradation de l'environnement, une décision municipale inattendue dans une commune voisine soulève de vives interrogations quant à l'accès aux plages et à la gestion des risques pour les pratiquants de sports nautiques. Ces événements récents mettent en lumière la complexité des enjeux liés à la préservation de nos écosystèmes marins et côtiers face aux pressions anthropiques et aux défis sécuritaires.
L'Interdiction de Baignade à Tréguennec : Une Vague d'Incompréhension
En pays Bigouden, plus précisément à Tréguennec, une commune située juste au Nord de La Torche, un groupe d’irréductibles se révolte contre un arrêté municipal. Cet arrêté, surprenant pour de nombreux usagers, porte « interdiction générale et absolue de baignade et de toutes activités nautiques à titre préventif sur la zone littorale de la commune de Tréguennec ». La nouvelle a provoqué un véritable désarroi chez les habitués du spot. Christian Voisard, un résident surfeur qui témoigne avoir surfé pour la première fois sur ce « beachbreak bien tranquille » à la fin des années 70, exprime son étonnement : « J’ai 63 ans, je viens de prendre ma retraite et je pensais pouvoir surfer peinard en bas de chez moi, que nenni ! » Cette réaction illustre le sentiment d'une liberté d'accès et de pratique subitement entravée.
La mairie de Tréguennec justifie sa décision en invoquant des motifs de sécurité publique. L’arrêté posé par la mairie stipule en effet que « le Maire de Tréguennec exerce la police des baignades et a donc la responsabilité de prévenir les accidents de baignade et d’activités nautiques en assurant la sécurité de toutes activités et des baignades dans la limite de 300 mètres à compter de la limite des eaux, en utilisant des précautions appropriées. » La raison principale avancée pour cette interdiction générale est la présence des baïnes et l'absence de surveillance. Il aurait été mis en place « pour éviter tout risque de noyade lié aux baïnes ». L'arrêté précise que « lorsque la marée recouvre les baïnes, l’eau s’échappe violemment vers l’aval selon un système de vidange. Les nageurs sont alors emportés au large sans possibilité de rejoindre la plage. Ce sont ces courants de « sorties de baïnes » qui provoquent chaque année des noyades. » Face aux « risques importants associés aux baïnes » et à l’absence de sauveteurs sur la plage de Kermabec, qui est située sur la commune de Tréguennec, la municipalité a été poussée à prendre les mesures jugées nécessaires « pour prévenir les dangers auxquels les usagers peuvent être exposés », en interdisant toute l’année la baignade et toutes activités nautiques sur une limite de 300m à compter de la limite des eaux sur la plage de Kermabec.
Cette décision municipale apparaît comme paradoxale aux yeux de nombreux usagers. En effet, la mairie de Tréguennec fait elle-même la promotion de cette même zone de surf sur son site internet. Elle décrit que « Le site naturel de Kermabec est unique. Il offre des conditions optimales pour apprendre à surfer. Trois écoles de surf favorisent la rencontre avec l’océan et les éléments en toute sécurité et initient aux plaisirs de la glisse dans une ambiance authentique. Le spot de Tréguennec est apprécié pour sa beauté naturelle et sa tranquillité. » L'incohérence entre la promotion active d'un site pour le surf et l'interdiction totale de sa pratique génère une incompréhension légitime et un sentiment de contradiction.
La Résistance des Surfeurs et les Voies de Recours Juridiques
Face à cet arrêté, un collectif de surfeurs et d'usagers s'est organisé pour défendre l’accès à ce spot. Ce collectif a ainsi mis en ligne une pétition pour recueillir des soutiens, ainsi qu'une cagnotte destinée à couvrir les frais d’avocat nécessaires à une attaque en justice de cette décision municipale. La contestation de l'arrêté s'inscrit dans un cadre juridique précis. Selon l’article 6 de l’arrêté lui-même, celui-ci peut être contesté devant le tribunal administratif de Rennes dans un délai de 2 mois à compter de sa publication. Une autre démarche possible est de faire l’objet d’un recours gracieux devant l’auteur de la décision, c’est-à-dire la mairie, dans les mêmes délais. Cette seconde option présente un avantage certain : elle prolonge le délai de recours contentieux qui doit alors être introduit dans les deux mois suivant la réponse apportée par l'administration.
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Cependant, les premières tentatives de contestation n'ont pas abouti favorablement. À ce jour, « les premiers référés pour suspendre l’arrêté ont été rejetés car pas de caractère d’urgence pour le juge », selon les informations transmises par le surfeur du Collectif Plage Treguennec. Malgré ce revers initial, le collectif ne baisse pas les bras et continue son action. Un recours en annulation sur le fond a été introduit. Le surfeur du collectif précise qu' « il y a actuellement un recours en annulation envoyé au tribunal de Rennes pour attaquer sur le fond (abus de pouvoir, arrêté liberticide etc) mais ça risque de prendre 8 à 12 mois ! » Cette démarche vise à contester la légalité et la légitimité de l'arrêté en profondeur, en soulevant des arguments tels que l'abus de pouvoir ou le caractère « liberticide » de la mesure.
Les enjeux de ce recours dépassent largement le cadre local de Tréguennec. Le collectif alerte sur les potentielles répercussions d'une décision négative : « Nous tenons à signaler que si ce recours est négatif, il risque de créer jurisprudence pour d’autres communes du littoral français, les maires se couvrant ainsi en interdisant tout contact avec l’océan ! » Cela signifierait qu'une telle décision pourrait servir de précédent pour d'autres municipalités confrontées à des problématiques similaires, menaçant ainsi l'accès à de nombreux autres spots de surf et plages sur l'ensemble du littoral français. Christian Voisard, le surfeur résident, ajoute avec amertume : « Je rappelle que de Tréguennec nous voyons la pointe de La Torche, site défendu avec ferveur par certains politiques d’ici, qui maintenant nous laissent tomber. » Cette déclaration souligne un sentiment d'abandon et de déception vis-à-vis des élus locaux et régionaux, perçus comme inconsistants dans leur soutien aux pratiques nautiques et à la défense du littoral.
Surfeurs, Baigneurs et la Gestion Différenciée des Risques Marins
Le sujet de l'interdiction à Tréguennec soulève par ailleurs la nécessité ou non de différencier les surfeurs des autres usagers de l’océan dans l'évaluation et la gestion des risques. Il est en effet généralement admis que les surfeurs expérimentés sont plus habitués aux aléas de l’océan que les baigneurs traditionnels. Leur pratique régulière leur confère une connaissance approfondie du milieu marin : ils savent lire les courants d’eau, identifier les baïnes, et sont capables de s’appuyer sur leur matériel, tel que leur planche, ainsi que sur leurs capacités physiques - rame, cardio - pour revenir sur terre en sécurité en cas de problème. De plus, l’esprit communautaire, profondément ancré dans la culture du surf, veut que si une personne se trouve en difficulté, d’autres seront immédiatement présentes pour lui porter secours. Cette solidarité active représente un niveau de sécurité intrinsèque à la pratique du surf en communauté.
Pourtant, ces vérités ne s’appliquent malheureusement pas toujours aux surfeurs novices. Ces derniers sont parfois peu ou pas informés du fonctionnement complexe de l’océan et ne sont pas toujours pleinement conscients des dangers spécifiques qu'il présente, ni de leurs propres capacités physiques et techniques face à ces derniers. La distinction entre niveaux d'expérience et de connaissance du milieu marin est donc cruciale pour une gestion des risques adaptée et proportionnée.
Si des précautions peuvent être nécessaires selon les terrains, les « précautions appropriées » devraient être plus nuancées qu’une interdiction complète et absolue d’accès à l’océan, qui pénalise indistinctement tous les usagers, y compris les plus expérimentés et autonomes. La question de savoir à qui incombe cette tâche de différenciation et de régulation plus fine est complexe. Les fédérations sportives et les institutions publiques ont un rôle essentiel à jouer dans la mise en place de politiques de prévention et d'encadrement adaptées, incluant potentiellement des classifications de sites ou des recommandations spécifiques en fonction des niveaux de pratique. De même, les pratiquants eux-mêmes ont leur voix à faire porter pour contribuer à l'élaboration de solutions réalistes et efficaces qui concilient sécurité, liberté de pratique et respect de l'environnement.
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La Pollution en Bretagne : Un Contexte Alarmant qui Alimente la Colère
Ces préoccupations locales relatives à l'accès au littoral s'inscrivent dans un contexte plus large de dégradation environnementale en Bretagne, un phénomène qui a déjà catalysé des mobilisations d'ampleur. C’était notamment le cas en mars 2018 : pour sensibiliser à la pollution de l’eau aux pesticides, des associations de protection de l’environnement avaient déjà appelé à un rassemblement significatif à la pointe de La Torche (Finistère). À cette occasion, des surfeurs s’étaient déplacés, équipés de masques à gaz, un geste fort et symbolique destiné à marquer l’impact des pollutions sur leur pratique et leur santé.
Aujourd'hui, cet appel à la vigilance est renouvelé et élargi. De nouveau, ils appellent à un grand rassemblement, mais cette fois-ci, l’objectif est d’alerter sur un ensemble de problématiques environnementales plus vaste et interconnecté : la « pollution et empoisonnement de la nature, terre, eau, air, la perte massive de biodiversité et le dérèglement climatique ». Ce constat de ces militants est alarmant et reflète une dégradation généralisée des écosystèmes.
Le Finistère, et plus largement la Cornouaille, sont particulièrement affectés par ces agressions environnementales. Les eaux de nos rivières sont chargées de pesticides divers, ce qui fait craindre aux associations un dangereux « effet cocktail », c'est-à-dire l'accumulation et l'interaction de différentes substances chimiques dont les effets combinés peuvent être plus nocifs que ceux de chaque substance prise isolément. Côté nitrates, les rivières du Finistère ne vont guère mieux : si la majorité d'entre elles est en dessous du seuil légal établi, les taux mesurés restent néanmoins trop élevés pour permettre de résorber efficacement les marées vertes, un fléau qui continue de s'étendre sur les côtes bretonnes.
La Cornouaille, plus spécifiquement, fait face à de nombreuses agressions de son sol, de son territoire, de ses rivières et de son littoral. Les conséquences sont visibles et préoccupantes : les deux baies, celle de Douarnenez et celle d’Audierne, montrent des signes évidents de dégradation. Les algues vertes pullulent sur des plages autrefois préservées, comme celle du Ris, et même dans la baie des Trépassés, altérant la beauté des paysages et la qualité écologique des milieux.
Un exemple concret et récent de la persistance de pratiques jugées néfastes pour l'environnement est l'approbation d'un projet d'élevage intensif. D'autre part, nous apprenons que le maire de Plovan, situé en baie d'Audierne, a signé à nouveau un permis de construire pour une porcherie géante à Kerviel. Il s'agit d'un projet visant à étendre considérablement les capacités de la porcherie actuelle, afin de produire sur deux sites la quantité massive de 30 000 porcs par an. Ce type d'installation est souvent pointé du doigt par les associations de protection de l'environnement pour son impact significatif sur la pollution des sols et des eaux par les effluents d'élevage, contribuant ainsi à l'aggravation des problèmes de nitrates et de pesticides, et à la prolifération des algues vertes.
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