L'odyssée du catamaran : de l'ingénierie ancestrale à la révolution de la plaisance

Le mot catamaran proviendrait du mot kattuamaran, issu de la langue tamoule. Kkatta pour lien et maram pour bois. Selon le Larousse, un catamaran est un bateau à voile ou à moteur comportant deux coques accouplées, utilisé pour la navigation de plaisance. Si les pirogues doubles, les praos et les trimarans sont nés voici plusieurs milliers d’années en Océanie, la première trace d’un catamaran se trouve dans les écrits du pirate et aventurier anglais William Dampier, dans les années 1690. C’est le tout premier européen à décrire un catamaran qu’il a vu naviguer dans le golfe du Bengale, dans la région du Tamil Nadu. Il les décrit par ces mots : « Sur la côte de Coromandel, on les appelle catamarans. Il s’agit d’un ou deux rondins, parfois d’un bois léger si petit, qu’il ne transporte qu’un homme dont les jambes et le fondement sont toujours dans l’eau ».

Les racines polynésiennes et l'héritage océanique

Il semblerait que ce soit dans l’Océan Indien et Pacifique que les premiers catamarans aient vraiment vu le jour. Une carte montre alors 50 000 ans de migrations à la voile, rendues possibles grâce aux multicoques - catamarans, trimarans, praos. Depuis toujours, en effet, Les Polynésiens utilisent une forme particulière d’embarcation à deux coques que l’on appelle « prao ». Voilier multicoque indonésien, le prao est un dérivé des pirogues à balancier indonésiennes, que l’on retrouve aussi aux Philippines sous forme de trimaran. Ce bateau apparaît très tôt dans les dessins des explorateurs européens. On en trouve ainsi dans les récits de William Funnell sur les îles du Pacifique en 1705 ou de Georges Ansom sur les îles Marianne en 1743.

L'éveil de l'architecture navale occidentale

En Occident, les catamarans sont construits pour la première fois en Angleterre, en 1662, par William Petty. Mais c’est celui que l’on surnommait « le sorcier de Bristol », l’Américain Nathanaël G. Herreshoff, qui a inventé le dériveur, le quillard et le cata modernes. Il a été le premier occidental, en 1870, à concevoir et fabriquer des catamarans d’une vitesse et d’une stabilité jusqu’alors inégalée.

L’évolution de la pensée de Nathanaël Herreshoff est fascinante. À la base, le « Sorcier de Bristol » voulait améliorer les performances d’un monocoque. Il réfléchissait à la façon d’augmenter la vitesse d’un monocoque : « Ainsi, on se trouve en présence de deux facteurs de vitesse qui s’opposent. Ce qui nous donne un gain d’un côté induit une perte de l’autre. La première chose à faire est donc de diminuer la surface mouillée en conservant la stabilité ; il faudrait donc que le bateau ait de la raideur à une certaine distance de l’axe de la quille. A partir de cette idée, j’ai remonté la quille de plus en plus haut, jusqu’à ce qu’elle sorte de l’eau, et que, surprise ! » J’ai vite abandonné l’idée de ma coque « malade », avec son creux au milieu. À partir du monocoque, Herreshoff augmente le bau pour augmenter la raideur, puis commence à remonter la quille pour obtenir plus de volume sur l’extérieur et moins de surface mouillée, jusqu’à ce que la quille sorte de l’eau. Il suffit alors de couper le bateau en deux et d’écarter les morceaux.

En 1877, il crée le catamaran de 9,75 mètres John Gilpin, dont les plans sont d’une extraordinaire modernité. Le catamaran Amaryllis, construit par Mr Herreshoff, de Providence, a survolé tous ses concurrents le long de Long Island, passant l’un après l’autre les yachts en course comme s’ils étaient encore à l’ancre. L’éditorialiste titrait alors : « Un yacht révolutionnaire ! ».

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Les défis des jauges et l'audace des architectes

En 1898, soit vingt-trois ans plus tard, l’architecte canadien G. Herrick Duggan cherche à réduire la surface mouillée de son One-Tonner pour défendre les couleurs de son club dans la Seawanhaka Cup. La jauge de cette célèbre Coupe ne prend alors en compte que la longueur de flottaison. Devant la colère des autres concurrents, la jauge est modifiée pour l’édition suivante : désormais, la quille devra être le point le plus bas. Cela n’empêche pas l’architecte B. B. Crowninshield, connu pour ses extravagances, de concevoir en 1902 une plate-forme avec une carène de trimaran, Hades, un trimaran hybride de 16,75 mètres. Hades, avec 6,40 mètres à la flottaison pour 16,75 mètres de coque, est un faux trimaran : la quille centrale est là juste pour détourner la règle de jauge qui impose qu’elle doit se trouver au point le plus bas des sections. Contrarié par des règlements qui cherchent à le bloquer, le multicoque ne connaît guère de succès, aux Etats-Unis ou ailleurs - mais il ne sera jamais pour autant abandonné.

Dans son ouvrage « Common Sense on Yacht Design », publié en 1948, le fils de Nathanaël G. Herreshoff, Lewis Francis Herreshoff, propose le « Catamaran du futur », un projet de cata ketch à voilure rigide de 9,15 mètres. Avec Sailski, catamaran construction amateur de 8,23 mètres, dessiné par Lewis Francis Herreshoff et lancé en 1952, il a répondu à la demande des lecteurs de la revue The Rudder, qui désiraient une « Sailing Machine » légère, facile à construire, rapide et bon marché. Il conçoit alors ce catamaran original de 27 pieds. Construits à trois exemplaires entre 1952 et 1966, ses coques dissymétriques faisaient office de plan antidérive et la pression du mât sur le bras avant était soulagée par un gréement rigide. Le bipode et les bras étaient profilés.

L'essor du catamaran de sport après-guerre

En juin 2012, nous avions ouvert le « livre » des origines. Après l’histoire du développement du multicoque dans les îles du Pacifique dans l’antiquité et la naissance du catamaran moderne au XIXe siècle, nous allons faire le tour d’horizon du catamaran de sport dans l’après-guerre.

Charles Cunningham, constructeur australien de voiliers, et son fils Lindsay, alors ingénieur étudiant, sont fascinés par les performances des catamarans traditionnels du Pacifique. En 1952, à Victoria, ils construisent un premier prototype qui, deux ans plus tard, aboutit à un cata de 20’ (6,09 m), appelé du nom de la jeune sœur de Charles, « Yvonne ».

En France, Lucien Gomez est le père incontesté du multicoque de sport. En 1959, Rod Macalpine-Downie conçoit son premier catamaran, le Thai III qui surclasse le Shearwater. Le Shark, catamaran pliable, performant et sûr, connaît un succès retentissant. Les deux associés dessineront quelques 80 modèles de catamarans, produits à plus de 150 000 exemplaires.

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En 1967, l'I.Y.R.U. lance un concours international pour les catamarans de la Classe B (2 équipiers, 20 pieds sur 10 et 21,8 m² de voilure), remporté par le Tornado avec Reg White et Bob Fisher, et dessiné par Rodney March l’année précédente. Ce bateau devient catamaran Olympique à Montréal en 1976 et le restera jusqu’en 2008. En 1969, Ian Fraser et Kim Stephens s’associent pour construire le Tornado en polyester sous la marque Panthercraft. Avec l’aide de Terry Pearce et de Keith Musto, ils mettent au point le prototype du Dart 18, présenté au Salon nautique de Paris de janvier 1976.

Parmi les autres précurseurs en termes de catamarans, l’on trouve également le « patin à vela » (patin à voile), né en Catalogne dans les années 1920. Le Patin à Vela est né d’un pédalo sur lequel on aurait mis un mât et une voile, sans y ajouter de safran ou de dérive. La Classe s’est créée dès la fin de la guerre pour uniformiser les différents types qui s’étaient développés en Catalogne. En se déplaçant d’avant en arrière, l’équipier modifie le centre de dérive et le voilier lofe ou abat. Ces catamarans aux coques asymétriques en forme de banane connaissent immédiatement un énorme succès.

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