L’épopée des abysses : Analyse critique et thématique du Monstre des Mers

Le Monstre des mers (The Sea Beast) est un film d’animation en images de synthèse sorti en 2022 sur Netflix. Réalisé par Chris Williams, à qui l’on doit notamment Vaiana, la légende du bout du monde ou Volt, star malgré lui, ce projet marque une transition significative du réalisateur vers la plateforme Netflix. Le film propose une animation plutôt fluide, mais avec parfois des visages un peu statiques. La qualité reste bonne. Il est indéniable que le travail de l’animateur Disney a profité à Williams, car un soin particulier est accordé aux détails du film, aux matières, aux proportions et aux mouvements. À une époque où des créatures terrifiantes parcourent les mers, les chasseurs de monstres sont de véritables héros. Et aucun n’est plus adulé que le grand Jacob Holland. Mais lorsque la jeune Maisie Brumble embarque sur son navire légendaire, il trouve en elle une alliée inattendue.

Une esthétique entre gigantisme et immersion

Il faut moins de 10 secondes pour être happé par Le Monstre des mers et se laisser emporter par ses flots impétueux. Dans la courte séquence qui ouvre le film, tout est dantesque : la teinte verdâtre de la mer en furie, le navire en flammes au loin, le tonnerre qui gronde, la foudre qui s’abat, un monstre marin qui rôde et la détresse d’un enfant rescapé du naufrage. Cette générosité et ce traitement homérique se retrouvent ensuite dans toute la première moitié du film, qui exhibe un impressionnant bestiaire inspiré des créatures mythiques souvent représentées sur les anciennes cartes navales. Le design des différentes bêtes n’a rien de transcendant en soi, mais la mise en scène et les compositions de plans jouent intelligemment avec les différentes échelles.

Les humains, leurs navires et les monstres partagent les mêmes plans pour souligner le gigantisme et la majesté des uns ou, à l’inverse, la petitesse et l’insignifiance des autres. Le film offre ainsi un grand nombre de plans à couper le souffle, dont certains, plus contemplatifs, rappellent les films de Kaiju, avec en bonus un combat destructeur entre deux titans marins. Par endroit, le film passe encore à une échelle supérieure pour illustrer l’immensité du monde et de l’océan en noyant ses géants qui retrouvent la taille d’un poisson quelconque.

La déconstruction du mythe et la remise en question des savoirs

Le film s’attelle à une réflexion sur la diffusion des idées reçues, sur la nécessité de vérifier les sources d’une information et sur la capacité à remettre en question son point de vue. Il ne faut pas forcément croire ce qui a été transmis par les livres. Il faut réfléchir à ce que l’on fait et remettre en cause nos croyances, car un gouvernement a critiqué les monstres des mers en les accusant de tuer des innocents pour d’obscures raisons. On critique les souverains qui croient qu’ils peuvent tout imposer et qui s’enrichissent de plus en plus sur le dos des petites gens.

Dans l’univers dépeint dans le film, les hommes ont prétexté la dangerosité des monstres et leur ont prêté des actes répréhensibles pour avoir la légitimité de leur faire la guerre, pouvoir agrandir le royaume et s’enrichir en ouvrant de nouvelles routes commerciales maritimes. Les chasseurs morts au combat sont érigés en héros pour effacer l’injustice de leur perte et camoufler leur condition de fantassins exploités par une monarchie qui n’hésite pas à les remplacer comme de la basse main d’œuvre. Le film remet donc en question sa propre mythologie pour faire un parallèle avec notre monde : les persécutions de minorités, la discrimination, la guerre, la propagande, l’avidité, le cycle de haine et le fantasme d’un grand roman national.

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La dualité entre chasseurs et protecteurs

L'histoire est celle de navires et d'aventure. Des chasseurs sont des personnes qui chassent les monstres sur les mers ; ils sont puissants et courageux. Si dans un premier temps, on est dans une revalorisation des hommes qui chassent et tuent ces animaux, on va petit à petit réaliser qu’il ne faut pas s’en prendre à d’autres espèces. Le capitaine Crow est quant à lui un protagoniste qui vire au méchant de service en se laissant ronger par ses ressentiments, sa vengeance aveugle et le poids de son deuil. Le capitaine ne veut pas faire de trêve, il veut continuer la guerre, il est né pour se battre. Il demande à Jacob s’il veut être son fils ou son ennemi.

Le film aborde des thèmes intemporels à hauteur d’enfant. À mesure que le film se déroule, les humains comprennent mieux les monstres, mettant en doute la volonté de domination des hommes sur la nature. On va changer la représentation de ce que l’on se fait des monstres. Des monstres des mers s’en prennent aux navires, des grands gaillards musclés ont des harpons et sont prêts à les lancer pour tuer. Il ne faut pas s’attaquer à ceux que l’on ne comprend pas. Mieux vaut tenter de communiquer avec l’autre. Accepter l’espace de chacun. Tous les combats ne sont pas bons à mener.

L’évolution des personnages et la force du faible

Maisie, jeune orpheline, embarque clandestinement sur un navire corsaire en expédition pour chasser un monstre marin dénommé la Tourmente Rouge. À travers ces questions, Maisie grandit en se détachant des récits qu’elle a toujours entendus. Si les héros sont des hommes, on voit aussi des femmes être fortes. On donne une lame à l’enfant. Maisie et Jacob se trouvent sur une île déserte où il y a des bruits étranges, ils doivent se trouver un refuge. Maisie marche sur une sorte d’oeuf étrange au sol et quand Jacob en écrase beaucoup, des gros vers orange les entourent.

Jacob aide beaucoup ses camarades, mais se fait finalement éjecter loin du bateau et le monstre surgit sous lui pour le gober. Jacob va descendre voir ce qu’il y a à l’intérieur du monstre, attaché à une corde, c’est un peu tendu, Maisie va suivre la corde et découvre le fond des mers à travers les narines de l’animal. Le film met en scène deux personnages sans filiation, qui cherchent à se raccrocher à une histoire. Mais quand cette histoire n’est pas aussi exemplaire ou juste qu’on l’a appris, la seule alternative est d’en écrire une nouvelle, ce qui se produit lorsque Jacob et Maisie recréent un cocon familial issu de leurs deux solitudes. Et c’est lors d’une scène où Jacob transfuse son sang à Maisie blessée que cette nouvelle filiation devient concrète.

Analyse de la structure narrative et influences

Si ce film d’aventures vous évoque un mélange entre film de kaijus et le Dragons des studios Dreamworks, rien d’anormal puisque le réalisateur cite King Kong, Godzilla et Les Aventuriers de l’Arche Perdue comme inspiration. Si la première partie est a priori une lecture enfantine du classique littéraire Moby-Dick avec un soupçon du Vieil Homme et la Mer, la seconde rame à reculons pour revenir à une formule beaucoup plus balisée et programmatique que ce que le film promettait au départ.

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Le film commence immédiatement avec une action forte. Cependant, il lui est difficile de maintenir l’allure et il y a une perte de rythme en cours de route. Le scénario a du mal à étendre son univers et à en dessiner les contours. Le récit fait escale sur deux-trois îles, en mentionne quelques autres avec une carte rapidement balayée du regard, mais ne les explore pas. Le roi et la reine ne servent qu’à être riches, corrompus et hautains, sans que le décalage entre leur fortune et la misère du peuple ne soit réellement mis en avant ou explicité. À en juger les vêtements défraîchis de Maisie et ses chaussures trouées, on se dit que le film est peut-être passé à côté de son propos social.

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