Le monde du surf est un éternel recommencement, où les innovations techniques et les exploits sportifs redéfinissent sans cesse les limites de ce qui est possible. Au cœur de cette dynamique se trouve Laird Hamilton, figure emblématique dont l'aura de "Géo Trouvetou" du surf a marqué plusieurs décennies. Sa capacité à repousser les frontières, notamment avec l'invention du foil version surf et du tow-in, continue d'inspirer et de susciter le débat, particulièrement lorsqu'il s'aventure sur des spots mythiques tels que Parlementia, sur la Côte Basque. Son passage en France, souvent lié à des événements comme la Biarritz Quiksilver Maïder Arostéguy ou le Oxbow Totally Bananas Tour, ne manque jamais de faire parler de lui, transformant chaque session en un événement scruté par la communauté.
Laird Hamilton : L'Esprit Pionnier et la Quête de l'Extrême
Laird Hamilton est bien plus qu'un simple surfeur de grosses vagues ; il est un véritable explorateur des limites du possible. Plus de 15 ans après ses débuts en surf tracté sur la vague de Jaws, ses exploits à Teahupoo et la mise au point du « foil » version surf, ce véritable « Géo Trouvetou » bouillonne encore d’idées. Son passage récent en France n'a pas dérogé à la règle, avec une session en short à la Grande Plage qui n’est pas passée inaperçue, mais c’est surtout son passage à Guéthary qui a fait le buzz cette fin de semaine. Avec son comparse Terry Chung, Laird a survolé un petit Parlementia sur un stand-up foil dont on a pu remarquer l’aisance à planer d’une section à une autre sans subir les résistances de surface. Cette démonstration de maîtrise a, comme souvent, généré des discussions passionnées au sein de la communauté. D’autres spectateurs, dont Gibus de Soultrait, ont également évoqué le danger que pouvait représenter une aussi grande planche et surtout la lame métallique qui l’accompagne.
Mais l'esprit inventif de Laird Hamilton ne s'arrête jamais. Après avoir présenté l'an dernier son nouveau jouet, le seabob, il travaille déjà sur un projet encore plus fou : l'idée de surfer SOUS une grosse vague. Convaincu que les forces qui s’exercent sur le corps sous l’eau ne permettent d’aller qu’à une certaine vitesse, il travaille actuellement sur les dessins d’un objet dans lequel il pourrait se glisser. Il s'agirait d'une sorte de capsule hydrodynamique, conçue pour permettre d’aller jusqu’à la fin de la vague, sans être dans la zone d’impact. L’objet serait transparent, pour pouvoir voir à travers, et sa position imaginerait l'utilisateur allongé la tête la première, à la manière non pas d'une luge mais d'une position optimisée pour l'hydrodynamisme. Des ailerons dessus, dessous et latéraux permettraient de contrôler la trajectoire ainsi que la profondeur. Ce projet audacieux soulève la question de la pression, car si en chute libre d’avion, on est limité à une certaine vitesse à cause de la forme du corps et des forces qui s’y exercent, l’eau est beaucoup plus dense que l’air, et à une certaine vitesse, le corps ne peut pas supporter cette pression. Il faut donc trouver quelque chose qui puisse permettre de glisser sous l’eau tout en protégeant le corps.
Le défi de la respiration est également au centre de ses réflexions. Plutôt qu'une bouteille d’oxygène classique, il envisage un système qui permette de reprendre de l’air quand on remonte à la surface. Pour la propulsion, soit il se ferait tracter, soit il disposerait d'un moyen de propulsion - un peu comme le seabob - assez puissant pour se lancer dans la vague. Laird a commencé à y réfléchir sérieusement lorsqu'il a eu le seabob, constatant que la limite réside dans le fait de ne pas pouvoir se déplacer très vite à cause de la résistance du corps. Malgré ces résistances, il observe qu'il n’y a pas d’instabilité sous l’eau, à la différence de la surface, qualifiant cette expérience de "tellement pure". Ce projet va exiger un investissement considérable en R&D, tant dans la matière de la capsule que dans le système de respiration. Son désir a toujours été d’expérimenter de nouvelles choses, confessant même avoir tendance à perdre de l’intérêt pour les choses quand elles commencent à devenir populaires. Ce projet complètement fou, proche de la science-fiction, est déjà considéré par Laird avec beaucoup de sérieux. Sa réflexion semble bien avancée et il y a de fortes chances qu’on continue à en entendre parler, et pourquoi pas à en voir les premiers essais. Cette démarche incarne parfaitement l'esprit d'innovation qui a également présidé à la naissance du tow-in, une discipline qui a permis de dompter des vagues jusqu'alors inaccessibles, comme l'ont démontré Laird Hamilton, Buzzy Kerbox et Darrick Doerner dès 1993.
L'Avènement du Foil et ses Implications Sécuritaires
La démocratisation des pratiques de glisse utilisant un foil représente une évolution majeure dans le monde des sports nautiques. Que l'on pratique le windsurf, le kitesurf, le SUP ou le surf foil, cette technologie promet des sensations de glisse inédites, caractérisées par cette "aisance à planer d'une section à une autre sans subir les résistances de surface" observée chez Laird Hamilton à Parlementia. Cependant, cette innovation s'accompagne également de nouveaux risques et d'une traumatologie spécifique, comme le soulignent les vidéos de wipeouts et les préoccupations exprimées par des figures du milieu. Le danger que peut représenter une planche équipée d'une lame métallique, caractéristique du foil, est une réalité prise au sérieux par des observateurs expérimentés tel que Gibus de Soultrait. La glisse sur foil, en élevant le surfeur au-dessus de l'eau, modifie la dynamique des chutes et peut exposer à des blessures inhabituelles ou plus graves, notamment dues à l'impact avec l'aile sous-marine ou la planche elle-même.
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Parlementia : Un Spot Mythique, Théâtre d'Exploits et de Dangers
Parlementia, au large de Guéthary, est un nom qui résonne avec respect et appréhension dans le cœur des surfeurs de grosses vagues. C'est un de ces lieux où, quand Parlementia et Avalanche envoient du bois, les chargeurs sont au rendez-vous. Le spot a une histoire riche, témoin de l'évolution du surf. L'été 68, il affichait déjà un solide 2,50 M avec des séries carrément au-dessus, comme en témoigne la mésaventure de Nat Young qui prit une gamelle au take-off et vit sa planche, le leash n’existant pas encore, prendre gaiement la direction des rochers (marée basse, gros coeff’). Bien des années plus tard, la vague continue d'attirer l'élite des chargeurs. Takudji Masuda, Alex De Sonis, Nicolas Pinot, Anthony D’Agincourt, Lucas Levezac, Gibus de Soultrait, Jérome Blanco et même Rico Leroy et Sarah en tandem étaient au rendez-vous lors de sessions mémorables. Joël de Rosnay, maintenant fan de Surf Prevention, a été immortalisé par Greg Rabejac prenant son envol au take-off sur cette même vague de Parlementia à Guéthary.
La réputation de Parlementia n'est plus à faire : c'est un spot de gros où l'on gagne son respect et où l'on paie son tribut. La phrase de Frédéric Beigbeder, star du village qui se présente comme « écrivain de Guethary », pourrait même voir Kelly Slater devenir un jour « surfeur de Guethary » tant l'attrait de ces vagues est puissant. La force et l'imprévisibilité de Parlementia sont telles qu'elles rappellent la nécessité d'une grande prudence. Un arrêt sur image, comme celui qui permet de mieux comprendre le danger engendré par une planche lâchée sous une vague avec quelqu’un qui passe derrière, n'est jamais de trop pour appréhender les risques. L'idée de banaliser le surf de gros, bien que certains s'en inquiètent, est difficile à concevoir tant la confrontation avec ces monstres liquides reste une expérience hors du commun.
Une Rétrospective sur l'Évolution des Planches et des Pratiques
L'histoire du surf est intrinsèquement liée à l'évolution des planches et des techniques. Le souvenir de l'été 68, avec les méchouis sur la falaise à côté de la cabane de l’URKIROLA et l'achat d’un « surf-car » - une vieille « estafette » carrossée en pick-up idéale pour transporter membres du club et planches - peint un tableau d'une époque révolue. C'est durant cet été-là que l’on a vu débarquer, un beau matin, Nat YOUNG et Billy HAMILTON. L’animal australien et le styliste californien, les deux extrêmes. La tribu australienne et le clan californien s’étaient rencontrés quelque part du côté de Biarritz et ils écumaient, sans jeu de mots, ensemble tous les spots de la côte.
L'arrivée des Australiens avec leurs « mini-models » V-bottom signés Mc TAVISH a marqué la fin (momentanée) des longboards, quasiment du jour au lendemain. Tous ceux qui en avaient les ont soit revendus très vite pour acheter une 8’ 00’’ V-bottom, soit retaillés (on ne shapait pas, à l’époque, on « taillait ») en essayant d’obtenir la même chose. C’est ainsi que fut rachetée la GREEK « Maui Model » de Thierry LISTRE, une planche somptueuse, pintail avec une latte centrale en red cedar et deux « glue-ups » noirs latéraux, glassée en volan, comme toutes les planches d’alors, ce qui faisait ressortir de façon un peu plus sombre les cutlaps des rails et le patch du pont pour ramer à genoux. À l’origine, cette planche était équipée d’un aileron ultra-flexible en forme de yatagan avec des « resin swirls » de différentes couleurs, tellement flexible que, lors d’un virage un peu appuyé, il avait cassé net en plein milieu. Les meilleures vagues de la vie ont été prises avec cette planche. Même bien après que les planches beaucoup plus courtes soient devenues la norme, il arrivait encore de la sortir, pour rire. Greek, en raison de ses racines familiales grecques, était très fin par rapport à l’ensemble de la production d’alors, avec des rails en « egg » faits pour le gros, et un shape irréprochable.
C'est aussi cet été-là que le premier film de surf a été vu au cinéma PAX de Biarritz /La Négresse : « Free and Easy », de Greg Mc Gillivray et Jim Freeman. Ce fut la révélation de ce qui pouvait être fait sur un longboard. Le niveau, indiscutablement supérieur à ce qui était visible en France, et l'ambiance dans la salle étaient inoubliables. Des titres comme « Going Surfing » sont également restés gravés dans la mémoire au fil des années dans cette salle mythique. La fermeture de l'URKIROLA, dont la date exacte est oubliée, a marqué un autre tournant, avec la cabane du club où les planches étaient stockées qui fut démontée. Il avait été demandé au préalable de venir récupérer les planches, mais à ce moment-là, la préoccupation était davantage de shaper un mini-gun à la BREWER que de récupérer ce que tout le monde considérait comme une vieillerie sans intérêt. Les planches restantes, y compris la MAUI, furent stockées chez un des membres du club, mais les mois se sont transformés en années et le regret amer de cette flemme persiste aujourd'hui : indépendamment de la valeur commerciale de cette planche, c’est la valeur sentimentale qu’elle avait qui importait. Son devenir est aujourd'hui inconnu, avec une offre de faire n’importe quelle planche neuve gratuitement à quiconque retrouverait sa trace.
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Dans les années qui ont suivi, le surf de gros a connu sa propre évolution. On commençait avec des planches de 7’ et 7’4’’, que l'on trouvait courtes sur la vague. C'est avec ce type de planche que l'on a découvert peu à peu Avalanche. À l'époque, il était fréquent de se retrouver seul au line-up. On prenait deux, trois vagues, qu'elles soient gigantesques, de 5, 6 mètres, peu importe, et on les voyait dérouler magnifiquement. L'idée que des vagues de plus de 4 mètres n’existaient qu’à Hawaii était une conception dépassée. Le surf de gros est une autre discipline, un sport de "couillus", comme le ski de descente sur la piste de Kitzbühel, où la vitesse est reine et l'erreur fatale. Le tow-in a révolutionné l'approche, permettant de défier des vagues comme Belharra, offrant un spectacle grandiose avec des vagues d’une taille inimaginable. Mais même face à l'opportunité de se faire tracter à Belharra en 2003, la raison a poussé au refus, car se jeter comme ça à Belharra sans préparation adéquate aurait été une forme d’inconscience. La préparation personnelle et la progression par étapes sont essentielles pour affronter de telles vagues.
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