Il est surprenant de constater que la question de savoir si les marins savent nager ne vient pas immédiatement à l'esprit. De nos jours, il semble évident qu'un marin sache nager, comme si c'était une seconde nature. Pourtant, cette compétence n'est pas aussi universelle qu'on pourrait le croire.
Un paradoxe surprenant
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, une part non négligeable de marins, qu'ils soient professionnels ou plaisanciers, ne savent pas nager. Ce constat surprenant remet en question nos idées préconçues et soulève des questions intéressantes sur l'évolution des compétences maritimes et la perception de la nage dans le monde de la navigation.
Un regard historique : le 17ème siècle
Pour comprendre ce paradoxe, il est nécessaire de remonter dans le temps, au 17ème siècle. À cette époque, seuls 1 à 2% des officiers de marine savaient nager. Cette situation s'explique par les caractéristiques des navires de l'époque, lents, lourds et peu manœuvrants. Une chute à la mer était souvent fatale, car il était difficile de faire demi-tour rapidement et de localiser précisément la personne tombée à l'eau. Dans ces conditions, savoir nager ne prolongeait que l'agonie.
La survie en mer : au-delà de la nage
La mer offre des leçons de survie incroyables, même aux non-nageurs. L'histoire de Romualdo Macedo Rodrigues, un pêcheur brésilien qui a survécu 11 jours en pleine mer à la dérive dans un congélateur après avoir perdu son bateau, en est un exemple frappant. Cet événement démontre que la connaissance de la nage n'est pas toujours indispensable pour survivre en mer.
Des figures emblématiques : Einstein et Kersauzon
Albert Einstein, le célèbre physicien, était un passionné de voile, mais ne savait pas nager. Lorsqu'il a admis cette particularité à la radio, il a ajouté avec ironie : "Et les pilotes, ils ne savent pas voler". Cette anecdote illustre que l'expertise dans un domaine n'implique pas nécessairement la maîtrise d'une compétence connexe.
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De même, le navigateur français Olivier de Kersauzon, figure emblématique du monde maritime, a déclaré que savoir nager n'est pas la première compétence requise à bord d'un voilier. Ces exemples soulignent que les compétences en navigation et la connaissance de la mer peuvent être plus importantes que la capacité à nager.
La nage : une compétence loin d'être universelle
Une vidéo de Brut a révélé en 2018 qu'un Français sur six ne sait pas nager. Ce chiffre étonnant met en perspective l'importance de la nage dans la société et soulève la question de savoir combien de ces non-nageurs ont déjà navigué. Il est important de noter que ne pas savoir nager peut être un tabou, une vulnérabilité cachée, en particulier dans le monde de la navigation où l'eau est omniprésente.
La peur de l'eau : un obstacle surmontable
La peur de l'eau n'empêche pas le bonheur de naviguer. Kito de Pavant, navigateur de renom, a avoué avoir "horreur de l'eau". Malgré cette appréhension, il a remporté la Solitaire du Figaro, couru 8 fois la Transat Jacques Vabre et participé à plusieurs Vendée Globes et Routes du Rhum. Son exemple montre qu'il est possible de naviguer avec succès sans être un nageur passionné.
L'adaptation de la Fédération Française de Voile
La Fédération Française de Voile (FFV) s'adapte aux non-nageurs. Depuis 2015, un stagiaire qui ne réussit pas les tests d'aisance aquatique peut toujours s'adonner à la voile, à condition que des mesures de sécurité renforcées soient mises en place. Cette démarche inclusive permet aux personnes ayant une phobie de l'eau, aux personnes en situation de handicap ou à celles qui n'ont jamais appris à nager de pratiquer la voile.
Priorité à la sécurité
La sécurité est primordiale à bord d'un navire. Imposer le port du gilet de sauvetage plus tôt, voire tout le temps, aux non-nageurs est une mesure simple et efficace. Il est essentiel que les skippers demandent systématiquement à chaque membre d'équipage s'il sait nager. Cette question peut faire une grande différence en cas d'incident.
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Un roman inspirant : "Les marins ne savent pas nager" de Dominique Scali
Le roman "Les marins ne savent pas nager" de Dominique Scali explore la vie d'une société insulaire où la nage est une compétence rare et peu valorisée. L'histoire de Danaé Poussin, une orpheline dotée du don de savoir nager, met en lumière les inégalités sociales et les paradoxes de cette communauté maritime. Ce roman captivant remet en question nos idées préconçues sur la nage et la navigation.
La nage : une compétence évolutive
La pratique de la nage a évolué au fil du temps. Autrefois considérée comme un simple moyen de survie, elle est devenue un loisir et un sport. Le développement de la nage de loisirs est lié aux avancées sociales et à la réduction du temps de travail, permettant aux gens de profiter des plaisirs de la mer.
Les apports africains et amérindiens
L'histoire de la nage en Guadeloupe est marquée par les apports africains et amérindiens. Les esclaves africains, souvent originaires de régions non côtières, ont développé des compétences maritimes, notamment en tant que "nègres de canots" et "nègres plongeurs". Les Amérindiens, quant à eux, étaient réputés pour leurs qualités de nageurs et leur capacité à récupérer leurs pirogues en cas de naufrage.
La mer : une source de peurs et de fascination
La mer peut être une source de peurs, liées à des récits de disparitions en mer, à la traite négrière ou aux conditions de voyage des immigrants. Cependant, elle reste une source de fascination et d'inspiration pour de nombreuses personnes. Les Guadeloupéens, par exemple, célèbrent l'eau lors de fêtes familiales et amicales au bord de la mer ou des rivières.
Les animaux et la nage
La plupart des animaux savent nager, même ceux qui n'aiment pas l'eau. Les oiseaux sont avantagés par leurs os creux et leurs plumes hydrofuges, tandis que les animaux terrestres fréquentant les zones humides sont d'excellents nageurs. Cependant, certains animaux, comme les grands singes, sont de piètres nageurs en raison de leur musculature lourde et de leurs longs bras.
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Les poissons qui ne savent pas nager
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, certains poissons ont perdu leur faculté de nager au fil de l'évolution. L'antennaire des sargasses, par exemple, est incapable de nager et vit au gré des courants. L'hippocampe nage verticalement et se déplace lentement, tandis que le poisson-poisson rouge se déplace en marchant sur le fond marin.