Manifestations contre le voile en Iran : Causes et héritage

La question du voile en Iran est au cœur de tensions sociales et politiques depuis la révolution islamique de 1979. L'obligation du port du voile, perçue par beaucoup comme une atteinte aux libertés individuelles, a engendré des vagues de contestation, dont la plus récente a été déclenchée par la mort de Mahsa Amini en septembre 2022. Cet article examine les causes profondes de ces manifestations, leur évolution, la répression qui s'ensuit et l'héritage durable de ces mouvements de résistance.

Contexte historique : le voile, enjeu politique dès les premières années de la République islamique

Dès les premières années suivant la révolution islamique, le voile est devenu un enjeu politique majeur. Le 6 mars 1979, Khomeiny a déclaré obligatoire le port du voile pour les femmes travaillant dans les établissements publics. Cette décision a provoqué une vive réaction des femmes, qui ont manifesté en masse le 8 mars 1979, lors de la Journée internationale de la femme, pour protester contre cette imposition. Les manifestantes ont souligné leur rôle essentiel dans les journées révolutionnaires et ont averti que la révolution ne pourrait atteindre ses objectifs sans leur participation.

Malgré cette résistance, le port d'une tenue « islamique » a été imposé aux filles à l'école dès l'âge de 6 ans en avril 1980. La guerre Irak-Iran, débutant en septembre 1980, a aggravé la situation, renforçant le contrôle social au détriment des femmes. L'État théocratique a criminalisé le non-respect de la tenue islamique, faisant du corps des femmes un enjeu central de pouvoir.

Le Mouvement « Femme, Vie, Liberté » : Un tournant majeur

Le 16 septembre 2022, la mort de Mahsa Amini, arrêtée pour « port du voile inapproprié », a déclenché un soulèvement sans précédent en Iran. Ce mouvement, rapidement surnommé « Femme, Vie, Liberté », a marqué un tournant dans la lutte contre l'obligation du voile et plus généralement contre l'oppression des femmes en Iran.

Un soulèvement populaire et féministe

Le mouvement « Femme, Vie, Liberté » s'est distingué par son caractère à la fois populaire et féministe. Dès le début, les femmes ont joué un rôle central en retirant et en brûlant leur voile, symbole de la République islamique, contestant ainsi le contrôle de l'État sur leur corps dans l'espace public. L'utilisation des réseaux sociaux a permis une organisation rapide des manifestations et une large diffusion des revendications.

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Un aspect notable de ce mouvement a été le soutien apporté par les hommes iraniens, témoignant d'un changement de mentalité significatif. Des hommes ont commencé à applaudir les femmes ne portant pas le foulard, un comportement impensable auparavant.

Répression violente et résistance persistante

La réponse du gouvernement iranien face au mouvement « Femme, Vie, Liberté » a été d'une violence extrême. Les gardiens de la révolution ont procédé à des milliers d'arrestations et de condamnations, utilisant la force contre les manifestants, visant notamment les yeux et les parties génitales des femmes. Delphine Minoui, spécialiste de l'Iran, a souligné que de nombreuses personnes ont été tuées et éborgnées lors de ces répressions.

Malgré cette répression, la résistance des femmes iraniennes ne s'est pas éteinte. De nombreuses femmes continuent de ne pas porter le voile en public, bravant les risques et les sanctions. La désobéissance civile se manifeste au quotidien sous diverses formes, notamment par le renoncement au voile obligatoire.

L'arsenal répressif : lois, police des mœurs et surveillance de masse

Pour faire respecter l'obligation du voile, le régime iranien a mis en place un arsenal répressif complexe, combinant des lois strictes, une police des mœurs omniprésente et des technologies de surveillance de masse.

Lois et sanctions renforcées

Le Parlement iranien a adopté le 20 septembre 2023 un projet de loi « visant à soutenir la culture de la chasteté et du hijab », qui renforce les sanctions en cas de non-respect de la législation sur le port obligatoire du voile. Ce texte prévoit des amendes, la confiscation des voitures et des appareils de communication, l'interdiction de conduire, des prélèvements sur le salaire, le licenciement et l'interdiction d'utiliser les services bancaires. Les femmes reconnues coupables d'avoir enfreint la loi de manière « systémique » ou en collusion avec des services de renseignement étrangers risquent des peines de cinq à dix ans d'emprisonnement, ainsi qu'une interdiction de voyager et une assignation à résidence.

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Le rôle de la police des mœurs

La police des mœurs (Gasht-e Ershad), créée en 2005, est chargée de faire respecter les « bonnes mœurs » dans les rues iraniennes. Cette unité arrête les femmes considérées comme portant le voile de manière non conforme, les menaçant, leur ordonnant de remonter leur foulard ou de se maquiller. Des vidéos ont montré des agents de la police des mœurs agressant physiquement les femmes, les giflant et les poussant dans des fourgons de police.

En juillet 2023, la police des mœurs a été réintroduite dans les rues iraniennes, après une brève suspension suite à la mort de Mahsa Amini. Les autorités ont également encouragé les partisans du régime à participer à la répression des femmes non voilées.

Surveillance de masse et application « Nazer »

Les autorités iraniennes utilisent des technologies de surveillance de masse pour identifier les femmes ne portant pas le voile dans leur voiture ou dans les lieux publics. Entre le 15 avril et le 14 juin 2023, la police a envoyé près d'un million de SMS d'avertissement à des femmes photographiées sans voile dans leur voiture. 133 174 SMS ont ordonné l'immobilisation temporaire du véhicule, 2 000 voitures ont été confisquées et 4 000 récidivistes ont été déférées devant la justice.

L'application « Nazer » (« surveillance » en farsi) est utilisée par des agents en civil pour identifier les femmes ne portant pas correctement leur hijab dans leur voiture. Les femmes visées reçoivent des menaces par SMS ou appel téléphonique, leur enjoignant de se présenter à la police des mœurs et de remettre leur véhicule.

Conséquences de la répression : peur, restrictions et peines dégradantes

La répression du port non obligatoire du voile a des conséquences graves sur la vie des femmes iraniennes, créant un climat de peur et de stress constant.

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Restrictions d'accès et harcèlement

Les femmes se voient régulièrement refuser l'accès aux transports publics, aux aéroports et aux services bancaires si elles ne portent pas le voile. Les agents de l'État, en particulier dans les aéroports, examinent attentivement la tenue des femmes, critiquant la longueur des manteaux et des pantalons, ainsi que la visibilité des chevilles et des poignets.

Même à l'école, les adolescentes sont traquées. Des lycéennes ont été suspendues pour avoir été filmées non voilées dans une salle de classe.

Peines dégradantes et cours de « moralité »

Les autorités infligent des peines dégradantes aux femmes qui apparaissent dans des lieux publics sans leur voile. Certaines ont été condamnées à assister à des séances de conseil sur le « trouble de la personnalité antisociale », à laver des corps à la morgue ou à nettoyer des bâtiments publics.

Des femmes ont été contraintes de participer à des cours de « moralité », où elles ont été réprimandées pour s'être montrées « nues » et tenues responsables du taux élevé de divorce.

Flagellation et menaces de violence sexuelle

En janvier 2024, Roya Heshmati a été condamnée à 74 coups de fouet pour être apparue non voilée en public. Elle a décrit la flagellation comme une expérience de « torture médiévale ».

Des femmes ont également été menacées de flagellation, d'emprisonnement, de mort et de violences sexuelles.

L'héritage du mouvement : un changement des mentalités et une soif de liberté

Malgré la répression, le mouvement « Femme, Vie, Liberté » a laissé un héritage durable dans la société iranienne.

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