Le Mystère des Chtis Surfeurs : Au-delà des Vagues et des Clichés

Le surf, discipline emblématique associée aux plages ensoleillées et aux vagues déferlantes des latitudes tropicales ou tempérées, cache pourtant des réalités bien plus diverses. Parmi celles-ci, l'existence des "Chtis Surfeurs" dans le Nord de la France, en Belgique et en Zélande, soulève des questions et tisse un fil entre la quête locale de la glisse et l'engagement global d'une communauté passionnée. Loin des images d'Épinal, ce phénomène révèle une facette moins glamour, mais tout aussi authentique et profondément enracinée dans la culture du surf contemporaine, où la persévérance et le respect de l'océan priment sur les fantasmes véhiculés par les médias.

La Quête des Vagues du Nord : L'Émergence des Chtis Surfeurs

Le départ pour des études dans le Nord de la France, comme en témoigne un internaute souhaitant "glisser" un peu, peut initialement susciter l'interrogation quant aux possibilités de pratiquer le surf. Après quelques recherches approfondies sur le net, la découverte d'informations "à droite à gauche sur le surf dans le Nord" mais l'absence de "témoignages" soulignent une certaine discrétion autour de cette pratique. Pourtant, l'affirmation "Oui ça surf… et des fois c'est même plutôt sympa…" vient confirmer cette réalité. Les surfeurs du Nord, affectueusement surnommés les "Ch'tis", sont réputés être "supers sympas et ouverts", mais avec une particularité : "ils ne lâchent pas les infos comme ça !" Pour quiconque souhaite découvrir "de bons bouts", il faudra donc "chercher un peu par soi-même".

Cette observation est corroborée par l'expérience d'un adepte qui, après sept ans dans la région pour le travail, a pu y connaître "de bonnes sessions […] avec toujours peu de monde à l'eau". La pratique de la glisse s'étend au-delà des frontières françaises, puisque "ça surf aussi en Belgique et Zeeland". Pour ceux qui cherchent à s'intégrer et à "se faire un petit réseau", des plateformes comme "opale.surfing.free.fr" existent, bien qu'une "présentation obligatoire pour la validation du compte" y soit de mise, attestant de la cohésion et de la volonté de préserver une certaine intimité au sein de cette communauté.

En termes d'infrastructures, la ville de Lille, bien qu'éloignée de l'océan, a vu l'ouverture de surfshops, l'un rue Duhem, et un nouveau rue Nationale, près de l'Appart café. Néanmoins, l'éloignement des vagues pousse certains à qualifier la ville de "morte surfistiquement parlant", soulignant le défi que représente la pratique du surf loin des côtes traditionnelles. Cette réalité pousse de plus en plus de surfeurs à délaisser des spots très connus situés à l'autre bout du monde au profit de destinations locales, moins glamours mais plus respectueuses de l’environnement. C’est le cas notamment de sites comme Ostende ou Blankenberge sur la côte belge ou même encore certaines rivières en Angleterre, où le "river surfing" - une pratique bien réelle comme sur l'Eisbach à Munich ou lors des mascarets - permet de partager des vagues interminables, offrant une alternative inattendue à l'océan. Les Chtis Surfeurs illustrent ainsi parfaitement cette tendance, prouvant que la passion pour la glisse ne connaît pas de frontières géographiques, même dans des environnements a priori peu propices.

L'Engagement Écologique : Une Vague de Responsabilité pour les Océans

Au-delà des particularités régionales, la communauté des surfeurs est animée par un commandement fondamental : "Protéger les océans du monde et les communautés côtières vulnérables." Cet engagement se manifeste par une vigilance accrue face aux menaces environnementales, comme l'a illustré la vive controverse autour de l’organisation de l’épreuve de surf des Jeux olympiques en Polynésie. L’objet du débat était la construction d’une tour en aluminium, destinée à accueillir les juges et les caméras de télévision, une structure jugée intrusive dans un environnement fragile.

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Écologistes et surfeurs locaux ont alerté sur les risques environnementaux associés. Parmi les figures de proue, Matahi Drollet, surfeur tahitien, a fait grand bruit sur les réseaux sociaux. Il a dénoncé le risque de dépeuplement de vastes étendues de récifs coraliens suite au forage et la possible propagation de la ciguatera, une maladie qui empoisonne les poissons et les rend immangeables, deux phénomènes déjà observés lors de constructions antérieures dans des environnements fragiles. Quant aux candidats des Jeux olympiques, l’un d’eux, le Polynésien Kauli Vaast, a marqué son inquiétude face à cette atteinte à l’environnement. Bien que très heureux de faire partie des qualifiés, il a rappelé que les locaux disent que les vagues ont du « mana », une énergie spirituelle vitale qu’il faut respecter, ajoutant que « Si vous respectez l’océan, il vous respectera aussi ».

Au-delà de ces événements médiatisés, nombreux sont les adeptes des vagues qui cherchent à améliorer l’empreinte qu’ils ont sur l’océan. Les déplacements constituent un premier axe d'action : de plus en plus de surfeurs délaissent des spots très connus situés à l’autre bout du monde au profit de destinations locales, moins glamours mais plus respectueuses de l’environnement, comme les côtes belges ou les rivières anglaises. Les équipements à faibles impacts font également leur entrée sur le marché. Ainsi, la start-up « Nomads Surfing », certifiée par le fameux label durable B Corp, promeut des accessoires à partir de polystyrène, de filets de pêche ou de bouchons de liège recyclés. Elle propose également des « traction pads », fabriqués à partir de tongs recyclées, qui remplacent la wax, traditionnellement utilisée par les surfeurs pour ne pas glisser mais néfaste pour l’environnement, car au contact de l’eau, cette substance pétrochimique se dissout et libère des toxines. Un autre exemple inspirant nous vient de « The Old Shell », situé en Bretagne, qui se spécialise dans la vente de combinaisons de seconde main, dans la réparation ou encore dans l’upcycling en créant des trousses de toilette, des sacs bananes ou encore des coussins. Autant d’initiatives qui contribuent à l’espoir d’un surf se rapprochant de l’empreinte zéro.

L'activisme pacifique est aussi une composante majeure de cet engagement. Le 17 mars 2019, au Queensland, en Australie, des centaines de surfs et paddles se sont donné rendez-vous en mer pour protester pacifiquement contre les projets de forage d'une compagnie pétrolière internationale au large de la Gold Coast australienne. Au-delà des actions coup-de-poing, de nombreux surfeurs se mobilisent au long cours autour d’organisations bien établies. La bien connue Surfrider Foundation, créée en 1990 par un groupe de surfeurs, incarne la mobilisation citoyenne en faveur de la protection de l’océan et du littoral. Sous son slogan « Ocean needs more friends », cette association à but non lucratif regroupe aujourd’hui plus de 13 000 adhérents et intervient sur 11 pays via ses antennes bénévoles.

« Save the Waves » pousse également son agenda militant avec succès. Cette organisation a lancé le programme « World Surfing Reserves » qui préserve des zones de surf mythiques tout autour du globe. En reconnaissant un site comme étant une « réserve mondiale de surf », Save The Waves peut ainsi étendre ses actions directes sur le spot et ses alentours en partenariat avec les communautés locales. Déjà, 12 zones ont été classées sous protection parmi lesquelles le site mexicain de San Miguel, Playa Hermosa au Costa Rica ou encore Doughmore Beach en Irlande. Une étude réalisée par l’organisation révèle que près de 85% des meilleurs sites de surf du monde se trouvent dans des points critiques de biodiversité en termes de conservation marine, une invitation donc à créer de nouvelles zones protégées. Afin d’impliquer un maximum de surfeurs et de citoyens dans sa démarche, Save the Waves, en collaboration avec la Commission Océanique Intergouvernementale UNESCO qui promeut le « Ocean Decade », a récemment développé une application permettant de signaler et de suivre les menaces côtières en temps réel. Plus localement, en Angleterre, l’association Surfers Against Sewage a su mobiliser depuis plus de 30 ans une communauté engagée à travers des campagnes et des programmes éducatifs. Outre les préoccupations environnementales, il est fréquent que les spots de surf connus se situent dans des régions où les communautés locales sont précaires. C'est pourquoi certaines organisations adoptent une approche holistique qui ambitionne de réconcilier l’Homme et la nature à travers le surf, proposant des stages de surf respectueux de l’environnement tout en pratiquant l’humilité, l’ouverture d’esprit et en étant soucieux du bien-être physique et mental. Armés de simples planches, ces activistes luttent pour la préservation des océans, leur terrain de jeu exceptionnel et pourtant fragile, illustrant une culture surf qui s'engage toujours davantage.

Aux Racines du Surf : L'Héritage Polynésien et la Vague Tahitienne

Pour comprendre la profondeur de la culture surf, il est essentiel de remonter à ses origines, ancrées dans l'histoire polynésienne. Jean-Christophe Shigetomi, historien et surfeur passionné de 64 ans, décrit la pratique comme "une activité à la fois physique, mais aussi presque une activité spirituelle", soulignant l'importance de la "communion avec la mer" pour les "watermens". Président du Taapuna surf club dans les années 90 et membre actif de la fédération tahitienne de surf, c'est vers lui que les responsables du surf associatif se sont tournés pour qu'il écrive l'histoire de leur sport, après vingt ans d'insistance de Patrick Juventin, premier président de la fédération tahitienne. Shigetomi a appliqué une méthode rigoureuse pour raconter "la petite histoire du surf retranscrite dans la grande histoire du surf".

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La première observation d'un surfeur par un Occidental s'est faite à Tahiti, le 28 mai 1769, par le botaniste Joseph Banks, accompagnant le capitaine Cook. Ces derniers, venus observer le passage de l'étoile Vénus, sont restés trois mois dans la baie de Matavai, d'où le nom de pointe Vénus. Cependant, Shigetomi précise qu'en mai, il n'y a pas de vagues au nord de Tahiti, et donc ils n'auraient pas pu voir de gens surfer là-bas. L'observation a eu lieu sur la côte ouest, alors que Banks et Cook faisaient le tour de l'île à bord d'une petite embarcation. Joseph Banks a décrit cette scène, notant que les marins de l'époque, qui avaient peur de l'eau et ne savaient pas nager, ont vu "des gars dedans en train de glisser" parmi les vagues. Au départ, ils ont pensé qu'il s'agissait de "espèces de proues ou de vieilles pirogues", car les pirogues de Polynésie orientale avaient une avancée plate. Mais non, "en fait ce sont des planches de surf".

D'autres observations ont suivi, notamment par James Morisson, quartier maître de la Bounty, qui a fourni de précieuses informations. Il a noté que les chefs étaient doués, suggérant que ce sport était peut-être réservé à une élite. Morisson a également précisé que "celles qui sont vraiment les plus douées sont les femmes", allant jusqu'à citer Itea, la femme de Pomare Ier, qui excellait dans l'art de la glisse.

Pour Jean-Christophe Shigetomi, le surf est né en Polynésie orientale, englobant les Samoa, les Fidji, Niue, et d'autres îles. Cette affirmation est étayée par une approche linguistique et historique : "Chacun de ces peuples a un mot précis pour désigner une planche 'papa'. Ils l'appellent 'bawa'." Et "chacun de ces peuples connait la glisse et utilise donc une planche pour glisser." Le surf n'était pas propre à Tahiti, c'est tout le bassin qui était concerné. En proto-polynésien, le mot pour désigner le surf est "Hoorua", qui a évolué en "Horue" en Tahitien, "Horua" en maori et "Holua" en Hawaïen. La première définition du Horue, donnée par Davis dans le premier dictionnaire Tahitien, signifie "action de glisser sur les pentes des montagnes ou dans la mer sur une vague", englobant toute glisse terrestre, comme sur les montagnes de Rapa Nui ou les volcans d'Hawaï.

Les Tahitiens ont continué de surfer après l'arrivée des premiers Occidentaux, soit avec leurs corps (faahee tino), soit avec des planches en bois. Le surf moderne est arrivé à Tahiti du côté d'Arue, dans le cercle des familles Leboucher, Davio, Paofai. C'est Henere Lucas, après un séjour aux États-Unis où il a appris à surfer, qui, de retour à Tahiti, a découvert qu'une parente avait hérité de la planche d'un visiteur, constituant ainsi leur "premier trophée" et leur première planche. Cette planche était partagée, et "il ne fallait surtout pas tomber", car en l'absence de leash, quelqu'un devait être au bord pour la récupérer.

L'idée du premier leash tahitien est attribuée à Eric Paofai. Léopold Ateni a raconté l'histoire : lors d'une session houleuse à Papenoo où ils perdaient leurs planches, un vieil homme au bord leur a demandé : "Pourquoi vous n'attachez pas vos planches ? Regarde mon cochon, j'ai tressé du 'purau' pour en faire une corde, et il y a le Chinois qui vend des colliers de pieds de cochon. Mon cochon est attaché par une patte. Pourquoi vous ne faites pas pareil ?" Cette anecdote a fait germer l'idée dans leur esprit. Le leash a permis une progression significative en surf, car on ne risquait plus de perdre la planche, encourageant la témérité et la tentative de l'impossible. Cependant, l'innovation a été accueillie avec scepticisme : "Les Tahitiens vont à Hawaï, les Hawaïens leurs disent 'no leash'". En France, en 1971, l'arrivée des Tahitiens avec leurs leashes a provoqué des moqueries, les Français appelant cela "le fil à la patte". Une réunion de la fédération française a même statué contre son usage. Pourtant, les Tahitiens, loin de se laisser démonter, se sont imposés lors des championnats de France de 1971. Dès les championnats d'Europe suivants, tous les Français avaient un leash. Eric Paofai a tenté de breveter le leash à la Chambre de Commerce, mais "il tombe face à un mur d'administration dont nous avons le secret", et il a abandonné. Le leash sera breveté ensuite par l'entreprise O'Neill.

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L'arrivée des surfeurs tahitiens sur le championnat de France a été qualifiée par la fédération française de "vague tahitienne". En 1971, Jean-Baptiste Agnieray fut sacré champion de France junior et Henere Lucas a gagné en toutes catégories. En 1972, c'est Patrick Juventin qui fut sacré champion de France chez les juniors et en toutes catégories. Jusqu'en 1990, année de la création de la fédération tahitienne de surf, les Tahitiens ont trusté les podiums avec des noms comme Eric Paofai, Arsène Harehoe et Vetea David, ce dernier étant le "premier champion du monde de surf (…) Tahitien" avec sa victoire aux championnats du monde junior 1986. Ces récits soulignent le rôle central de la Polynésie dans l'histoire et le développement du surf, bien au-delà des clichés.

Le Localisme : Entre Protection de l'Espace et Exclusion

Le localisme dans le surf, un phénomène souvent mal compris, désigne l'attitude protectionniste d'un "hot local" - un natif ou un habitant du cru - face à l’augmentation du nombre de pratiquants sur un spot. Cette "esprit de clocher" peut sembler paradoxal, car le surf est loin d’être une activité de terroir au sens strict, de même que les activités balnéaires dans leur ensemble, qui sont un phénomène contemporain.

Pourtant, une perspective historique révèle une complexité plus profonde. À titre de comparaison, cette discipline existait à Hawaï bien avant 1778, et les peuples polynésiens ont entretenu jusqu’à ce jour un lien de symbiose avec l’océan, une culture que le colonisateur chrétien avait étouffée pendant plusieurs siècles. Hawaï est considérée comme la "nation matrice du surf", ce qui a tendance à légitimer tout ce qui s’y fait. Le surf y fut la discipline des rois hawaïens, et l'on pourrait interpréter le localisme comme une revanche à l’encontre du colonialisme et de la violence qu’il engendra.

Toutefois, cette vision candide ne résiste pas devant certains faits. Le revival du surf à Hawaï, par exemple, a été impulsé par la présence américaine. Par ailleurs, le club des Black Shorts, créé en 1976, compte parmi ses membres fondateurs un non-natif, un Américain arrivé tardivement à Hawaï lorsqu’il était adolescent. Néanmoins, ce localisme extrême répond souvent à des conditions extrêmes : des vagues puissantes et saturées de monde, par conséquent doublement dangereuses. Lorsque les marques de surf font d’un spot une étape des prestigieux championnats ou le sujet de films, un bout de côte devient populaire du jour au lendemain, et des surfeurs du monde entier s’y ruent comme à la conquête de l’or, comme ce qui advint du North Shore. Sans ce regroupement identitaire, les Hawaïens n’auraient-ils pas été balayés par les hordes d’Australiens, Hawaïens, Américains, Brésiliens, souvent d’excellent niveau ?

D'autres exemples de localisme existent, parfois teintés de violence. Le gang des Bra Boys en Australie est connu pour sa brutalité, où le surf est vécu comme un rituel de passage pour éprouver son courage, et la force physique est utilisée pour imposer son hégémonie sur le spot. Les films qui leur sont dédiés tournent à présent sur le thème de la rédemption, les Bra Boys étant devenus fervents défenseurs de la diversité raciale, dans un pays où le racisme est un fléau. Une version "blanchie" des Black Shorts existe aussi avec les White Shorts de l’île Maurice. Dans les années 1970, des Australiens découvrirent, dans la baie de Tamarin, une vague incroyablement longue, dont sera tiré un film, Forgotten Island of Santocha. Introduits par eux à la culture surf, un groupe de Blancs mauriciens, descendants des colons français, se mit alors à la pratique du surf. La tradition orale rapporte que les étrangers, plus aguerris, prenaient toutes les vagues et que les Blancs mauriciens décidèrent alors dans les années 80 de s’unir pour faire la loi sur leur spot de surf, le "white short" comme clin d’œil au modèle hawaïen. À l’instar des petits et grands totalitarismes qui s’exercent par la violence, il est souvent malaisé de justifier le localisme, quand bien même il se draperait dans une origine mythique, mettant en lumière les tensions entre la préservation d'un espace et le droit d'accès.

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