Le Zef est un petit voilier dériveur de 3m70, conçu dans les années 60, qui incarne une certaine philosophie de la navigation. Pas rapide au sens moderne du terme, mais extrêmement polyvalent, il se définit par sa capacité à offrir une expérience de liberté pure. C’est un voilier, il a même un spi, mais c'est aussi une embarcation sur laquelle on peut ramer. Plus qu’un simple objet de navigation, le Zef est un morceau d’enfance, la nostalgie d’une époque bénie, celle des bords de mers et de rivières entre copains et des vacances en famille.
Genèse d'une icône de la plaisance française
Le Zef a été dessiné par l'architecte naval Michel Nivelt en 1962, bien que certaines sources mentionnent également Michel Bigoin. Ce dériveur, introduit cette même année, a été parmi les premiers à avoir démocratisé la voile de loisir en France. Construit par les ateliers La Prairie à L'Isle-d'Espagnac, en Charente, spécialisés dans la fabrication de matériel de camping, il a connu un succès phénoménal. On estime qu'entre 15 000 et 17 000 exemplaires ont été produits.
C’était l’âge d’or du dériveur et l’architecte Nivelt avait flairé ce vent de légèreté, une brise fraîche pour porter son Zef. Le Zef possède un petit frère : le Zef Junior, avec l'avant non ponté, un modèle plus rare de 3,20 m destiné aux écoles de voiles. Ce dériveur tout en rondeurs et très robuste est très simple à gréer. Sa voilure est composée d'un foc de petite taille et d'une grand-voile lattée importante sur laquelle figure un Z caractéristique.
Fiche technique et architecture
Le Zef se distingue par sa simplicité. Avec une longueur de coque de 3,67 m et une largeur de 1,55 m, il offre un comportement marin rassurant. Son tirant d'eau varie de 0,12 m à 0,75 m, ce qui lui permet d'explorer des zones inaccessibles aux unités plus profondes. Sa construction en polyester monolithique, avec un appendice de type "dinghy", lui confère une solidité à toute épreuve pour un déplacement lège de 91 kg.
Pensé pour les eaux intérieures, les rivières et les baies abritées, le Zef a été conçu comme un bateau à tout faire. Sa coque ventrue et stable, son foc et sa grand-voile en font une plateforme idéale pour les navigateurs débutants comme pour les plaisanciers à la recherche d'un support simple. Il s'utilise aussi bien à la voile qu'à l'aviron, et peut même être équipé d'un moteur hors-bord pour partir à la pêche.
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Une philosophie du temps perdu
Le lien entre le Zef et son utilisateur dépasse la simple pratique sportive. Jacques Sternberg, l'écrivain de science-fiction, était un inconditionnel du Zef et du Solex. Pour goûter à cette douceur, il faut savoir remplir certaines conditions : avoir en soi un inaltérable mépris de la vitesse et du record, savoir comment remettre à plus tard n'importe quel rendez-vous, préférer le vent aux courants d'air et le soleil à la chaleur des radiateurs, n'entretenir qu'un minimum d'ambition sociale, posséder au plus haut point l'art de faire passer le plaisir avant l'efficience et aussi celui de pouvoir à n'importe quel moment remettre les choses au lendemain.
Le Zef n'est pas fait pour gagner du temps, mais pour en perdre avec infiniment de douceur. Cette approche, bien loin de la course au large, est partagée par les passionnés d'aujourd'hui, qui voient en lui un bateau avec une âme, une invitation à la contemplation et à l'aventure réduite à sa plus simple et pure expression.
L'expérience de la navigation en solitaire
Naviguer en Zef, c’est accepter de composer avec les éléments. Lors d'une traversée, par exemple entre la rade de Brest et les abers, le marin doit se préparer minutieusement. Prévoir de bloquer la barre est crucial en solitaire, tout comme organiser un système de couchage à bord pour les bivouacs. Le Zef se prête admirablement à ces explorations côtières.
Cependant, le Zef impose l'humilité. Lorsque le courant monte, il faut savoir tirer des bords de près, parfois laborieusement. Si le vent faiblit et que la houle devient déferlante, la navigation devient une lutte. Le Zef exige alors de "barrer fin". La gestion des avaries, comme une dame de nage qui casse, force à l'improvisation - une sangle passant dans le trou de la dame de nage permet souvent de retrouver une efficacité relative.
Ces moments de doute, loin de dégoûter le pratiquant, font partie intégrante de l'aventure. Il y a un plaisir immense à se laisser porter par le courant, à slalomer entre les roches à la rame, ou à remonter un aber sous un léger vent d'ouest. La magie opère lorsque le bruit artificiel disparaît pour laisser place au chant des oiseaux et au calme absolu des estuaires.
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Le Zef dans la baie de Morlaix et au-delà
La navigation dans la baie de Morlaix avec un Zef est une expérience sensorielle. Passer le château du Taureau ou l'île Louët en dériveur, alors que le vent monte progressivement à force 4, est une récompense pour le marin. Même au largue, bien que le Zef ne plane pas comme les dériveurs plus modernes, le plaisir est réel.
L'usage d'une combinaison sèche transforme la navigation, rendant la sortie possible même par temps gris ou pluvieux. Le Zef devient alors un compagnon de route capable de traverser des zones agitées, comme le chenal entre Roscoff et l'île de Batz, où le courant peut lever une mer hachée. La gestion du spi est une étape de maîtrise : une fois bien réglé, la vitesse peut doubler, procurant une sensation de griserie rare.
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