L'Iran, un pays dont l'histoire fascinante et la culture riche attirent de nombreux voyageurs, est officiellement déconseillé aux ressortissants français depuis janvier 2020 en raison de risques liés à la « diplomatie des otages » de la République islamique. Malgré cela, des citoyens français continuent de s'y rendre, bravant les dangers potentiels. Cet article se penche sur les obligations et les risques encourus par les touristes en Iran, en s'appuyant sur des témoignages et des informations récentes.
Risques et avertissements
Le Quai d'Orsay considère l'Iran comme une zone à risque élevé pour les ressortissants français, notamment en raison de la menace de détention arbitraire. Plusieurs Français, dont Cécile Kohler, Jacques Paris et Lennart Monterlos, ont été arrêtés et emprisonnés en Iran ces dernières années.
En raison de la menace d'actes terroristes sur le territoire iranien, l'ensemble du pays est classé en rouge sur la carte des conseils aux voyageurs. Il est donc formellement déconseillé aux ressortissants français, y compris binationaux, de se rendre en Iran, quel qu'en soit le motif. Les ressortissants français de passage en Iran sont invités à quitter le pays dans les plus brefs délais compte tenu des risques de détention arbitraire auxquels ils s’exposent. Tout visiteur français, y compris binational, s’expose à un risque élevé d’arrestation, de détention arbitraire et de jugement inéquitable. Ce risque concerne également les personnes effectuant une simple visite touristique ou se rendant dans une famille iranienne. Dans ce contexte, et à fortiori avec la montée des tensions au Proche Orient, la capacité de l’ambassade de France à Téhéran à assurer la protection consulaire des ressortissants arrêtés ou détenus en Iran est très contrainte : information irrégulière de l’ambassade de France quant à l’arrestation ou à la détention d’un citoyen français ou binational, visites consulaires rares et aléatoires, contacts avec les personnes détenues ou avec leur famille très limités. S’agissant de l’Iran, le pays est la cible d’actes terroristes sur son territoire de la part d’organisations ayant prouvé leur capacité d’action et leur détermination à poursuivre leurs attaques. Comme l’a montré l’attentat du 3 janvier 2024 à Kerman perpétré par l’ISKP (Daech-Khorassan), ce terrorisme peut être indiscriminé et cibler de manière aveugle des lieux de rassemblement, y compris fréquentés par des étrangers.
Malgré ces avertissements, certains voyageurs français continuent de se rendre en Iran, souvent par conviction personnelle ou en raison de liens affectifs avec le pays.
Raisons de voyager en Iran malgré les risques
Plusieurs raisons motivent les voyageurs à visiter l'Iran malgré les risques soulignés par les autorités :
Lire aussi: Le voile islamique en Iran : un aperçu
- Attrait culturel et historique : L'Iran est un pays riche en histoire et en culture, avec des sites fascinants tels que Persépolis, Ispahan et Chiraz.
- Hospitalité iranienne : De nombreux voyageurs témoignent de l'accueil chaleureux et de la générosité des Iraniens, qui sont souvent désireux de partager leur culture et leur quotidien avec les visiteurs.
- Sentiment de sécurité : Certains touristes affirment se sentir en sécurité en Iran et ne pas avoir peur de se faire arrêter, comme Sophie, 27 ans, qui a passé cinq semaines dans le pays et se dit « toujours sentie en sécurité ».
- Minimisation des risques : Certains voyageurs prennent des précautions pour réduire les risques, comme demander un visa avec un passeport d'une autre nationalité ou éviter de parler politique en public.
Obligations et code vestimentaire
L'Iran impose un code vestimentaire strict, en particulier pour les femmes. Il est obligatoire pour les femmes de se couvrir les cheveux dans les lieux publics avec un foulard (hijab) et de porter des vêtements longs et amples qui dissimulent les formes du corps. Les hommes doivent porter des pantalons longs.
Il est rappelé aux voyageurs qui souhaitent se rendre en Afghanistan, au Pakistan ou en Irak depuis l’Iran que les déplacements dans ces pays sont formellement déconseillés. Le risque en matière de sécurité, et notamment d’enlèvement, y est très important. Il est fortement recommandé d’entamer les formalités d’obtention du visa plusieurs semaines à l’avance auprès de l’ambassade d’Iran à Paris. Les services consulaires iraniens prennent les empreintes digitales de tous les ressortissants français qui sollicitent un visa pour l’Iran. La durée de validité des visas de tourisme ou d’affaires ne dépasse pas un mois. Bien noter que la police aux frontières empêche le contrevenant de quitter le territoire iranien si le temps de séjour autorisé est dépassé. Les autorités iraniennes permettent aux ressortissants de certains pays, dont la France, d’obtenir un visa à leur arrivée dans certains des aéroports du pays. Cette disposition concerne des visas de court séjour (30 jours, 75 €) pour des déplacements privés. Elle nécessite un pré-enregistrement en ligne et l’impression du justificatif de cet enregistrement, pour présentation à l’arrivée. Il est interdit d’importer de l’alcool en Iran. Il est également interdit d’exporter sans autorisation des antiquités ou des tapis anciens. Un séjour à l’étranger implique pour tout voyageur de prendre certaines précautions en matière de santé.
Bien que ces règles puissent sembler contraignantes, de nombreux voyageurs s'adaptent et considèrent que ces restrictions vestimentaires font partie de l'expérience de voyage en Iran.
Répression et contrôle social
Le gouvernement iranien exerce un contrôle strict sur la société, notamment en matière de mœurs et de libertés individuelles. Depuis avril 2023, une nouvelle campagne de répression contre les femmes non voilées fait rage en Iran. Les autorités redoublent de méthodes oppressives pour contrôler et punir les femmes et les jeunes filles. Des femmes sont arrêtées, menacées et sanctionnées pour ne pas respecter le port obligatoire du voile.
Le Parlement iranien a adopté un projet de loi "visant à soutenir la culture de la chasteté et du hijab", qui imposerait des sanctions encore plus dures en cas de non-respect de la législation du port obligatoire du voile.
Lire aussi: Iran : Voile et contestation
La police des mœurs est de retour dans les rues, patrouillant pour imposer le port obligatoire du voile. Des vidéos circulent sur les réseaux sociaux montrant les forces de sécurité en train d'agresser violemment des femmes.
Les autorités utilisent des technologies de surveillance de masse pour identifier les femmes qui ne portent pas le voile dans leur voiture ou dans des lieux publics. Des SMS d'avertissement sont envoyés, des voitures sont confisquées et des femmes sont déférées devant la justice.
Les femmes se voient régulièrement refuser l’accès aux transports publics, aux aéroports et aux services bancaires si elles ne portent pas de voile.
Prise de conscience et témoignages
Des voyageurs ayant visité l'Iran expriment une prise de conscience tardive des risques encourus et reconnaissent la naïveté de penser qu'il est possible de se protéger complètement en adoptant un comportement prudent.
Aymeric, 25 ans, qui a voyagé à vélo en Iran, admet qu'il était naïf de penser qu'il était bien renseigné sur le pays et qu'il pouvait éviter les problèmes en prenant des précautions. Il ne referait pas ce voyage aujourd'hui.
Lire aussi: Iran: L'évolution du voile obligatoire
D'autres voyageurs, comme Ingrid, continuent de se rendre en Iran malgré les avertissements, estimant ne pas avoir le profil pour se faire arrêter et prenant des précautions comme signaler tous les hôtels où ils descendent et porter le voile.
Recommandations
Compte tenu des risques élevés de détention arbitraire et de la situation politique tendue en Iran, il est fortement recommandé aux ressortissants français de ne pas se rendre dans ce pays.
Pour ceux qui choisissent de voyager en Iran malgré les avertissements, il est essentiel de :
- S'informer des risques et des lois locales.
- Respecter le code vestimentaire et les coutumes locales.
- Éviter de parler politique en public.
- Limiter l'utilisation de téléphones et de caméras.
- Ne pas s'exposer sur les réseaux sociaux.
- Informer l'ambassade de France de leur présence en Iran.