La symbolique de la finitude : du Memento Mori à la résilience dans le manga

Bienvenue dans le coin Manga du Blog Liseur, pour découvrir des coups de cœurs, des conseils de lecture et des nouveautés, pour les fans ou pour nos lecteurs qui désirent s’initier au genre. Le rayon manga à La Médiathèque de Levallois est large et diversifié, suffisamment varié pour vous faire découvrir des mangas différents. Il y en a pour tous les goûts et pour tous les âges. À l’instar d’un premier article, il ne s’agira pas de dresser une liste exhaustive de symboles mais plutôt de s’arrêter sur quelques symboles intéressants et emblématiques de la richesse de sens dans l’univers du manga. L’interprétation étant toujours un exercice doté d’une part relative de subjectivité, n’hésitez pas à nous faire part de vos impressions dans la section commentaires.

La conscience de la mort comme moteur narratif

Le memento mori, une expression latine qui signifie « souviens-toi que tu vas mourir », est un symbole puissant, évoquant notre mortalité et invitant à la réflexion. Ce symbole, souvent représenté par un crâne, une bougie éteinte ou un sablier, rappelle la fragilité de l’existence humaine. Dans un monde où l'oubli du temps et des priorités est courant, comprendre ce que symbolise le memento mori peut transformer notre vision de la vie.

Dans nos coups de cœurs mangas adulte, Ikigami, écrit et dessiné par Motoro Mase, est à notre avis un incontournable. C’est une référence dans le genre des mangas dystopiques, avec un récit très original et intelligent. Dans un pays asiatique imaginaire et non nommé, mené sous une dictature, chaque enfant reçoit dès son entrée à l’école primaire un vaccin. Parmi ces enfants, un sur mille reçoit un vaccin différent des autres car il contient une micro-capsule indétectable qui est capable de donner la mort à une date et heure précise. Le but de cette action est de donner conscience aux adultes de la valeur de la vie.

La capsule est programmée pour détruire le cœur de l’individu tiré au sort entre ses 18 et 24 ans. Le préavis de décès, l'Ikigami, est délivré en mains propres par un fonctionnaire assermenté comme Kengo Fujimoto. L'Ikigami est accompagné d’une carte personnelle, offrant à la victime la gratuité des services publics ainsi que des établissements commerciaux partenaires inscrits. En Occident, les contes de fée ont toujours eu une portée psychanalytique. Mais la psychanalyse ne joue pas au Japon le même rôle thérapeutique, ni intellectuel, tel que l'on peut le concevoir en France. L'inconscient japonais reste encore à explorer, à sonder.

L'alchimie du vivant et le cycle de l'éternité

Le manga culte d’Hiromu Arakawa, Fullmetal Alchemist, fait la part belle aux symboles tout au long de ses 27 tomes. Dans l’univers des cercles de transmutation, l’entrelacs de lignes et de symboles est lourd de sens et de puissance. Le caducée est dans Fullmetal Alchemist le symbole des alchimistes, apparaissant sur la cape d’Edward Elric. Il est l’attribut d’Hermès, dieu-messager du commerce, de l’éloquence et des alchimistes. Les deux serpents enroulés représentent l’équilibre entre le soufre et le mercure. Le caducée est donc un mélange intéressant du caducée et du bâton d’Asclépios, dans une tentative de réunir les missions de transmutation et de médecine qui sont au cœur de l’alchimie.

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Le thème de la vie éternelle est au cœur du manga, et le choix du bâton de vie et de mort n’est pas anodin pour les alchimistes qui jouent à se prendre pour Dieu. L’ouroboros est, dans le manga, le symbole des homonculus, qui sont au nombre de sept, un pour chaque péché capital. L’ouroboros est un symbole aussi ancien que mystérieux. On le rencontre sur tous les continents, à des époques où les civilisations concernées ne pouvaient se rencontrer. Il a à chaque fois le sens d’éternité en tant qu’éternel recommencement. L’ouroboros exprime ainsi l’éternité, mais de façon inquiétante car stérile (le serpent n’est tourné que vers lui-même) et répétitive, au contraire de la vie éternelle du bâton d’Asclépios.

La quête de sens à travers la perte

Lorsque Ki-oon pousse un titre comme My Broken Mariko, il y a de quoi s’y arrêter. Bah, on n’était pas prêt. Événement sur le web puis en librairie au Japon, cette première œuvre de Waka Hirako est difficile à décrire tant elle traite de nombreux sujets : viol, suicide, deuil, culpabilité. La jeune Tomoyo apprend le suicide de Mariko aux informations. Bouleversée, confuse, elle décide sur un coup de tête de voler son urne funéraire des mains d’un père violent et de lui rendre hommage lors d’un road trip à la mer. « Cette création m’a servi à digérer tout ce qui ne l’était pas. Il a fallu que je regarde la vérité en face et que je m’y engouffre complètement. »

Plus la lecture avance, plus le lecteur tourne les pages vite, plus il a l’impression de ne pas pouvoir s’arrêter, et cela vaut aussi pour les émotions. C'est ce même besoin de confrontation avec l'existence que l'on retrouve dans Jizo, qui suit l’aventure d’Aki, un jeune garçon qui se réveille sur le banc d’un parc, incapable de retrouver son chemin. Tout le monde semble l’ignorer si ce n’est Jizo, un enfant mystérieux. Les Jizo sont en effet ces statues souriantes que vous pouvez parfois croiser au bord des routes japonaises, dans les temples et autres sanctuaires. Elles sont les symboles d’esprits protecteurs dont une des missions est de veiller sur les jeunes enfants qui ont trouvé la mort trop prématurément.

« Aki est décédé et sa quête sera avant tout de l’accepter. Même s’il n’a de cesse de répéter qu’il veut retrouver ses parents, il voit bien que le monde dans lequel il s’est réveillé n’est pas celui qu’il connaissait avant. » Ce manga nous parle de douleur, de culpabilité et de lieux tellement chargés en souvenirs qu’ils en deviennent des tombeaux. Alors on se projette dans nos propres vies, nos expériences douloureuses qui, paradoxalement, font de nous des humains complexes. Jizo nous donne effectivement envie de croire en quelque chose qui va au-delà de nos réalités et du visible. Si nous avons besoin de signes, il nous dit que nous saurons les trouver, que ce soit dans la caresse d’un vent soudain ou dans une étoile qui semble briller plus que les autres.

Symboles élémentaires et appartenance au monde

Dans Sakura, chasseuse de cartes de Clamp, la carte du Vent est la première de la collection. De par sa nature douce et docile, elle retourne d’elle-même dans le livre de Clow. Premier argument en sa faveur, la carte est une des quatre Élémentaires avec la carte de l’Eau, de la Terre et du Feu. À l’inverse de la Terre et du Feu, cependant, la carte du Vent est l’une des 26 cartes gouvernées par la Lune, tandis que l’autre moitié des 52 cartes de Clow relève du domaine solaire. Astre féminin par excellence, la lune est souvent associée, dans l’étude des symboles, au féminin.

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Dans Shingeki no Kyojin ou L’Attaque des Titans, les êtres humains vivent dans l’enceinte de villes entourées de remparts fortifiés. Dès le début du manga, les remparts sont comparés à une prison, et le jeune Eren aspire à s’aventurer en-dehors de leur protection pour découvrir le monde extérieur et être libre. Mais le symbole va encore plus loin : les ailes représentent le rêve de s’émanciper d’une vie cloîtrée derrière des murs et clouée à terre.

Le symbole de Konoha dans Naruto, village caché du pays du Feu, représente une feuille. Le symbole devient réellement intéressant quand on le compare aux symboles des autres villages cachés. Du sablier du village caché du Sable au nuage du village caché de la Foudre, aucun symbole ne présente cette forme particulièrement ronde. Le prénom « Naruto » vient des narutomaki, un ingrédient de râmen arborant une spirale rose, et le nom « Uzumaki » vient d’une part de l’« uzu » du mot uzushio, signifiant tourbillon. Ainsi, d’un point de vue purement graphique et dès le début du manga, le symbole même de Konoha semble prédire le succès de Naruto dans son ambition de devenir hokage.

La présence de la pokéball sur cette liste peut prêter à sourire. Si Pokémon n’est pas, à proprement parler, un manga, il est intéressant de se pencher sur cet objet emblématique. Loin d’être le fruit du hasard, l’association du rouge et du blanc est un assortiment de couleurs traditionnel au Japon. C’est la répartition des couleurs lorsque deux équipes s’affrontent, les couleurs du drapeau du pays du Soleil levant ainsi que celles des bannières de festivals. Quant à la forme de l’objet, sa capacité à passer à une taille plus petite rappelle une capsule, ainsi que l’amour des Japonais pour tout ce qui est petit, technologiquement efficace et de l’ordre du gadget à porter sur soi.

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