Julien Molia : L'Odyssée d'un Surfeur Amateur au Cœur des Vagues Géantes

Au-delà des clichés habituels des sportifs professionnels, le monde du surf de grosses vagues révèle parfois des parcours inattendus, empreints d'une passion inébranlable et d'une détermination hors du commun. Julien Molia incarne parfaitement cette réalité. Dentiste à Saint-Jean-de-Luz, marié et père d'une petite fille, ce Bayonnais a construit ce que beaucoup qualifieraient de "belle vie". Pourtant, son existence est également rythmée par une quête incessante des vagues les plus colossales de la planète, une aventure partagée avec son complice Gautier Garanx. Leur histoire, faite de dépassement de soi et de confiance mutuelle, a même culminé avec un prestigieux Billabong XXL Award, récompensant la plus grosse vague surfée de l'année par un duo d'amateurs, devant des professionnels sponsorisés.

Les Racines d'une Vocation et l'Émergence d'un Tandem Inséparable

Depuis son enfance, Julien Molia est intimement lié à l'océan, le surf étant une passion qui l'anime depuis son plus jeune âge. C'est sur la scène surf locale, familière des spots de la Madrague et des Corsaires, qu'il croise régulièrement Gautier Garanx. Au fil des années, une amitié et un partenariat solides se tissent entre les deux hommes. Ils surfent ensemble depuis "au moins huit ans", partageant une même soif d'explorer les limites de leur sport. Leur parcours prend une nouvelle dimension avec la découverte du "tow-in", le surf tracté, qu'ils pratiquent depuis "trois ou quatre ans".

Le basculement vers le tow-in fut une étape décisive, née d'une frustration et d'une prise de conscience. Gautier se souvient d'une journée de "très belles et grosses conditions" où il était "impossible de surfer à la rame à Anglet". Face à l'impuissance de ne pouvoir affronter ces vagues, et après avoir observé un ami enchaîner les déferlantes en tow-in, la décision est prise. Julien se met alors "en quête d'un jet-ski" et en trouve un "d'occase". Cette acquisition marque un véritable "changement de catégorie, changement de planète" dans leur pratique du surf. Ensemble, ils ont tout fait depuis le début, y compris apprendre à piloter le jet-ski, qu'ils avaient acheté sans savoir le manier. L'avantage de cette approche est qu'aujourd'hui, ils savent tout faire, "surfer et lancer aussi bien l'un que l'autre".

L'Appel Envoûtant de Belharra : Le Mythe et la Réalité des Vagues Géantes

Le passage des vagues de quatre mètres d'Anglet aux monstres de huit mètres de Belharra n'offre aucun intermédiaire, comme le résume Julien. Belharra, cette vague légendaire qui "marche deux fois l'hiver, les années où on a de la chance", exige une audace et une préparation sans faille. "Il faut y aller. Se lancer", déclare-t-il. Gautier utilise une métaphore puissante pour illustrer ce basculement psychologique et physique : "La première fois, tu es comme un pilote amateur qui se retrouve direct en F1, sur le circuit de Monaco. Tu es au peak et tu te jettes dans le vide."

Leur apprentissage sur Belharra s'est fait avec humilité et respect. La "perte du pucelage se fait sur le côté droit du déferlement", explique Julien. "À gauche, c'était encore pour les autres. Les cadors qu'on prenait soin de ne pas gêner. On a fait notre apprentissage." Progressivement, ils ont acquis l'expérience nécessaire pour prendre leur place "sur la voie royale". Mais même en figurant dans la caste des surfeurs de Belharra, chaque sortie est précédée de la même tension palpable. "C’est toujours la même tension qui monte. Plusieurs jours avant, plusieurs nuits aussi", confie Julien, dès l'apparition d'une dépression sur les cartes météo. La préparation est méticuleuse, incluant une "vérification obsessionnelle du matériel" - le jet, les fixations sur la planche - répétée "cent fois, mille fois". Le jour J, la pression est intense, "elle est palpable", alors qu'ils voient "les autres équipages qui se mettent à l'eau".

Lire aussi: Votre projet piscine à Rodez : Julien Piscine

La Confiance Absolue, Pilier du Surf Extrême en Tandem

S'aventurer sur les territoires du surf extrême, où l'on risque la "punition céleste", requiert une entente parfaite, instinctive, des deux hommes. Julien et Gautier n'ont "aucun mot à se crier". "On se regarde et on sait", glisse Gautier. Leurs décisions se prennent à travers les indications fines d'une gestuelle familière, qui peut signifier "non, pas celle-là" ou "on y va".

Gautier insiste sur l'harmonie essentielle de leur binôme. "Le pilote est aussi important que celui qui a la planche. Sans lui, tu n'auras pas la vague. Il faut que tu sois certain qu'il va bien te placer. Ou tu risques de prendre très cher." Alors que la vague gonfle, dépassant parfois 10, voire 15 mètres, Julien résume l'essence de leur relation : "On se confie nos vies". Son partenaire acquiesce : "On s'en remet à l'autre. Il faut une confiance absolue."

Au-delà de la confiance, il faut également des tripes et de solides certitudes quant à son bagage technique. Bien qu'étant de "purs amateurs", ils surfent depuis qu'ils sont gamins et "savent où on se situe". Mais plus encore que cette science, le surf de gros est une affaire de résolution. Le jargon des initiés ne parle-t-il pas de "chargeurs" ? La décision de partir sur une vague exige un engagement total, radical. Julien est catégorique : "Si tu pars sur la vague, si ton pilote te lance, c’est pour t’envoyer. L’hésitation peut être fatale." Les dimensions mentale et physique sont fondamentales pour affronter les vagues redoutables de Belharra, Nazaré au Portugal, Jaws ou Pipeline à Hawaï, Shipsterns en Australie ou Tehupoo à Tahiti. "Quand tu es sur la vague, décrit Gautier, tu dois être compact, costaud sur les jambes. Et serrer les dents." Il faut encaisser les vibrations dans le dévalement, à la frontière du déséquilibre, en s'efforçant d'absorber les impacts tout en restant ferme et en prenant de la vitesse pour "arriver jusqu’en bas de la vague".

Le Sacre Inattendu du Billabong XXL Awards et l'Ascension Médiatique

Le 22 décembre 2013 fut un de ces "jours bénis" qui soulèvent des vagues monstres. Ce jour-là, Gautier Garanx, tracté par son ami Julien Molia, a dévalé une Belharra d'anthologie mesurant 15 mètres (62 pieds). Cette performance a été validée par le jury du Billabong XXL Awards comme la plus grosse vague de l'année. Ce sont donc deux "Bayonnais, duo de purs amateurs", qui ont raflé le prix devant les professionnels sponsorisés de la tête aux pieds. Le 3 mai, à Los Angeles, ils étaient les "rois inconnus de la soirée de gala", une magnifique expérience et des souvenirs impérissables. Deux jours plus tard, ils étaient de retour au Pays basque, reprenant leurs professions respectives : Julien Molia retrouvant son cabinet de dentiste et Gautier Garanx son poste à Leroy Merlin.

Cette prouesse a eu un retentissement considérable. Les images sublimes de Belharra ont captivé l'attention des médias populaires, au-delà des cercles habituels du surf. France 2, par exemple, a tourné un documentaire de quarante minutes sur "la vie de deux surfeurs amateurs qui se préparent comme des pros pour les grosses vagues", diffusé dans l'émission "13h15, le samedi", de Laurent Delahousse. L'été suivant, en 2014, Gautier Garanx et Julien Molia eurent l'honneur d'ouvrir la folle semaine des Fêtes de Bayonne depuis le balcon, une expérience qu'ils ont qualifiée de "géant, un truc exceptionnel".

Lire aussi: Julien Piscine Gaillac : Détails et évaluation

En 2018, quatre ans après leur première distinction, le tandem récidive, cette fois avec une inversion des rôles. Gautier Garanx avait été sacré lors de la cérémonie des Big Wave Awards dans la catégorie "XXL Biggest Wave Award" pour sa vague surfée à Belharra le 22 décembre 2013. En 2018, c'est Julien qui apparaît dans les contributions des Big Wave Awards, en lice pour la même catégorie de la plus grosse vague surfée dans l'année. Cette vague du 4 janvier 2018 à Belharra place Julien aux côtés de géants du big wave surfing tels que Ross Clarke-Jones, Carlos Burle, Sebastian Steudtner ou encore Kai Lenny.

L'Évolution d'un Partenariat et la Conquête de Nouvelles Frontières

Depuis leur prix, le duo continue de s'entraîner dur pour être prêt le jour de houle maousse, "comme avant", remarque Gautier, mais avec quelques différences. "Des choses ont changé, pour nous, depuis le prix." Des marques spécialisées se sont associées à eux, leur fournissant du matériel. Surtout, des sponsors leur ouvrent de nouvelles perspectives, notamment l'opportunité de surfer de nouvelles vagues. "On a en projet de surfer deux nouvelles vagues. On est en train de travailler à la logistique. De tout préparer."

La première de ces cibles est "la vague des Esclaves", qui se lève au large, à cinq kilomètres de la côte, entre la grande plage de Biarritz et Bidart. Cette vague est potentiellement "plus grosse et plus creuse que Belharra", et les surfeurs attendent avec impatience une tempête propice. Déferler cette vague serait une première et nécessite une logistique renforcée. "À 5 kilomètres, tout est plus compliqué. Il faut un deuxième Jet-Ski pour la sécurité. Un bateau avec un médecin." Personne ne s'y est encore engagé car le résultat est jugé trop aléatoire au regard des moyens nécessaires. Leur distinction XXL a permis l'accès à ces moyens pour Gautier et Julien, leur offrant ainsi une autre exploration. Un second projet, encore tenu secret, les emmènera "plus loin encore au large".

Leur tandem continue de fonctionner "très bien", malgré les défis logistiques. "On compose beaucoup avec nos emplois du temps pour se rendre dispo en même temps sur les swells hivernaux", explique Gautier. Il ajoute que c'est "la chose la plus difficile pour nous", entre trouver un accord sur le choix du swell en fonction des prévisions météo - une science approximative - et "tout organiser dans nos vies pro pour pouvoir dire : OK, on va sur ce swell". Pour une excursion à Nazaré, cela signifie "900 km et tu croises les doigts durant les 10h de voiture". Julien confirme la solidité de leur collaboration : "Toujours aussi bien ! On a commencé ensemble, on en fait rarement avec un autre coéquipier car on a une réelle entente et confiance entre nous." Il souligne que la manière de piloter et de se placer sur les vagues est "vraiment propre à chaque équipage", et que dans les grosses conditions, ils sont "content et rassuré d'avoir des automatismes qui fonctionnent et qu'on améliore de session en session".

Sessions Mémorables et les Leçons Implacables de l'Océan

Chaque session de surf de grosses vagues est une histoire en soi, riche en adrénaline et en enseignements. Gautier se souvient particulièrement d'une session marquante à Belharra cet hiver-là où il a pu enfin lancer Julien sur une vague. Il confie être resté sur la frustration de n'avoir "pu lancer Julien sur une vague lors de la session XXL de décembre 2013". Cette fois, Julien a "ouvert le bal" et s'est jeté "direct dans l'eau" pour laisser les commandes du jet à Gautier. Après deux vagues de "chauffe", Gautier a lancé Julien pour sa troisième vague "sur un gros bowl à contre pic". Ils étaient "vraiment à l'intérieur au départ", et Gautier a "accéléré à fond pour le lancer à pleine vitesse dans la face de la vague". Quand Julien a lâché la corde, Gautier s'est dit que "ça allait être chaud mais faisable". Au final, Julien a eu "une bombe, surfée jusqu'en bas de vague, avec la mousse qui l'aura chassé durant tout le déferlement… Deep quoi !"

Lire aussi: Retour sur la performance de Nada Surf

Julien, de son côté, confirme cette session du 4 janvier à Belharra comme la dernière marquante, soulignant que les sessions de tow-in n'avaient pas été fréquentes cette année-là. Il évoque le stress habituel des prévisions météo incertaines et la complexité d'annuler une journée de travail pour rien. Il prend la décision de "bosser tôt le matin avant de se mettre à l'eau". En arrivant au port, Gautier est déjà là, et "pas mal d'équipages sont déjà partis". Ils se dépêchent de tout mettre à l'eau et se dirigent vers le pic, où il y a beaucoup de monde, y compris "tout le crew de Nazaré" qui a débarqué pour surfer Belharra. Il y avait "des gars à la rame au bord, des gars en tow-in au fond". Ils se placent "un peu plus à l'intérieur que les autres" et Julien se met à l'eau. Gautier, qui surveille le large, lui annonce une série et le lance : "On y va ! Je vais te lancer à contre pic !!!" Dans la tête de Julien, c'est l'incrédulité : "Il est barjot, on est à Belharra là, si je suis trop à l'intérieur je vais me faire dévorer par la mousse !!!" Mais il est trop tard, "on est déjà parti, pleine balle". Julien lâche la corde et se retrouve sur une "superbe vague, en effet bien à l'intérieur mais ça passe, avec la mousse qui vient me taper dans la planche plusieurs fois… Super ride". Gautier le récupère "nickel, grand sourire", et les félicitations fusent. Ils savent qu'ils ont "eu une très bonne" session, inversant les rôles de 2013 où Julien avait "explosé la seule planche lestée" qu'ils avaient et Gautier avait eu la bombe.

Cependant, le surf de gros n'est pas sans risques majeurs. Gautier ne peut oublier ce jour "XXL" où il a été rattrapé par la bête. La vague "casse en une mousse maousse", l'aspirant comme "une avalanche qui m'emporte". Vingt secondes sous l'eau, une "foutue éternité", avant d'émerger, "heureux" de respirer et de penser que "c'est fini". Mais ce n'est pas le cas. Julien n'a pas le temps de lui porter secours, car une autre vague arrive. Il la voit et s'aperçoit que Gautier est loin de sa planche. Julien doit "la contourner", sachant que Gautier "va devoir subir cette autre vague". Gautier se souvient de cette "deuxième vague, c'est horrible". La première, on l'a surfée, "focalisé sur ta trajectoire. Ton esprit est accaparé". La deuxième, "t'es à l'eau et c'est la plus grande de ta vie. Tu ne vois qu'elle. Tu n'as pas d'échappatoire. Tu sais que tu vas subir." Le gilet de sauvetage interdisant toute tentative de plongée, l'impact est inévitable, "comme si j'avais pris Roumieu ou Chisholm dans le buffet". Vingt autres secondes sous l'eau. Malgré leurs entraînements en apnée où ils peuvent tenir 1,45 minute, la réalité est différente : "Ça n'a rien à voir. Pas de stress en piscine. Pas plus d'effort préalable et encore moins de première Belharra sur le casque." Dans ces moments critiques, il faut "essayer de se relâcher au maximum, de rester le plus calme possible" et se laisser faire pour ne pas "gaspiller d'oxygène".

#

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *