Le retrait du voile par des influenceuses est un sujet complexe qui suscite de nombreuses réactions et interrogations. Il est important d'examiner ce phénomène sous différents angles, en tenant compte des motivations des influenceuses, des réactions de leurs communautés et des enjeux sociétaux plus larges.
Parcours personnels et choix individuels
Plusieurs influenceuses ont récemment fait le choix de ne plus porter le voile, motivant leur décision par des raisons personnelles. Mennel, révélée par l'émission The Voice en 2018, a expliqué avoir perçu le voile davantage comme une identité que comme un signe religieux. Elle a pris conscience de l'impact de son port du voile à la télévision et des réactions parfois extrêmes qu'il suscitait.
Amena Khan, ancienne égérie de L'Oréal, a également partagé sa décision de retirer le voile, expliquant qu'elle ne voulait plus incarner une personne qu'elle n'était plus. Ces témoignages mettent en lumière la dimension personnelle et identitaire du port du voile, ainsi que le droit de chaque femme à faire ses propres choix en matière vestimentaire.
Mennel prépare pour 2021 un album baptisé Heal (guérir). "Il se structure selon les phases du deuil : la colère, le déni, l’acceptation, etc. Pour finir avec la liberté retrouvée", explique celle qui aura également essuyé un divorce ces derniers mois. À la suite de The Voice, elle a épouse un musulman américain. Elle s’installe avec lui dans le Colorado avant de divorcer. "Il ne voulait pas que je fasse de musique" , se souvient-elle. Un parcours qu’elle ne regrette pas.
Réactions et pressions communautaires
Le retrait du voile par des influenceuses suscite souvent des réactions vives, parfois virulentes, de la part de leurs communautés. Amena Khan a ainsi été confrontée à des critiques acerbes et des menaces après avoir annoncé sa décision. Certains internautes lui ont reproché d'avoir "fait de l'argent au nom du hijab" et d'avoir trahi les valeurs de l'islam. Ces réactions témoignent des pressions sociales et religieuses auxquelles peuvent être confrontées les femmes qui choisissent de ne plus porter le voile.
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"Ce jour-là, j’ai perdu 13 000 abonnés d’un coup. Je me suis rendu compte du fanatisme, de la sexualisation de la famille, aussi, car ça dépasse la religion. Il y avait des gens qui me suivaient sur les réseaux sociaux pour une image : j’étais le reflet de leur propre guerre" , révèle celle qui n’avait pas conscience lors de son passage dans The Voice que porter le voile à la télévision allait provoquer autant de remous. "Pour moi, c’était juste mon accoutrement. Même pas un signe religieux, mais une identité. Je n’étais pas en train de dire : ‘Allô, regardez-moi, je suis musulmane'".
L’essayiste et écrivain Waleed Al-husseini a d’ailleurs dénoncé ce déferlement de haine : « Amena Khan, mannequin voilée qui avait été choisie par L’Oréal pour une campagne de pub a décidé d’enlever son voile. Elle subit menaces et insultes. »
Enjeux sociétaux et débats sur la laïcité
Le débat autour du port du voile s'inscrit dans un contexte plus large de tensions identitaires et de questionnements sur la place de l'islam dans la société française. Certains considèrent le voile comme un symbole d'oppression et de repli communautaire, tandis que d'autres le perçoivent comme une expression de la liberté religieuse et de l'identité culturelle.
L'affaire Léna Situations, du nom de l’influenceuse aux millions d’abonnés Léna Situations qui défilait sur le tapis rouge du Festival de Cannes, illustre les polémiques que peut susciter le port de vêtements longs et couvrants. Une cadre du parti Renaissance s’en est prise à la tenue vestimentaire de la jeune femme sur le réseau social X, faisant référence au rapport sur l’entrisme des Frères musulmans diffusé le jour-même.« L’entrisme passe d’abord par les codes vestimentaires, c’est pourquoi l’imposer à des fillettes, c’est le fondement d’infiltration de nos sociétés », écrit ainsi Deborah Abisror-De Liem, secrétaire général du groupe Ensemble pour la République (coalition soutenant Emmanuel Macron) à l’Assemblée nationale. Elle accompagne son texte avec une photo de la tenue Lena Situations, soit une longue robe couvrante assortie à un couvre-chef. « Nos mères se sont battues pour que nos jupes puissent être courtes », conclut la cadre du parti présidentiel.Ce message a très vite suscité l’indignation, notamment à gauche de l’échiquier politique. « Léna Situations choisit sa robe, vous, vous imposez vos fantasmes sur les musulmans », regrette par exemple François Ruffin sur son compte X. « Le vrai danger pour les libertés, c’est pas la longueur des jupes. C’est la petitesse des esprits. Que le Président retrouve ses esprits et recadre ses troupes », lance également l’élu.
Ces tensions se cristallisent parfois autour de l'application du principe de laïcité, notamment dans les établissements scolaires. Les incidents liés au port du voile dans les écoles, tels que les altercations entre élèves et enseignants, témoignent des difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de ce principe.
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Influence et responsabilité des personnalités publiques
Les influenceuses, en tant que personnalités publiques suivies par des millions de personnes, ont un rôle important à jouer dans le débat sur le port du voile. Leurs choix et leurs prises de position peuvent avoir un impact significatif sur la perception du voile et sur les attitudes à l'égard des femmes musulmanes.
Léna Situations a réagi jeudi soir aux propos de la cadre macroniste, mais aussi à des propos sexistes tenus à son encontre par d’autres personnes. « Pendant ce Festival de Cannes j’ai appris que j’étais enceinte et que j’avais rejoint les Frères musulmans », a-t-elle ironisé. « Grosse pensée à toutes les femmes, car s’il y a bien une chose que je continue d’apprendre, c’est qu’on ne plaira jamais à tout le monde », écrit-elle dans un message diffusé sur son compte Instagram. « Une pensée à nos mères qui ont marché pour que nous puissions CHOISIR nos vêtements. Merci. Et une pensée encore plus grande aux femmes musulmanes qui vivent ces jugements au quotidien mais sans le soutien d’Internet pour les défendre. »
Il est donc essentiel que ces personnalités fassent preuve de discernement et de responsabilité dans leurs interventions, en veillant à ne pas stigmatiser ou essentialiser les femmes musulmanes, et en promouvant le respect de la diversité des opinions et des choix individuels.
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