Maître Nageur So La Lune : Une Exploration de l'Eau, de la Psyché et de l'Imaginaire

Cet article propose une exploration des dimensions physiques, psychologiques et symboliques de la relation humaine avec l'eau, en s'inspirant des réflexions d'une psychologue, Aude Legrand, et en intégrant des références à la culture populaire et à la musique. L'objectif est de comprendre pourquoi l'eau suscite des réactions aussi diverses que la peur, l'attirance, le sentiment de protection ou d'agression.

L'Eau : Entre Peur et Fascination

Aude Legrand, psychologue, s’interroge sur la nature du rapport que l’être humain entretient avec l’eau. Pourquoi la peur ou l’attrait de l’eau ? Pourquoi certains ressentent l’eau comme une deuxième peau protectrice et d’autres au contraire, comme un liquide agressant ? C’est que le contact avec l’eau provoque tout sauf de l’indifférence et fait naître le trouble. L’enveloppe de l’eau se charge de la profondeur de l’inconscient, d’émotions non maîtrisées, de cris, de peur aussi. Même l’adulte redevient enfant : les sensations font perdre pied à la parole.

La relation à l’eau se joue sur le plan physique mais aussi symbolique. La symbolique de l’eau repose sur l’ambivalence de la vie et de la mort. L’anthropologue Mircea Eliade a étudié le symbolisme aquatique à l’œuvre dans les religions. Les eaux sont le fondement du monde, de toute forme de vie : elles précèdent la création. Mais elles représentent aussi le lieu où tout le monde peut être détruit, englouti. « L’immersion dans l’eau symbolise la régression dans le pré formel, la réintégration dans le monde indifférencié de la pré existence. Dans toutes les religions, les eaux conservent la même fonction de dissolution (mourir au péché) et de recréation (revivre).

Le philosophe Gaston Bachelard a écrit un essai sur l’imagination matérielle de l’eau : « L’eau et les rêves ». Selon lui, l’eau - en tant qu’élément fondamental avec la terre, le feu et l’air - « tient sous sa dépendance les pensées claires et les images conscientes mais aussi et surtout les rêves. « L’eau nous rend notre mère». Mais Bachelard met avant tout l’accent sur le caractère d’ambivalence de l’eau. « L’eau, substance de vie est aussi substance de mort pour la rêverie ambivalente ».

Nous venons de voir l’eau appréhendée comme soubassement des productions mentales (pensées, images, rêves) et non comme milieu d’une expérience sensitive et émotionnelle. Mais les propriétés physiques de l’eau se présentent aussi sous le jour de l’ambivalence : ainsi, la poussée d’Archimède s’oppose à la force de la pesanteur. Les pressions successives qui s’appliquent sur la peau lors des brassages de l’eau peuvent être reçues comme un véritable massage, avec des sensations de caresses apaisantes, d’effleurements ; une notion d’enveloppe, de liant de l’eau, d’unité corporelle. Par son aspect contenant, l’eau peut ainsi être vécue comme une « deuxième peau », comme une deuxième enveloppe délimitant une frontière entre le dedans et le dehors. Elle peut ainsi favoriser l’identification corporelle par l’enveloppement du « Moi-peau » qu’elle provoque et développer le sentiment d’existence.

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Le Maître-Nageur : Éducateur de l'Eau

Le métier de maître-nageur est un métier noble : il consiste non seulement à initier à une activité sportive mais aussi à éduquer à l’eau. Le professionnel est là pour aider à ce que cette rencontre entre l’élève et l’eau se passe le mieux possible. Cette mission éducative n’est pas toujours facile à remplir car l’aspect psychologique doit être pris en compte. Il a à faire avec l’affectif de son élève qui porte son histoire personnelle avec l’eau.

Les enfants, un peu craintifs, et non encore familiarisés à l’élément aquatique, se plaignent fréquemment de cette eau qu’ils ont dans le nez ; « les oreilles, les yeux ! », « Je n’entends rien ! », « J’ai mal au nez ! ». Combien de fois j’entends dire des enfants : « Madame, j’ai perdu mon casque ! ». Ils me parlent en fait de masque qui leur protégeait les yeux et le nez et ils se sentent démunis, sans plus de protection face à cet envahissement liquidien. D’autres fois, il s’agit finalement de leur bonnet, véritable casque de défense pour les oreilles et les cheveux, qui leur permet d’affronter, comme dans une guerre, cette eau qui s’infiltre partout. L’eau peut être « ressentie comme pénétrante comme si la propre peau de l’enfant était une passoire et qu’ainsi son espace corps serait liquéfié ». D’après Anzieu, les risques de dépersonnalisation sont liés à l’image d’un corps perforable et à l’angoisse primaire d’un écoulement de la substance vitale par ce trou. Or, l’eau s’immisce dans tous les orifices leur donnant ainsi une autre réalité. La bouche n’est pas non plus épargnée par l’eau qui empêche de respirer quand elle ne fait pas avaler la tasse : des images d’étouffements, d’engloutissement peuvent ainsi voir le jour.

La résistance de l’eau à l’avancement est beaucoup plus importante que celle de l’air. Il m’arrive souvent de voir des personnes se battre avec l’eau : en général, ce sont des hommes, ils semblent « boxer » quand ils nagent. C’est véritablement une lutte physique : les muscles tendus, crispés, ils épuisent vainement leur énergie, ne sachant pas « ruser » avec l’élément liquide et l’affrontant de face, comme s’ils voulaient vaincre l’eau par la force au lieu de l’accepter et de l’utiliser. Mais à côté de cette « nage violente et active » existe aussi une nage plus douce, « une communion dynamique de nageur et des ondes», une « nage molle et volumétrique, à l’exacte limite du passif et de l’actif, du flottement et de l’impulsion qui rejoint la rêverie bercée». Ce nageur-là, lui, est en harmonie, en parfait accord avec l’eau : elle est comme une amie qui l’aide sans cesse à se faufiler et à glisser à travers elle : il se laisse guider par ses sensations corporelles et s’appuie sur la résistance de l’eau pour avancer.

Vertige, Rêve et Imaginaire Aquatique

L’eau porte : le corps est plus léger dans l’eau car libéré des effets de la pesanteur. L’eau le pourvoit de caresses et l’entoure. Le vertige est une sensation fréquemment décrite par les sujets angoissés par l’espa­ce, la masse, la profondeur de l’eau qu’ils ont devant eux. Ces images d’aspiration de l’eau vers la profondeur peuvent être rapprochées de la figure mythique des sirènes qui entraînent les hommes grâce à leur séduction dans les fonds sous-marins. Les hommes ont toujours eu le rêve de pouvoir quitter la terre, de marcher sur la lune ou de vivre sous l’eau.

Voici comment je vis moi-même cet état de rêve : Sous l’eau, comme dans le sommeil, je plonge avant tout dans la solitude. J’entends les battements de mon cœur, le silence est profond qui décuple le moindre bruit. Je me sens très fort exister. Je sens toute ma peau au contact avec l’eau, tout mon corps imprégné. Et si je m’amuse à fermer les yeux, je ne sais plus du tout où je me trouve, envahie de sensations étranges, inexprimables. Je ne parle pas. Je suis dans un autre monde. Bercée, ballottée par l’eau, je me laisse faire : je souffle, je récupère… Avoir nagé le jour me donne un sommeil profond la nuit. Aussi profond est ce voyage intérieur que je parcours sous l’eau. La conscience est autre sous l’eau : tout comme dans le sommeil, elle est souterraine, mystérieuse, étrange. A la sortie du bain, les yeux rougis par l’eau chlorée ou l’eau de mer, je marche encore comme dans un rêve, en somnambule, dans un brouillard de bien-être. J’ai du mal à écarquiller les yeux dans la rue, je vois à peine les voitures pour traverser. Mon corps a été brassé, massé par l’eau : il est encore tout mou. J’ai encore de l’eau dans les oreilles, je suis à moitié sourde : je plane complètement. Encore bercée par l’eau, je ne regagne pas tout de suite la terre ferme. Comme si je venais de sortir du sommeil et que je n’étais pas tout à fait encore réveillée. L’eau me donne une sensation de légèreté qui perdure même après le bain car l’eau porte: cet effet d’apesanteur me fait m’envoler. Je vais vers le rêve, la liberté, la fantaisie.

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De l’eau émerge tout un imaginaire social qui influence en retour nos pratiques aquatiques. J’ai choisi ici de développer l’image du nageur-héros. Le « nageur-héros » des temps modernes réalise des exploits tels que des traversées d’océans au fil de l’eau, en nageant, en ramant ou au moyen d’une planche à voile. Il réalise des records de temps d’apnée sous l’eau. Tous ces exploits sont largement médiatisés. Le « nageur-héros » est la version contemporaine d’Ulysse et il brave l’eau à travers des voyages, des aventures sur la mer, dont on n’est pas toujours sûr qu’il reviendra sain et sauf. Il va sur un terrain inconnu, reculant les limites physiques, en se confrontant à l’élément naturel dans toute sa démesure et son instabilité. Le film de Luc Besson « Le grand bleu », film culte, incarne ce mythe du « nageur­ poisson ». Les deux héros du film plongent toujours plus profond, subjugués par les abîmes et par ce monde étrange et tentateur : il ne leur manque que les nageoires. L’un choisira d’ailleurs, de disparaître sous la mer, en réalisant la prouesse impossible. Il y a cette course à faire toujours plus corps avec l’élément aquatique, à s’y fondre avec le rêve d’atteindre l’infini des profondeurs, encensé comme l’idéal suprême, auprès duquel la vie terrienne paraît peu de chose, n’incarnant pas un tel absolu. Pour revenir au thème du nageur-héros, je citerai ces propos de Bachelard qui voit dans l’apprentissage de la nage pour l’enfant, une initiation à l’héroïsme: Dans l’eau, la victoire est plus rare, plus dangereuse, plus méritoire que dans le vent. Le jeune nageur est un héros précoce. Et quel vrai nageur n’a pas d’abord été un jeune nageur ? Les premiers exercices de la nage sont l’occasion d’une peur surmontée. La marche n’a pas ce seuil d’héroïsme. Symboliquement, le jeune peut vivre l’apprentissage de la nage comme un passage initiatique où l’eau, en tant que milieu différent et à risque incarne l’inconnu, le voyage dans un autre monde.

Réflexions Personnelles et Culturelles Autour de la Natation

Dans mon livre nager : une rencontre avec l’imaginaire, j’ai voulu donner des informations d’ordre social, linguistique, psychanalytique et sensoriel aux futurs professionnels de l’eau et aussi à tous ceux qui s’interrogent sur leurs pratiques pédagogiques. Des paroles d’enfants viennent illustrer ce voyage dans l’imaginaire de l’eau et de la nage. Ces informations se situent en amont de la pédagogie, comme un outil de réflexion.

Léon Marchand vient de pulvériser le record du monde du 200 4N, à Singapour, aux championnats du monde de natation. Trop beau à regarder . il est plus petit que les grandes armoires qu’on voit souvent, mais il va plus vite… il maitrise les 4 nages quasi parfaitement. Je regarde ces championnats du monde, et ils font des plans plus longs de la nage sous l’eau, c’est très intéressant.

Enfin, l'article fait référence au rappeur So La Lune, dont le nom et l'univers musical sont fortement liés à l'astre lunaire. Cette référence peut être interprétée comme une invitation à explorer les liens entre l'eau, la lune et l'imaginaire dans la culture contemporaine. So La Lune est un exemple de productivité. A vrai dire, depuis juillet 2020 à savoir la date de sortie de sa première mixtape Tsuki, il a livré près d’une dizaine de projets, des formats courts tous en rapport de près ou de loin avec le premier satellite naturel de la Terre.

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