L'aviron est un sport qui peut se révéler très cruel, une discipline où chaque détail, qu'il s'agisse de la préparation physique, de la technique de rame ou même d'éléments imprévisibles, peut faire basculer le résultat d'une course. Pour les athlètes de haut niveau comme Jeanne Roche, le défi consiste à naviguer entre ces aléas compétitifs et une organisation de vie extrêmement rigoureuse. Jeanne Roche, née le 18 juin 2003, incarne cette génération de rameuses qui cherchent à concilier l'excellence sur l'eau et une trajectoire professionnelle ambitieuse.
L'ascension fulgurante vers l'élite internationale
Jeanne Roche est un pur produit du Cercle de l'aviron de Marseille (CAM), club au sein duquel elle évolue depuis plus de dix ans. Son ascension sur la scène internationale témoigne d'une progression constante. Membre du pôle Espoir Sud-PACA durant ses années juniors, elle a rapidement brillé, notamment avec un titre de vice-championne du monde en 2x junior en 2021 et une 5ème place en 2x U23 en 2022.
Le basculement vers le très haut niveau s'est opéré plus tôt que prévu. En avril, lors des championnats de France, sa 4e place en skiff l'a propulsée directement dans le groupe Élite. Elle s'est ainsi retrouvée à disputer les championnats du monde Élite à Belgrade en 2023, en lice sur le quatre de couple aux côtés de Violaine Aernoudts, Hélène Lefebvre et Audrey Feutrie. "Je ne l'avais pas prévu, confirme-t-elle. Le résultat aux 'France' était très bon, ça m'a propulsée. C'était une belle surprise. J'ai dû me fondre dans un groupe qui a les Jeux de Paris en tête depuis la fin de ceux de Tokyo, alors que moi je n'y pensais pas !"
Les aléas de la compétition : une discipline exigeante
La réalité de l'aviron de compétition réserve parfois des scénarios frustrants. Lors des Championnats du monde U23 à Poznan, en Pologne, Jeanne Roche et sa partenaire Milla Massemin ont vécu une expérience marquante. Alors qu’elles avaient fait jusqu’ici très belle impression, et même parfaitement négocié leur premier « 1.000 », les deux jeunes femmes, troisièmes à mi-parcours et bien parties pour disputer un podium, ont pris un gros coup sur la coque en finale du deux de couple.
Freinées selon toute vraisemblance par des algues, les deux jeunes femmes ont finalement conclu leur effort, bonnes dernières, très loin de la tête de course et d’un bateau grec qui était le seul à les avoir dominées jusqu’ici. Une situation forcément rageante pour des athlètes ayant investi autant d'énergie dans leur préparation. Toutefois, cet événement souligne la résilience nécessaire dans ce sport. Qualifiées également pour la finale du huit, Milla Massemin et Jeanne Roche ont su se remobiliser pour tenter de prendre leur revanche, démontrant que la capacité à rebondir après un échec est un trait fondamental de l'athlète de haut niveau.
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Le défi du double projet : concilier études et sport
Au-delà des bassins, comment parvenir à atteindre ses objectifs, tant sur le plan scolaire, avec des perspectives d’études supérieures, que sur le plan sportif ? C’est une question centrale que se pose chaque sportif de haut niveau, en particulier dans des sports qui ne sont pas professionnalisés comme l'aviron. Le double projet s’articule dans une dynamique d’équilibre entre le projet sportif et professionnel d’un athlète. Il nécessite la mise en place d’aménagements particuliers dans le quotidien, ainsi qu’une gestion minutée de son temps pour permettre de jongler entre cours, entraînements, compétitions et temps libre.
Pour Jeanne Roche, cette organisation est devenue une seconde nature. Étudiante à l’INSA (Institut national des sciences appliquées, école d’ingénieur) de Lyon et membre de la Section Sport de Haut-Niveau, elle bénéficie d'un environnement structuré. "Je n’ai pas bénéficié d’un accompagnement particulier au lycée, j’allais donc en cours de 8h à 17h30, ce qui me laissait seulement le mercredi après-midi ou le weekend pour faire des sorties sur l’eau. Durant la semaine, je m’entrainais en salle. Cela ne m’a pas porté préjudice, car l’aviron est un sport à maturité tardive, néanmoins cela n’est pas le cas de tous les sports."
La gestion quotidienne de la performance
Après le bac, il était important pour Jeanne d’entreprendre des études ambitieuses. Le programme de sportif de haut niveau à l’INSA lui permet de rendre compatible son intérêt pour l’ingénierie et les sciences avec sa carrière sportive. L’INSA donne la possibilité aux sportifs de haut niveau de réaliser leur formation d’ingénieur en plus de 5 ans, avec la mise en place d’horaires aménagés.
La journée type de l'athlète témoigne d'une discipline quasi militaire. "Lors d’une journée type, je me lève à 6h45, pour être sur l’eau à 7h45 et réaliser ma première séance d’entrainement de 20km en skiff. Je me rends ensuite à l’INSA où j’ai cours de 10h à 12h. Après mon déjeuner, je fais une micro-sieste avant de retourner en cours jusqu’à 16h, voir 18h. Après cela je fais une séance de musculation au Pôle ou dans la salle de musculation de l’INSA réservée aux sportifs de haut niveau."
Mener deux projets simultanément présente cependant des avantages insoupçonnés. Selon Jeanne, lors de semaines de partiels, l’aviron représente une échappatoire et un moyen de se vider la tête, tandis que lors des stages de préparation, les études permettent de s’évader et de penser à autre chose.
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Les structures et le cadre du sport de haut niveau
En France, le statut de sportif de haut niveau, conféré par l’inscription sur Liste Ministérielle, donne théoriquement le droit aux athlètes de bénéficier d’aménagements horaires. Dans les faits, et notamment depuis la réforme du bac, la gestion des emplois du temps des lycéens est devenue un casse-tête pour les chefs d’établissement, rendant ce droit souvent difficile à appliquer.
En région Sud-PACA, les meilleurs rameurs lycéens sont tous rattachés au pôle Espoir. Néanmoins, les chefs d’établissement ne sont que partiellement en mesure d'offrir une flexibilité totale. Dans le meilleur des cas, les rameurs intègrent des classes sport spécifiques. Sur la période du lycée, c’est donc bien souvent l’organisation personnelle du rameur qui permet de mener le double projet. Une fois le bac en poche, les rameurs reconnus de Haut Niveau peuvent prétendre à intégrer un pôle Senior, comme à Nantes, Toulouse, Lyon, Nancy ou Paris, pour poursuivre leurs études supérieures.
Cependant, le choix des études reste crucial. Certains cursus, comme la médecine, ne permettent aucun aménagement. C’est alors au rameur de prendre une décision réfléchie, allant parfois jusqu'à l'expatriation pour trouver une filière compatible, comme ce fut le cas pour d'autres athlètes de sa génération ayant choisi des voies internationales.
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