La Tombe du Plongeur de Paestum, découverte en 1968, est un témoignage exceptionnel de l'art funéraire grec du Ve siècle avant J.-C. Unique en son genre, elle est la seule tombe grecque de cette époque à présenter des peintures tombales. Son nom provient de la fresque ornant la face interne du couvercle, représentant un jeune homme plongeant dans l'eau. Cette image énigmatique a suscité de nombreuses interprétations, oscillant entre symbolisme eschatologique et représentation réaliste d'un rite de passage.
Description Générale de la Tombe
La tombe, datée entre 480 et 470 avant J.-C., est une structure à caisson construite avec cinq grandes dalles de pierre. Elle fut découverte dans une petite nécropole située à 1,5 kilomètre au sud de la cité de Poséidonia, l'actuelle Paestum, une importante colonie grecque de la côte tyrrhénienne, au sud de Salerne (Campanie).
Outre la fresque du plongeur sur le couvercle, les quatre murs internes de la tombe sont ornés de scènes de banquet, ou symposion, rassemblant dix personnages. Ces scènes dépeignent des convives masculins allongés sur des klinai (lits de banquet), buvant ensemble et jouant de la musique.
Lors de la fouille, les archéologues ont trouvé à l'intérieur de la tombe une carapace de tortue, un fragment de lyre, ainsi que des vases grecs antiques (deux aryballes et un lécythe) utilisés pour contenir de l'huile parfumée destinée à oindre le corps des athlètes. Les ossements du défunt, malheureusement, avaient disparu en poussière avec le temps.
La Fresque du Plongeur : Métaphore ou Rite de Passage ?
La fresque du plongeur est l'élément le plus fascinant et le plus énigmatique de la tombe. Elle représente un jeune homme nu, l'éphèbe de la tombe du plongeur de Poseidonia (480-470 av. J.C.), saisi en plein vol, s'élançant d'une construction évoquant des colonnes à tambours. Deux maigres arbustes encadrent la scène. L'arrière-plan est sobre.
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L'interprétation de cette image a donné lieu à de nombreux débats parmi les spécialistes. Certains y voient une représentation métaphorique du passage de la vie à la mort, un plongeon vers l'Au-delà. Dans cette optique, le plongeon symboliserait le passage du monde connu vers un monde inconnu, suggéré par les colonnes d'Hercule, limite du monde connu pour les Grecs, tandis que les arbres dépouillés évoqueraient la mort d'un être jeune.
D'autres chercheurs, comme Tonio Hölscher, rejettent l'interprétation symbolique et proposent une lecture plus réaliste de la scène. Selon lui, le plongeur représente simplement un jeune homme sautant dans l'eau, une activité courante dans la Grèce antique. Hölscher souligne l'importance de la relation des Grecs avec la mer, à la fois source de peur et de fascination. Il rappelle également que la natation était une compétence valorisée, au point qu'un proverbe grec associait l'incapacité à nager à l'illettrisme.
De plus, Hölscher met en lumière les dynamiques sociales et érotiques de l'époque. Il interprète le plongeon comme un rite de passage, une démonstration de courage et d'athlétisme de la part d'un jeune homme en transition vers l'âge adulte, sous le regard d'hommes plus âgés attirés par les adolescents.
Les Scènes de Banquet : Un Symposion Grec
Les fresques ornant les murs de la tombe représentent des scènes de banquet, ou symposion, une pratique sociale importante dans la Grèce antique. Ces scènes dépeignent des hommes allongés sur des lits de banquet, buvant, jouant de la musique et se livrant à des conversations.
Plusieurs détails attirent l'attention :
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- Paroi sud : Les convives (les comastes) sont allongés sur un klinai, tenant une coupe (kylix) à la main. Un homme seul tient une lyre dans une main et un œuf dans l’autre, symbole d’immortalité. Un couple joue de l’aulos (double hautbois) et du barbitos (lyre).
- Côté est : Un éphèbe échanson tourne le dos à un cratère (vase où l’on mélangeait l’eau et le vin) et s’en va servir un convive. La tête du mort était placée vers cette face.
- Paroi nord : Un couple est pris dans une scène amoureuse. Un jeune homme tenu par la nuque pourrait être le défunt. Le personnage central les regarde d’une façon jalouse. Le couple de droite est pris dans une scène amoureuse.
Ces scènes de symposion reflètent les valeurs et les pratiques de l'élite grecque de Poséidonia. Elles témoignent de l'importance de la convivialité, de la musique, et des échanges intellectuels dans la société grecque. Le jeu du kottabos, avec son symbolisme érotique, et l'attitude amoureuse du dernier couple rappellent que nous sommes bien en présence de jeunes et d'adultes grecs. Le plus âgé tient le plus jeune par la nuque, geste signifiant entre l'éraste et l'éromène.
Contexte Historique et Culturel : Poséidonia, Carrefour d'Influences
La tombe du plongeur a été découverte à Poséidonia, une cité grecque de Grande-Grèce, située dans une région de contact avec d'autres cultures, notamment les Étrusques et les populations indigènes lucaniennes. Cette situation géographique a fait de Poséidonia un carrefour d'influences artistiques et culturelles.
Il faut rappeler qu'à Poseidonia, cité limite entre la Campanie, la Grande Grèce et la Lucanie indigène on trouve autant de tombes étrusques que grecques, lucaniennes ou indigènes ce qui ne simplifie pas les problèmes posés (même encore aujourd'hui) à la recherche archéologique. L'abondante bibliographie internationale en fait foi. Les influences sont nombreuses, complexes : "au niveau de l'interprétation le dernier mot n'a as été dit."..
L'art de la Tombe du Plongeur reflète cette diversité d'influences. Si les scènes de banquet sont typiques de l'art grec, la fresque du plongeur présente des similitudes avec l'art étrusque, notamment avec la "tombe de la chasse et de la pêche" située en Étrurie et datée de 520 av. J.-C., qui associe banquet et plongeon.
La société de Poseidonia était un monde hybride, ouvert à toutes les influences, mais jalouse de ses valeurs. Avant d'être renommée Paestum avec la soumission de l'Italie du sud par Rome au IIe siècle av. J.-C., Poséidonia était une colonie grecque majeure de la côte tyrrhénienne.
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La présence d'influences orphiques et pythagoriciennes est également à considérer. Pour suivre les commentaires du découvreur, quelques mots sur les doctrines de l'orphisme et du pythagorisme en Grande-Grèce au VIè s. av. J.C. Emigré de Samos à Crotone puis à Métaponte, Pythagore est le fondateur d'une règle de vie mystique et se révélera le principal initiateur de l'évolution de la science grecque au VIè-Vè s. av. J.C. Ils eurent, comme les pythagoriciens, de nombreux adeptes dans la Grèce archaïque italique et leur influence fut considérable chez les philosophes et les poètes.
Interprétations et Controverses : Un Mystère Persistant
Malgré les nombreuses études et interprétations, la Tombe du Plongeur de Paestum continue de susciter des interrogations et des controverses. L'identité du défunt reste inconnue, et la signification exacte de la fresque du plongeur demeure un mystère.
Certains chercheurs insistent sur le symbolisme funéraire de l'image, y voyant une métaphore du passage vers l'Au-delà. D'autres mettent l'accent sur la dimension sociale et culturelle du plongeon, interprétant la scène comme une représentation réaliste d'un rite de passage.
L'absence d'inscriptions dans la tombe rend difficile l'identification du défunt et l'interprétation de la fresque. Les seuls indices dont nous disposons sont les objets trouvés dans la tombe, tels que la carapace de tortue, le fragment de lyre et les vases grecs antiques.
Les traces de cordage repérées par l'archéologue Mario Napoli suggèrent qu'il s'agissait d'un travail de commande, déplacé jusqu'à Paestum et liant ainsi la personnalité du défunt aux motifs représentés sur sa tombe.