Voile Obligatoire en Iran : Entre Répression et Résistance

Depuis la révolution islamique de 1979, le port du voile est obligatoire en Iran. Cette obligation a toujours été une source de tension entre le gouvernement et une partie de la population, en particulier les femmes. Ces dernières années, la contestation de cette loi s'est intensifiée, donnant lieu à une répression accrue de la part des autorités.

Contexte Historique : De l'Ouverture à la Répression

En mars 1979, à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, des dizaines de milliers de femmes ont manifesté à Téhéran pour défendre leurs libertés fondamentales, quelques semaines après le renversement du chah d'Iran par la révolution islamique. L'ayatollah Khomeyni, devenu l'homme fort du pays, avait initialement tenu des discours rassurants sur les droits des femmes, affirmant qu'elles seraient « complètement libres ». Cependant, dès le 7 mars 1979, il a annoncé son intention d'imposer le foulard islamique dans les lieux publics.

Une fois la République islamique proclamée, le voile islamique est devenu obligatoire pour toutes les Iraniennes dès l'âge de 9 ans. En 1983, le Code pénal prévoyait jusqu'à 74 coups de fouet pour les contrevenantes. En 2005, une « police des mœurs » a été mise en place pour veiller au respect de la loi islamique.

Durcissement de la Législation et Répression Accrue

Deux ans après la mort de Mahsa Amini, arrêtée en septembre 2022 par la police des mœurs pour port non conforme du voile, les autorités iraniennes ont adopté une nouvelle loi sur le port obligatoire du voile, prévoyant notamment la peine de mort en cas de non-respect de la législation.

Cette loi, intitulée "Protection de la famille par la promotion de la culture de la chasteté et du hijab", vise à sanctionner "la nudité, l’indécence, le dévoilement et la mauvaise tenue vestimentaire". L'article 50 définit le dévoilement comme "le fait pour les femmes et les filles de ne pas couvrir leur tête avec un hijab, un tchador ou un foulard".

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Plus précisément, celles qui promeuvent ou propagent "la nudité, de l’indécence, du dévoilement ou de la mauvaise tenue vestimentaire" auprès d'entités étrangères, y compris les médias internationaux et les organisations de la société civile, pourraient être condamnés jusqu'à 10 ans de prison et à une amende pouvant atteindre jusqu'à 12.000 dollars (soit 15.000 euros).

Plus alarmant, celles dont la conduite est considérée par les autorités comme constituant une "corruption sur terre", pourraient être condamnées à mort en vertu de l’article 286 du Code pénal islamique. Selon Amnesty International, cette disposition légale signifierait que les femmes et les jeunes filles envoyant des vidéos d'elles-mêmes non voilées à des médias en dehors de l'Iran ou "s'engageant de toute autre manière dans un activisme pacifique" pourraient être condamnées à la peine de mort.

Pour asseoir sa répression, les autorités iraniennes offrent en retour l'immunité à tout citoyen souhaitant accomplir son "devoir religieux" et imposer le port obligatoire du voile aux femmes. A contrario, toute personne intervenant ou tentant de mettre un terme à l’arrestation ou au harcèlement de femmes et de filles défiant le port obligatoire du voile pourrait elle-même être emprisonnée ou condamnée à une amende en vertu de l’article 60 de la nouvelle loi.

Depuis près de 6 mois, les autorités iraniennes ont renforcé la répression des femmes qui ne portent pas le voile (ou le portent de manière inappropriée) dans les lieux publics en mettant en place une surveillance généralisée des femmes et des filles dans l’espace public et en procédant à des contrôles de police massifs, ciblant notamment les femmes qui conduisent.

Les Méthodes de Répression

La police des mœurs iranienne (Gasht-e Ershad) est une sous-branche des forces de police du pays mise en place en 2005. Elle patrouille dans les rues iraniennes et agit au nom de la défense des « bonnes mœurs ». C’est cette même unité qui a arrêté Mahsa Amini pour « port du voile non conforme à la loi ».

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Les autorités utilisent divers moyens pour faire respecter le port du voile :

  • Surveillance généralisée : Mise en place de caméras de surveillance et utilisation d'agents en civil pour identifier les femmes ne portant pas correctement le hijab. L'application "Nazer" est utilisée pour identifier les femmes dans leur voiture qui ne portent pas correctement leur hijab.
  • Saisie de véhicules : Des centaines de milliers de véhicules ont été saisis arbitrairement parce que les conductrices ou les passagères ne portaient pas de foulard ou le portaient de manière « inappropriée ». Les femmes visées reçoivent des menaces par SMS ou appel téléphonique, leur enjoignant de se présenter à la police des mœurs et de remettre leur véhicule.
  • Refus d'accès aux services : Les femmes se voient régulièrement refuser l’accès aux transports publics, aux aéroports et aux services bancaires si elles ne portent pas de voile.
  • Poursuites judiciaires : Des femmes sont poursuivies en justice uniquement parce qu’elles ne portaient pas le voile, portaient un hijab « inapproprié » ou un chapeau. Elles sont parfois contraintes de participer à des cours de « moralité ».
  • Violences et humiliations : Des témoignages font état d'arrestations arbitraires, de violences physiques et verbales, et d'humiliations publiques.

Résistance et Contestation

Malgré la répression, de nombreuses Iraniennes continuent de contester l'obligation du port du voile. Cette résistance prend différentes formes :

  • Désobéissance civile : De nombreuses femmes choisissent de ne pas porter le voile en public, en particulier dans les quartiers aisés de Téhéran.
  • Militantisme : Des femmes envoient des vidéos d'elles sans voile à des médias étrangers et s'engagent dans un activisme pacifique contre le port obligatoire du voile.
  • Expression artistique : Des artistes utilisent leur art pour dénoncer la répression et défendre la liberté des femmes.
  • Mouvement "Femme, Vie, Liberté" : Ce mouvement de contestation, déclenché par la mort de Mahsa Amini, a mis en lumière la question du port obligatoire du voile et a renforcé la détermination des femmes iraniennes à lutter pour leurs droits.

Selon Narges, depuis la révolution "Femme, Vie, Liberté", elle ne portait pas de hijab 99 % du temps, considérant cela comme une forme de résistance.

Golnar, une lycéenne de 17 ans, a été provisoirement suspendue de son école après qu’une caméra de vidéosurveillance l’a filmée non voilée dans une salle de classe. Elle a déclaré : « Nous ne sommes pas comme la République islamique. Si notre société était libre, nous aimerions que le port du voile ne soit pas obligatoire et que l'État soit laïque. »

Réactions Internationales

La répression des femmes en Iran et la nouvelle loi sur le port obligatoire du voile ont suscité de vives réactions de la part de la communauté internationale. Des organisations de défense des droits de l'homme, comme Amnesty International, ont condamné cette loi et ont appelé les autorités iraniennes à la retirer. Des gouvernements et des parlementaires de plusieurs pays ont également exprimé leur préoccupation face à la situation en Iran et ont appelé à la fin de la répression.

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Suspension (Temporaire ?) de la Loi

Une nouvelle loi des autorités iraniennes, qui devait entrer en vigueur le 13 décembre et qui depuis aurait été suspendue, intensifie l’oppression des femmes et des filles en Iran : peine de mort, flagellations, prison…

Le vice-président chargé des affaires parlementaires a annoncé qu’un nouveau projet de loi modifié serait présenté, ce qui peut prendre plusieurs mois. Le président modéré Massoud Pezeshkian a décidé, avec le Conseil national de la sécurité iranien, de la non-promulgation de la loi sur «la promotion de la culture de la chasteté et du hijab», selon la BBC et RFI. Un certain flou planait autour de cette dernière, qui devait être promulguée le 13 décembre après avoir été approuvée par le Parlement.

Cependant, cette suspension n'est absolument pas le signe d'une amélioration des droits des femmes et des filles en Iran qui continuent de faire l'objet de violations généralisées et systématiques pour avoir milité contre le port obligatoire du voile.

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