Introduction
Le « voile islamique » est un sujet de discussion constant, souvent mal compris. Cet article vise à explorer l'histoire et la signification du voile dans l'Islam, en s'appuyant sur les textes religieux et les pratiques sociales.
Terminologie et Contextes Coraniques
Hijab : Séparation et Intimité
Le mot « hijab », souvent utilisé pour désigner le voile, signifie en réalité « rideau », « séparation » ou « cloison » en arabe. Dans le Coran, il est utilisé pour décrire une séparation physique ou métaphorique. Par exemple, il est question d'un « hijab » entre les croyants et les non-croyants (Coran 17 ;45) ou comme une manière pour Dieu de communiquer avec les hommes (Coran 42 ; 51).
Un verset souvent cité concernant le hijab est le suivant : « Ô croyants ! N’entrez dans les demeures du Prophète que si vous êtes invités… Quand vous demandez quelque chose aux épouses du Prophète, faites-le derrière un voile (Hijab)… » (Coran 33 ;53). Ce verset, révélé lors du mariage du prophète avec Zeynab Bint Jahch, visait à éduquer les croyants sur le respect de l'intimité du Prophète et de ses épouses. Il ne s'agissait pas d'une prescription vestimentaire générale, mais d'une mesure spécifique pour les épouses du Prophète.
Khimar : L'Écharpe et la Pudeur
Le terme plus approprié pour désigner le foulard est « khimar ». Le Coran stipule : « …Dis également aux croyantes de ne laisser paraître de leurs beauté (zinatouhouna) que ce qui en paraît et de rabattre leurs écharpes (khoumourihina) sur leur poitrine (jouyoubihina)… » (Coran 24 ;31). Ce verset invite les femmes à rabattre leurs khimars sur leur poitrine pour couvrir leur gorge et leur buste.
Les commentateurs classiques expliquent que les femmes arabes avaient l'habitude de porter leurs khimars en laissant la gorge et le haut de la poitrine découverts. L'injonction coranique visait donc à promouvoir la pudeur. Ibn Abass interprète « ce qui en paraît » comme étant « le visage et les mains », une interprétation largement acceptée par les savants musulmans.
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Évolution Historique et Interprétations Théologiques
De Vagues Prescriptions à des Règles Strictes
L'absence de consignes vestimentaires strictes dans le Coran a permis aux théologiens (souvent masculins) d'interpréter le dogme et de sanctifier les us patriarcaux. La charia, élaborée après le Coran, a contribué à codifier ces interprétations.
Nadia Kantari souligne que ni la Sunna, ni l'exégèse n'édictent de règles précises en matière d'habit féminin. Certains théologiens considèrent que les cheveux forment une parure (zina) à couvrir, ainsi que les oreilles et la gorge. Cependant, même ces interprétations ne rendent que juridiquement blâmable (makrouh) et non illicite (haram) le dévoilement de ces parties du corps.
Le Niqab : Une Pratique Minoritaire et Controversée
Le voile intégral (niqab), qui couvre le visage, est récusé par beaucoup d'oulémas et son occurrence dans l'histoire paraît erratique. Une minorité de savants de l'école Hanbalite préconise que les femmes doivent se couvrir entièrement, y compris le visage et les mains, considérant que tout le corps de la femme est « illicite » à voir.
Cependant, cette interprétation est contestée par d'autres savants, qui soulignent que le Coran prescrit le « ghad el bassar » (baisser le regard) et que couvrir le visage reviendrait à annuler cette prescription. De plus, une tradition du Prophète interdit le niqab lors du pèlerinage, ce qui confirme l'origine culturelle de ce vêtement.
Le Voile : Culture, Identité et Politique
Un Marqueur d'Identité Collective
L'habit, notamment féminin, est de nature culturelle et évolutive, contrairement à un dogme. Il est un marqueur d'identité collective, tel un drapeau. On raconte que Mohammed en campagne arborait pour bannière le voile noir de son épouse préférée Aïcha. Considérer le voile féminin comme un drapeau musulman revient à transformer celui-ci en arme politique et la femme en porte-drapeau.
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Le Voile et la Mode
Aujourd'hui, les femmes musulmanes portant le voile ont trouvé les moyens de se différencier en choisissant différents styles et combinaisons. Les marques proposent ce vêtement traditionnel en différentes couleurs et différents tissus. La mode mastour, ou mode pudique, est en plein essor, avec des marques comme Nike, Adidas, Decathlon et Dolce Gabbana créant des stylismes exceptionnels.
La forme que prend le voile est influencée par la culture : porter long en utilisant des châles, ou plus court en y associant des bonnets ou turbans. Les accessoires comme les pinces, les broches et les épingles permettent de bien maintenir le hijab et de personnaliser son style.
Le Voile : Protection, Dignité et Respect de Soi
Le hijab est perçu par beaucoup de femmes musulmanes comme une protection contre les avances non désirées, les tentations et les agressions sexuelles. Il accorde aux femmes la dignité et le respect de soi pour ce qu'elles sont, sans être jugées pour des raisons superficielles.
En effet, dans les sociétés actuelles, les valeurs féminines sont souvent réduites à leur apparence. Le port du hijab valorise plutôt la beauté intérieure. L'Islam enseigne qu'une femme doit être respectée en fonction de son caractère et de ses actions vertueuses plutôt que par son apparence physique.
Confusion Sémantique : Hijab vs Khimar
Il est important de noter la confusion sémantique entre les termes « hijab » et « khimar ». Le terme « hijab » est souvent utilisé à tort pour désigner le foulard recouvrant la tête, alors qu'il signifie en réalité « séparation » ou « rideau ».
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Ce glissement sémantique pourrait être lié à une volonté de justifier religieusement l'enfermement des femmes musulmanes. En imposant le « hijab » aux femmes dans son sens de « séparation », on les cantonne dans la relégation et l'ombre, loin de la sphère sociopolitique.