Les kayaks de mer, par leur conception et leurs matériaux, offrent une diversité d'expériences sur l'eau. Parmi les fabricants reconnus, Prijon se distingue par sa philosophie de construction et les caractéristiques uniques de ses embarcations. Comprendre le Prijon Barracuda, c'est d'abord appréhender le contexte global des kayaks Prijon, avant de plonger dans les spécificités de ce modèle particulier, souvent perçu comme un choix pour les paddlers exigeants.
La Signature Prijon : Matériaux, Conception Générale et Fonctionnalités
La marque Prijon s'est forgée une réputation grâce à un matériau bien spécifique : le HTP. Ce plastique, très particulier et exclusif à la marque, est connu pour sa résistance exceptionnelle. En effet, ce fameux HTP confère aux kayaks Prijon une rigidité supérieure à celle des embarcations utilisant du polyéthylène « classique ». Cette robustesse se traduit également par une résistance aux rayures accrue, procurant une impression de solidité que de nombreux utilisateurs apprécient. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir des kayaks Prijon utilisés par de nombreuses expéditions, un témoignage éloquent de leur fiabilité. Le polyéthylène (PE) HTP est unique dans sa méthode de fabrication ; selon le constructeur, il ne peut pas être rotomoulé, contrairement à la technique usuelle de la plupart des autres kayaks en polyéthylène où le PE fondu est injecté dans un moule tournant pour répartir le plastique uniformément.
Dans l’ensemble, les kayaks Prijon sont caractérisés par une bonne finition. Cependant, un point de critique récurrent concerne leurs coloris. Certains les regrettent comme étant pas très élégants et peu discrets, surtout pour des bivouacs où la discrétion peut être un avantage. Néanmoins, il est indéniable que ces couleurs vives sont efficaces pour que les services de sécurité maritime puissent retrouver plus facilement les pagayeurs en cas de besoin.
Les aspects techniques internes des kayaks Prijon méritent également attention. Les cloisons étanches, essentielles pour la flottabilité et la sécurité, sont réalisées à partir de pains de mousse. Les joints entre ces cloisons et la coque sont assurés par une sorte de colle souple, un principe similaire à celui utilisé par la marque Rainbow. Bien que fonctionnel, ce système n'est pas toujours fiable du point de vue de l’étanchéité, un détail crucial pour la conservation des affaires au sec lors de sorties prolongées ou en cas de dessalage.
Concernant le système de gouvernail, un élément souvent apprécié pour la direction et le contrôle, tous les kayaks Prijon testés sont prêts à recevoir un kit gouvernail. Cette compatibilité universelle est perçue comme un atout significatif. Le système de pédales Prijon est conçu pour être compatible avec et sans gouvernail. Il s'agit de sortes de palonniers où le gouvernail s’actionne en faisant tourner la pédale sur un axe fixe, un principe que l'on retrouve sur les kayaks Klepper. Une petite cordelette est accrochée au haut de la pédale et tire plus ou moins le gouvernail selon l'orientation de la pédale sur son axe. Un avantage de ce design est que, si le gouvernail venait à ne plus fonctionner, l’axe permet toujours d’appuyer le pied au même endroit, offrant un point d'appui constant. Ceci contraste avec d'autres systèmes de commande de gouvernail basés sur des pédales qui glissent dans un rail, où un dysfonctionnement pourrait priver le pagayeur de tout appui stable.
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Cependant, un point que de nombreux utilisateurs ont trouvé vraiment pénalisant est l’utilisation des jupes en néoprène combinées à un capot rigide en HTP pour assurer l’étanchéité des trappes d’accès aux caissons. À l’usage, cette configuration s'est révélée très peu pratique par rapport aux fermetures par bouchon, de type Valley, que l'on trouve maintenant sur la plupart des kayaks modernes. Pour accéder au contenu d’un caisson, il faut d’abord décliper deux sangles. Le capot rigide, une fois libéré, a tendance à pendre à côté du kayak, pouvant « tremper » dans le sable ou l'eau. Ensuite, il faut retirer l’opercule en néoprène, qui tient avec un élastique sur la lèvre du caisson, fonctionnant sur le même principe qu’une jupe de kayak classique. Mais c’est à la fermeture que la difficulté se manifeste le plus intensément. Remettre cette jupe peut s'avérer ardu, l’impudique caisson ne se laissant pas faire aussi facilement. Sur certains des caissons, notamment ceux avec les plus grosses ouvertures, il a même été nécessaire de s’y mettre à plusieurs pour lui renfiler sa jupe. Il est à noter que les jupes utilisées lors des tests n’étaient pas de prime jeunesse, et une partie de la difficulté pouvait en découler, bien qu'elles n'étaient pas non plus hyper vieilles. Les caissons se sont révélés assez peu étanches dans l’ensemble, bien moins que les caissons du Bélouga 2 qui naviguait en parallèle lors de certaines randonnées. Bien que certains puissent trouver ces systèmes très bien, il est difficile d'en percevoir les raisons évidentes au vu de ces expériences. En conclusion générale, Prijon fabrique des kayaks de mer intéressants ; ils sont cependant un peu chers par rapport à leurs concurrents en PE.
Le Prijon Barracuda : Conception et Philosophie d'un "Roadster" des Mers
Le Prijon Barracuda, et plus spécifiquement le PRIJON BARRACUDA RS, est présenté par le fabricant comme un kayak très rapide, conçu pour les sportifs ambitieux. Sa finalité est claire : répondre aux exigences des entraînements matinaux sur lac, des courses de marathon et des compétitions de longue distance, des sessions d'entraînement en soirée, et des expéditions prolongées nécessitant une capacité de bagagerie modeste. C'est une embarcation qui se positionne résolument dans le segment de la performance.
Ce modèle se distingue par sa ligne et sa conception hydrodynamique. Il possède une « belle gueule élancée », caractérisée par une forme svelte, un faible rocker et une membrure prononcée, associés à un V-spant marqué. Ces caractéristiques confèrent au BARRACUDA RS le titre de « Roadster de la marque PRIJON », évoquant l'image d'un véhicule sportif, rapide et agile. Sa forme élancée et son faible rocker sont des atouts pour la vitesse et la tenue de cap, tandis que le V-spant contribue à une meilleure pénétration dans l'eau et une capacité à fendre les vagues.
Le Prijon Barracuda RS est proposé en plusieurs constructions pour s'adapter aux préférences des pagayeurs en matière de poids et de rigidité. Il est disponible en une construction Carbon-Aramide (CA) super légère et robuste, fabriquée par stratification manuelle avec des résines de haute qualité. Cette option vise le poids le plus faible possible et une coque d'une rigidité maximale. Pour ceux qui recherchent une alternative, une construction standard en stratifié polyester (GRP) est également disponible, offrant un kayak léger, rigide et extrêmement robuste. Les poids indiqués peuvent varier de +/- 0,5 kg, la coque du bateau étant fabriquée à la main.
Au-delà des constructions de base, Prijon propose des options de personnalisation. Le Barracuda RS est disponible en plusieurs combinaisons de couleurs standard (le fond des kayaks GRP est toujours blanc, tandis que celui des kayaks CA laisse apparaître les fibres de carbone-aramide). Des couleurs et combinaisons supplémentaires sont possibles sur demande, moyennant un supplément. Ces options permettent aux pagayeurs d'acquérir un kayak qui correspond non seulement à leurs besoins de performance mais aussi à leurs préférences esthétiques.
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Des options de renforcement sont également disponibles. Pour les pagayeurs plus lourds ou ceux qui prévoient des réembarquements fréquents, un pont renforcé peut être ajouté. Cette option consiste en une couche supplémentaire de fibre de verre ou de carbone-aramide avec un renfort transversal sur le pont arrière, augmentant le poids du kayak d'environ 2 kg moyennant un coût additionnel. Une autre option consiste à choisir un fond entièrement en carbone comme alternative au fond en carbone-aramide, également à un coût supplémentaire.
Le fabricant affirme que le Barracuda RS n'est « pas seulement pour les pagayeurs avancés mais aussi pour les débutants talentueux ! », une déclaration qui sera nuancée par les expériences d'utilisateurs. L'entreprise encourage les futurs propriétaires à « prendre le temps de vous habituer au BARRACUDA RS et vous passerez un bon moment ! », soulignant ainsi la nécessité d'une phase d'adaptation à cette embarcation axée sur la performance. Pour les acquéreurs potentiels, il est possible d'obtenir un devis gratuit et personnalisé, et la livraison est assurée sur rendez-vous, avec la possibilité de Click and Collect en Belgique.
Performance et Maniabilité : Perspectives Contrastées
Les qualités de navigation du Prijon Barracuda suscitent des avis partagés, illustrant la diversité des attentes et des compétences des pagayeurs. L'expérience concrète sur l'eau, surtout avec des kayaks chargés pour la randonnée, offre un éclairage précieux sur ses comportements.
Lors d’un trip d’une dizaine de jours de voyage itinérant sur la côte ouest de la Corse en octobre 2007, l'équipe de test a eu l'opportunité de naviguer avec trois modèles Prijon, dont le Barracuda, le Seayak et le Kodiak, tous chargés pour la randonnée avec bivouac. Ces tests ont révélé des comportements bien différents entre les embarcations. La préférence de l'équipe est allée sans hésitation vers le Seayak. Le Kodiak, par exemple, a été jugé trop « péniche », ce qui en faisait une embarcation moins agile et moins réactive. Quant au Barracuda, les testeurs n'ont pas constaté un gain de vitesse significatif par rapport au Seayak, malgré sa ligne plus fine et élancée. En revanche, la stabilité s'est avérée très significativement moins bonne que celle du Seayak. Cette instabilité, à leur sens, était inutile au regard du gain de vitesse non avéré. De plus, la longueur de coque qui trempe dans l’eau est plus grande sur le Barracuda, ce qui, bien que lui conférant une ligne plus élancée, grève sa manœuvrabilité, laquelle est également moins bonne que celle du Seayak. Enfin, il a été noté que le Barracuda est plus difficile à esquimauter. Ces observations ont conduit à la conclusion que le Barracuda serait à réserver à un navigateur technique féru de lignes tendues, un pagayeur cherchant avant tout la performance en ligne droite et possédant une technique de navigation solide. Le Barracuda, comme ils l'ont souligné, ne les a pas spécialement emballés dans ce contexte de randonnée chargée.
Cependant, une perspective diamétralement opposée est apportée par un utilisateur passionné qui déclare : « J'adore mon Barracuda ! ». Ce pagayeur expérimenté reconnaît que le kayak a moins de stabilité secondaire, un point crucial dans la perception de la "gîte" latérale du kayak. Mais, il met en avant les performances du Barracuda dans des conditions difficiles, là où ses qualités se révèlent pleinement. Il souligne la capacité du kayak à « transpercer les grandes vagues de front », ce qui permet de gagner en vitesse et de maintenir une trajectoire efficace face à une mer formée. Avec des vagues de poupe, le Barracuda excelle dans le surf, offrant une « expérience ultra excitante qui vous donne des poussées d'adrénaline ! ». Pour tirer parti de ces sensations fortes, il est impératif d'avoir des « réflexes très aiguisés » et d'être « prêt à toute éventualité », ce qui inclut des actions rapides comme remonter son gouvernail pour éviter qu'il ne freine ou n'endommage l'embarcation. En mer calme, le gouvernail n'est pas toujours nécessaire car le Barracuda « garde le cap » grâce à sa « grande stabilité primaire », un aspect important pour la trajectoire en ligne droite.
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Ce même utilisateur admet certaines limites : il souhaiterait parfois être installé dans un cockpit un peu plus large et bénéficier d'une plus grande stabilité secondaire pour des activités comme la photographie ou la pêche, suggérant que d'autres kayaks seraient un meilleur choix pour ces pratiques. Mais pour les « sensations fortes, ça prend un Barracuda ! ». Il insiste sur l'importance d'une bonne technique de gîte, combinée à un bon ajustement des cales et du siège, pour effectuer de meilleurs virages et exploiter pleinement le potentiel du kayak. Il qualifie le Barracuda de « définitivement une embarcation pour les aventuriers et les kayakistes avisés », renforçant l'idée qu'il s'adresse à un public spécifique et expérimenté.
Le Barracuda pour les Débutants : Apprentissage et Stabilité Perçue
L'introduction d'un pagayeur novice au monde du kayak avec une embarcation telle que le Prijon Barracuda soulève des questions fondamentales sur la stabilité, l'apprentissage et le choix du matériel. Un débutant, ayant navigué environ huit fois et suivi trois cours de trois heures couvrant les coups de pagaie de base, les récupérations assistées et en solo après chavirage, et une introduction au brace et à la gîte, se retrouve avec un Barracuda et s'interroge sur son adéquation pour un premier bateau.
Ce nouveau pagayeur, explorant les criques côtières autour de Vancouver et aspirant à naviguer autour des îles, exprime un manque de confiance avec le brace et face aux vagues modérées, comme celles générées par les sillages de bateaux à moteur. La question centrale est de savoir dans quelle mesure la conception étroite du bateau - avec une largeur de 21 pouces - contribue à son sentiment d'instabilité en eau agitée, et si un bateau plus large et plus stable serait une meilleure option, ou si l'aisance vient avant tout de ses compétences et de son expérience. Une expérience marquante fut une sortie de 10 km sur Indian Arm, un bras de mer près de Vancouver, où le vent s'est levé considérablement au retour, générant des vagues de 3 pieds. Le pagayeur n'a pas chaviré mais a ressenti une grande nervosité en pagayant intensément pour regagner son point de départ.
Les réponses à cette interrogation sont variées et éclairantes, reflétant la diversité des philosophies en matière d'apprentissage du kayak. Certains experts soulignent que le sentiment d'instabilité en milieu calme est ce qu'ils appellent un kayak "nerveux" ou "twitchy". L'expression commune est que "le kayak nerveux de l'un est le bateau amusant de l'autre". Une école de pensée suggère que les débutants devraient acheter un kayak "de performance" (souvent les kayaks nerveux) et s'y adapter. Cependant, cette approche est souvent critiquée car il a été constaté que les nouveaux pagayeurs sur des bateaux nerveux ont tendance à se décourager et à abandonner le sport. Un bateau nerveux, entre les mains d'un expert, peut devenir une œuvre d'art, maîtrisant les courants et les vagues avec aisance.
Les témoignages des utilisateurs du Prijon Barracuda sur des plateformes comme paddling.net convergent : ils affirment tous que le bateau est "tippy" (instable), mais ils ajoutent qu'ils s'y sont accrochés et ont appris à l'apprécier. Un utilisateur a même raconté avoir été éjecté de son Barracuda en testant simplement l'ajustement dans son garage, illustrant l'exigence de la stabilité initiale du bateau. Pour le débutant, il est conseillé d'éviter les zones de longue houle par temps venteux, ainsi que les zones de forts courants et de remous, tant qu'il n'est pas plus à l'aise. Les sillages de bateaux sont considérés comme un bon entraînement car ils offrent une pratique sans durer trop longtemps.
L'analogie de l'apprentissage du kayak avec l'apprentissage du vélo est souvent utilisée : "Apprendre à pagayer, c'est comme apprendre à faire du vélo". Il est suggéré qu'en quelques semaines, le débutant s'étonnera de s'être senti instable. Pour accélérer ce processus, il est recommandé de s'entraîner sur un lac, en essayant de voir jusqu'où on peut pencher avant de basculer, développant ainsi l'équilibre et la confiance. L'expérience montre que le corps humain possède une capacité étonnante à s'équilibrer naturellement, avec le temps. La largeur du bateau n'est pas le seul critère déterminant de la stabilité ; certains pagayeurs se sentent plus à l'aise dans un Chatham de 21 pouces de large que dans un Capella de 22 pouces, et un Looksha Sport de 23 pouces n'est pas nécessairement plus stable qu'un Chatham ou un Elaho HV pour d'autres. La forme de la coque, le profil en V prononcé et le faible rocker du Barracuda, bien qu'orientés vers la performance en ligne droite, contribuent à sa nature "nerveuse" en termes de stabilité secondaire.
Face à ces conseils et à sa propre expérience, le débutant a décidé de « donner plus de temps à mon Barracuda et de travailler sur mes compétences avant de faire de mon bateau un bouc émissaire ». Il vise à perfectionner un roulis solide, afin qu'une sortie humide suivie d'un sauvetage en solo ne soit plus son option par défaut en cas de chavirage, une démarche proactive et résolue face au défi que représente une embarcation de performance.