L’histoire du sport nantais est jalonnée de trajectoires singulières, de ruptures nécessaires et d’évolutions structurelles qui façonnent le paysage actuel des associations sportives. Au cœur de cette dynamique, l’émergence du Léo-Lagrange Nantes Aviron représente un chapitre charnière, témoignant de la volonté d’hommes passionnés de préserver une certaine vision de la discipline tout en s’inscrivant dans un projet social global. Pour comprendre la genèse de cette institution, il est impératif de revenir sur les tensions qui ont agité le Cercle de l’Aviron de Nantes (CAN) à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix.
Les racines d’une scission : Le crépuscule de l’ère Vandernotte
Les années passent, l’aura de Marcel Vandernotte pâlit un peu au sein du Cercle de l’Aviron. 1968 est passé par là, son « autorité naturelle » est remise en cause, ses méthodes ne font plus l’unanimité auprès d’une nouvelle génération de rameurs : fin 1972, alors qu’il se présente au bureau du club, il est mis en minorité. Il claque alors la porte du CAN pour créer un nouveau club, emmenant avec lui quelques fidèles dont Henri Grassi qui, à ses côtés, partageait son temps entre l’entraînement des jeunes et l’entretien des bateaux.
Cette rupture, bien que douloureuse pour les acteurs de l’époque, constitue l’acte de naissance d’une structure qui allait rapidement trouver sa place dans le tissu associatif nantais. Figure historique du sport nantais, Marcel Vandernotte réussit à convaincre la municipalité d’André Morice de le suivre dans sa démarche : la Ville met à sa disposition des bâtiments désaffectés au bout de l’île de Versailles. L’île est alors couverte de maisons et de hangars, desservis par une route qui serpente au milieu des bâtiments.
L’installation insulaire : Premiers pas et conditions précaires
Le nouveau club se voit attribuer par la Ville de Nantes une vieille construction en bois toute noire, très sale, couverte de lierre, un ancien hangar précédemment occupé par un charbonnier. Il est flanqué d’un côté d’un petit chantier naval et, de l’autre, d’une sorte de garage. Un peu plus tard, le club récupère une maison désaffectée pour y aménager ses premiers vestiaires.
Parallèlement, Marcel Vandernotte reçoit le soutien de Gaëtan Chénard qui, tout en laissant au nouveau club une grande autonomie financière, fait de l’aviron une nouvelle section au sein de l’association Léo Lagrange Omnisports qu’il préside. Début 1973, le nouveau Club Léo-Lagrange Nantes Aviron est créé. Il lui reste à trouver des bateaux. Les premiers, retapés par Henri Grassi, lui sont donnés par des clubs voisins, notamment d’Orléans. Cette période est marquée par une débrouillardise constante, où la passion pallie l’absence de moyens matériels initiaux.
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Le transfert vers l’Éraudière : Mutation et défis logistiques
La dynamique de développement du club impose rapidement une réflexion sur ses infrastructures. Léo Lagrange Omnisports a une solution de relogement : l’association possède un terrain sur la rive gauche de l’Erdre, chemin de Belle-Île, avec un ponton de location de « pénichettes » et un chantier naval. L’association sportive compte y installer ses propres bureaux, à l’étage d’un bâtiment dont le rez-de chaussée (hangar, bureau d’accueil, atelier, vestiaires et salle de musculation) serait laissé à la section aviron. Le projet est confié au cabinet d’architecture M.B.C.
L’installation dans un nouveau quartier encore périphérique ouvre une période difficile pour un club qui est né et a grandi en plein centre-ville. Marcel Vandernotte, qui regrettera toujours l’île de Versailles (et ce qu’il estime être pour Léo la possibilité d’une réelle émulation avec le CAN) fulmine dans la presse contre le manque de transports en commun, l’absence de signalisation depuis la route de Saint-Joseph, les déviations multiples et le chemin de Belle-Île, transformé en bourbier quand il pleut.
L’excellence sportive : Une marque de fabrique pérenne
Malgré les obstacles logistiques et les difficultés d’accès, le club garde cependant dans son ADN le goût de la compétition et fait émerger quelques talents marquants. L’exigence technique et la rigueur insufflées par les fondateurs se traduisent rapidement par des résultats probants sur le plan national.
C’est le cas de Vincent Lepvraud qui collectionne les titres et podiums : champion de France junior en skiff en 1987 et 1988, troisième place aux championnats de France senior en 1990 et 1993, deuxième en 1994, 1995 et 1998. Un peu plus tard, dans les années 2000-2004, c’est surtout Virginie Chauvel qui fait briller les couleurs de Léo-Lagrange Nantes Aviron. Plusieurs fois vice-championnes de France en double (dont, en 2001, avec une autre rameuse et future présidente du club, Melinda Le Poëc), elle est championne de France en double de pointe en 2002, 2003 et 2004. Ces performances illustrent la capacité de la structure à transformer l’engagement de ses membres en succès sportifs tangibles.
L’ancrage territorial : Une identité liée à l’Est nantais
Dans le paysage de l’aviron nantais, le club Léo-Lagrange Nantes Aviron se distingue peut-être d'abord par son implantation, dans le quartier de l’Éraudière, à l’est de Nantes. Cette situation excentrée a des répercussions sur son recrutement : si les adhérents du club habitent très majoritairement à Nantes et dans la métropole, ils sont particulièrement nombreux à résider dans les quartiers est de la ville.
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Cette géographie du recrutement n’est pas le fruit du hasard, mais résulte d’une intégration progressive dans le tissu social local. L’éloignement du centre-ville, initialement perçu comme une faiblesse par les fondateurs, est devenu, avec le temps, une force qui permet au club de proposer une pratique de proximité pour les riverains de l’Erdre. Le club a su transformer son isolement géographique en un atout de convivialité et d’identité forte, propre aux associations qui ont su faire corps avec leur environnement immédiat.
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