Échos de Piano : Des Scènes Inattendues aux Voyages Océaniques, en passant par le Watersport de Jessica

Le monde de la musique, et plus particulièrement celui du piano, est souvent associé aux salles de concert feutrées et aux scènes classiques. Pourtant, l'histoire révèle que les mélodies des pianistes peuvent résonner dans les lieux les plus inattendus, portées par des artistes dont la passion transcende les conventions et les frontières. Qu'il s'agisse d'aventures maritimes audacieuses, de collaborations artistiques singulières ou d'apparitions surprenantes dans des récits contemporains, le piano et ses interprètes ne cessent de nous étonner par leur capacité à s'adapter et à créer l'émotion là où on ne l'attend pas. Cet article explore les parcours de plusieurs pianistes dont les histoires illustrent la diversité et l'ingéniosité avec lesquelles la musique peut s'inscrire dans des cadres véritablement uniques, transformant chaque lieu en une scène potentielle et chaque rencontre en un moment privilégié d'expression artistique.

Marieke Huysmans-Berthou : La Symphonie des Vagues et le Projet Pianocéan

L'image d'un piano à queue trônant sur le pont d'un voilier, bercé par le clapotis des vagues, relève presque de l'imaginaire poétique le plus audacieux. Pourtant, pour Marieke Huysmans-Berthou, cette vision est une réalité concrète et le cœur de son projet "Pianocéan". La pianiste et chanteuse a réalisé l’un de ses rêves : partir à la conquête de la mer, les doigts posés sur un piano. Des récitals de piano sur un bateau, ça ne se voit pas partout ! Elle est véritablement la pianiste des flots. Depuis 2015, elle navigue et joue, elle joue et navigue, dans ce qu'elle décrit comme l’accord parfait entre ses deux passions.

L'histoire de cette aventure extraordinaire a pris racine bien avant son grand départ. C’est à l'adolescence, originaire de Saint-Brieuc en Bretagne, dans les Côtes d’Armor, qu’elle a eu l’idée, et l’envie, de concilier deux passions : la musique et la navigation. Ou, comme elle le précise, « l’itinérance à la voile ». Elle raconte : « Je me suis d’abord professionnalisée dans la musique mais, en parallèle, je me formais à la navigation à l’école des Glénans. » Cette double formation a jeté les bases d'un projet de vie où l'art et l'exploration se rencontrent. Après sa formation de pianiste, puis de chant jazz, elle a poursuivi son chemin musical. Elle est même partie en Irlande pour jouer de l’accordéon dans la rue, et c'est là qu’elle s’est rendu compte qu’elle pouvait vivre de la musique. La jeune femme, qui a un voilier tatoué dans le cou, ne lâche pas l’affaire. Il lui faut un bateau. Dans son cou, on aperçoit d’ailleurs un petit bateau noir, qui ne la quittera plus jamais ; c'est un tatouage, l'encre l'habite.

En 2013, elle a franchi une étape décisive en acquérant le navire qui allait devenir sa scène flottante. Elle tombe sur la Lady Flow, à Lorient. Il s'agit d'un grand voilier, un Freedom 40, élégamment nommé Lady Flow. « Née » en 1983, cette belle de bois est ce qu’on appelle une goélette à mâts égaux. Marieke Huysmans-Berthou, de sa voix douce, raconte son acquisition : « J’ai débarqué avec mon mètre pour le mesurer et je l’ai acheté. » L'achat du bateau n'était que le début d'un long processus de transformation pour adapter ce navire à sa vocation unique. Pendant deux ans, elle a travaillé à sa rénovation et à sa transformation à Sète. Il a fallu transformer le bateau, notamment découper le pont arrière pour faire entrer le piano, la star, celui sans qui rien n’était possible. Elle explique en souriant : « Il a fallu faire un trou dans le pont arrière pour installer le piano et inventer un système d’ascenseur pour le hisser sur le pont. » Après un an et demi de travaux, le bateau était fin prêt pour l’aventure. Marieke Huysmans-Berthou a ainsi installé un piano sur son bateau « Lady Flow », marquant le début officiel de Pianocéan.

L'aventure à plusieurs a commencé dès le départ. En 2015, le grand départ a eu lieu pour une tournée en Méditerranée. « Au départ, j’ai embarqué avec ma meilleure amie, Anne-Lise, qui est photographe », se souvient Marieke. Anne-Lise, artiste, photographe, écrivaine, a partagé les premières années de cette épopée maritime. « C’était un projet en duo, au départ. On était toutes les deux enthousiasmées par cette aventure ! » nous dit Marieke. On a navigué ensemble pendant deux ou trois ans. Elles en ont eu des galères, car tout n’est pas rose sur la mer, mais leur collaboration a également donné naissance à un livre qui retrace le parcours de Marieke et de la photographe, Anne-Lise Le Pellec, qui a vécu sur Lady Flow, où elle a toujours sa bannette. Ce livre, intitulé "Pianocéan, chez Glénat, 192 pages, 25 €", témoigne des premières péripéties de leur voyage.

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Au fil de ses traversées, Marieke a fait des rencontres qui ont enrichi l'équipage de la Lady Flow. En 2015, Marieke croise la route de Sébastien Flamen, qui a rejoint l’aventure « Pianocéan ». Et voilà un matelot de plus ! Sébastien est devenu son compagnon, de route et de vie. Et celui-là lui donnera un fils, Arann, qui a trois ans aujourd’hui. Le chat Seabird a également rejoint l’équipage, complétant ainsi la famille des mers. L’équipage comprend désormais Marieke, son compagnon Sébastien, son fils Arann, et le chat Seabird.

Le projet « Pianocéan » continue sa traversée du monde, sans ciller. Au rythme d’une saison de navigation par an, la famille sillonne les mers, du Nord au Sud. Après la Méditerranée en 2015, la Bretagne, puis la baie de Saint-Brieuc, le bateau a exploré l’Irlande, l’Écosse, les Açores, les Canaries et désormais les Antilles. Saint-Malo constitue la dernière étape avant le tour du monde. Les marins prendront leur temps pour explorer chaque destination. Le programme inclut l’Irlande, l’Écosse, la Norvège, la traversée de l’Atlantique, le Canada, puis le Pacifique. Marieke glisse des projets futurs : « Après, ce sera le Canada. On jouera tout l’été en Nouvelle-Écosse et on termine à Saint-Pierre-et-Miquelon où on hivernera le bateau. L’été prochain, on fera une tournée sur le Saint-Laurent jusqu’à Montréal. Ensuite, ce sera le Groenland. » Marieke s'amuse à préciser : « Parce que je ne donne pas de concert dans le Nord en hiver. » Il est en effet difficile d’imaginer une session sur le pont dans le froid polaire de Norvège, par exemple, l'une des destinations du Lady Flow, le voilier qui porte Pianocéan.

Régulièrement, Marieke donne des concerts, et la magie opère. Debout sur le pont de son petit voilier, cheveux au vent, Marieke Huysmans Berthou offre une dernière douceur à son public. Micro en main, elle délaisse son piano pour entonner un dernier chant, a capella. Sa voix perce la nuit et, lorsqu’elle s’éteint, les spectateurs applaudissent à tout rompre. Ses doigts commencent à danser et sa voix les accompagne, avec justesse. Et cette voix n’a rien à envier à celles des sirènes de l’Odyssée ; cette voix nous porte bien au-delà des mers, dans un océan, vaste, de calme et de sérénité. On est bercé, transporté, propulsé là où l’on ne va jamais, où la voix de la mer se mêle à celle d’une humaine qui rêve éveillée.

Depuis le début de ses aventures, l’artiste a enregistré neuf albums. Marieke compose au fil de l’eau, et enregistre à bord, dans la cabine arrière, dans le studio qu’elle a elle-même confectionné dans son voilier ! Lors de certaines escales musicales plus longues que d’autres, des collaborations naissent avec des artistes locaux, comme en Guadeloupe, en février. « Chaque année, des aventures s’ajoutent, et ce sont tous ces liens qui font la beauté de ce voyage », assure Marieke. Et qui permettent d’offrir, dans chaque port, des moments de grâce aux spectateurs.

Les concerts de Marieke sont des événements très attendus. Des dizaines de personnes sont venues écouter l’artiste, le samedi 7 mais aussi le dimanche 8 mars, assis au bord du quai de l’hôtel de la Collectivité territoriale, pour assister à deux représentations exceptionnelles de la pianiste, compositrice, interprète, mais aussi navigatrice. Le dernier concert de Marieke a eu lieu il y a deux semaines, au port du Légué, où le bateau est actuellement amarré. Le prochain se fera au printemps, avant le grand départ de la Lady Flow pour le Grand Nord. « Ce sera important pour moi de dire au revoir à Saint-Brieuc avant de reprendre la barre. C’est mon port d’attache. » Le « Lady Flow » est actuellement amarré au port du Légué. Il faut qu’il se prépare pour son prochain grand voyage. Et un bateau de bois nécessite beaucoup d’entretien. Pendant ce temps, le petit Arann a trouvé le chemin de l’école. Il sera sur la terre ferme pour quelques mois avant de reprendre la mer avec son chat et ses parents. En ce samedi 14 et le lendemain, le dimanche 15 mars, c’est sur le front de mer de Marigot à Saint-Martin que Marieke Huysmans Berthou s’est produite. Elle a également joué quai Duguay-Trouin à 14 h, 16 h et 18 h pour des sessions de 30 minutes, offrant ainsi au public la chance d'apprécier sa musique unique.

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Dominique Ponty : L'Interprète Privilégiée entre Classique et Moondog

Au-delà des récits d'aventures maritimes, l'univers du piano est également marqué par des figures dont la carrière artistique a tissé des liens uniques entre différents courants musicaux et des personnalités exceptionnelles. C'est le cas de Dominique Ponty, une pianiste française dont l'œuvre et les collaborations ont laissé une empreinte durable. Connue pour son approche éclectique et son dévouement à des répertoires souvent exigeants, elle a su naviguer entre la rigueur de la musique classique et l'originalité des compositions contemporaines, marquant l'histoire de son instrument de sa virtuosité et de sa sensibilité.

Dominique Ponty, pianiste classique de formation, s'est distinguée comme une grande spécialiste des œuvres d'Olivier Messiaen. Son engagement envers ce compositeur exigeant témoignait de sa profondeur musicale et de sa capacité à explorer des paysages sonores complexes. Cependant, c'est peut-être sa collaboration avec Moondog qui a le plus fasciné le public et la critique. Son nom était intimement associé à Moondog, dont elle fut une interprète privilégiée. Musicienne aux multiples facettes, elle a découvert les œuvres de Moondog et a décidé de les adapter au piano. Elle lui a envoyé ses interprétations, ce qui a directement conduit l'artiste américain à la contacter. Les deux musiciens se sont rencontrés en Allemagne, marquant le début d'une collaboration fructueuse et profonde. À partir de ce moment, elle sera l'interprète privilégiée de Moondog avec qui elle formera le duo DMD pour Dominique Moondog Duet. Elle fut la dernière musicienne à avoir joué avec Moondog, une expérience qu'elle a souvent partagée et qui témoigne de l'intimité de leur partenariat artistique.

Outre ses activités de concertiste et d'interprète, Dominique Ponty était également une pédagogue passionnée. Elle était enseignante au Conservatoire d'Évreux où elle faisait travailler ses élèves notamment sur les œuvres de Bach et de Messiaen. Ce rôle lui a permis de transmettre sa vaste connaissance et son amour de la musique aux générations futures, formant ainsi de nombreux jeunes talents à la richesse du répertoire pianistique.

La carrière de Dominique Ponty a été jalonnée de nombreuses collaborations et d'enregistrements significatifs. Elle a travaillé avec le trio Dora Lou, un ensemble composé de Cyrille Lefebvre, à la guitare hawaïenne, et d'Annick Hémon au chant. Les trois musiciens interprétaient des œuvres aussi diverses que celles de Francis Poulenc, Charles Ives, Erik Satie, ou encore Joseph Racaille, tout en empruntant des textes de Robert Desnos ou de Jules Supervielle. La pianiste avait participé à de nombreux enregistrements avec Moondog, dont Piano Trimba, avec le trio Dora Lou, notamment pour l'album Répertoire Demi-Mondain, et avec l'Ensemble Minisym, fondé par Amaury Cornut, un autre spécialiste de Moondog. Parallèlement, elle continuait d'explorer des répertoires plus classiques avec Messiaen, démontrant sa polyvalence et sa capacité à exceller dans des styles variés.

La vie personnelle de Dominique Ponty a également été liée à l'univers musical. Elle avait d'abord épousé Georges Alirol, flûtiste à l'orchestre de Paris. Elle s'était ensuite remariée avec Francis Falceto, musicographe, spécialiste de la musique éthiopienne et producteur de musique. Ces unions reflètent une vie profondément ancrée dans l'art et la culture musicale sous toutes ses formes. Sa disparition, le 6 décembre dernier à l'âge de 68 ans, a marqué la fin d'une carrière riche et dédiée à la musique, laissant derrière elle un héritage d'interprétations mémorables et de collaborations fructueuses.

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