L'histoire des plongeurs disparus au large de Nice en 1993 a connu un dénouement inattendu en décembre 2023, lorsque leurs corps ont été retrouvés par hasard. Cet événement a ravivé les souvenirs d'une tragédie qui avait marqué la communauté de la plongée locale et a permis de résoudre un mystère vieux de trois décennies.
Le contexte de la disparition
Le 4 décembre 1993, trois amis niçois, Daniel V., 38 ans, Christian T., 40 ans, et Philippe, décident de faire une plongée profonde sur le site du "tombant des Américains", situé entre le cap de Nice et la rade de Villefranche-sur-Mer. Ce site, également connu sous le nom de "tombant Orlamonde", est réputé pour sa beauté et sa dangerosité, avec une profondeur allant de 50 à 140 mètres. Il tire son nom de la présence d'un hôpital américain pendant la Seconde Guerre mondiale, qui fut bombardé et détruit.
Malgré des conditions météorologiques optimales, la plongée tourne au drame. Selon Richard Vial, responsable du Centre international de plongée (CIP) à Nice, l'accident se serait produit à environ 72 mètres de profondeur. L'un des plongeurs rencontre des difficultés, probablement victime d'une narcose, un phénomène qui altère les fonctions intellectuelles et motrices en raison de la pression. En tentant de l'aider, un deuxième plongeur est également touché. Seul Philippe, le plus jeune du groupe, parvient à remonter à la surface, mais il perd connaissance en raison d'une remontée trop rapide et sans paliers de décompression.
Les secours sont alertés, mais les recherches menées par le CROSS Med, la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM) et un hélicoptère de la Sécurité civile restent vaines. Les corps de Daniel et Christian demeurent introuvables, et l'espoir de les retrouver s'amenuise avec le temps.
La découverte fortuite
Trente ans plus tard, au début du mois de décembre 2023, deux plongeurs passionnés font une découverte surprenante lors d'une plongée à 120 mètres de profondeur. Ils aperçoivent une combinaison et une bouteille de plongée, puis une forme indistincte. Victor Yazbeck, un plongeur de l'extrême d'origine libanaise, témoigne : "En remontant, la visibilité était bonne, les conditions étaient bonnes… Et à un moment donné, je vois une bouteille. Ça m’interpelle. Je vois en dessous qu’il y a un gilet, et je remarque en dessous une forme… Je ne suis pas très près, mais je vois tout !"
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La gendarmerie maritime de Nice est informée de cette découverte, qui pourrait correspondre à l'histoire des plongeurs disparus en 1993. Une enquête est ouverte, et les gendarmes font appel au Centre expert plongée humaine et intervention sous la mer (CEPHISMER) pour explorer la zone.
L'opération de récupération
Le 7 novembre 2023, le BSAD (bâtiment de soutien, d'assistance et de dépollution) Jason est déployé avec un robot sous-marin capable de travailler à grande profondeur. Après plusieurs heures de recherches dans l'obscurité, le robot localise une silhouette à 103 mètres de profondeur. Il s'agit d'un corps portant une combinaison, un gilet stabilisateur, des palmes et des bouteilles. Lors d'une deuxième opération le 12 décembre, un deuxième corps est découvert à 118 mètres.
La récupération des corps est une opération délicate, compte tenu de la profondeur et de l'état des dépouilles. Les corps sont remontés à la surface et confiés à l'Institut de médecine légale pour identification.
L'identification et les circonstances du drame
L'enquête est confiée aux militaires, sous la direction du procureur de la République de Nice. Les analyses ADN sont réalisées pour confirmer l'identité des corps, et les résultats sont attendus pour fin février, début mars 2024. L'adjudant Bessac, directeur d'enquête, se dit "relativement confiant" sur les identités des deux plongeurs retrouvés.
Les proches des disparus sont contactés et informés de la découverte. Ils sont "saisis par l'émotion", selon le gendarme. Des prélèvements ADN sont effectués sur les proches des disparus pour comparaison.
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L'identification des corps est confirmée par les analyses ADN. Il s'agit bien de Daniel V. et Christian T., les deux plongeurs disparus en 1993. L'enquête a également permis de déterminer qu'il s'agissait d'un accident de plongée, et que les deux plongeurs n'avaient pas consommé de substances toxiques. Ils auraient perdu connaissance à cause de la pression et du phénomène "d'ivresse des profondeurs", une forme de narcose qui paralyse la motricité.
Les questions persistantes et l'importance de la mémoire
Malgré la résolution de ce mystère, des questions subsistent quant aux circonstances exactes de l'accident. Richard Vial, responsable du CIP à Nice, souligne que "les blocs qu’ils avaient sur le dos, c’est le seul moyen de les identifier avec la couleur et les modèles de bouteilles". Il se demande également si les corps retrouvés sont bien ceux de Daniel et Christian, car "une quinzaine de plongeurs auraient disparu depuis les années 60" dans le secteur.
Cependant, l'adjudant Bessac précise que les archives ne recensent pas d'accident mortel sur ce site en dehors de celui de 1993. De plus, des personnes de l'époque ont été contactées pour obtenir des descriptions du matériel utilisé par les plongeurs disparus, et une correspondance a été établie avec le matériel retrouvé sur les corps.
Cette histoire tragique rappelle les dangers de la plongée profonde et l'importance du respect des règles de sécurité. Elle souligne également la nécessité de ne pas oublier les victimes d'accidents et de préserver la mémoire de ceux qui ont disparu en mer.
La découverte des corps de Daniel et Christian a permis de clore un chapitre douloureux pour leurs familles et leurs proches. Elle a également ravivé le souvenir d'une époque où la plongée était moins encadrée et les risques moins bien connus. Aujourd'hui, les plongeurs disposent de matériel plus performant et de formations plus complètes, ce qui permet de réduire considérablement les risques d'accidents.
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