Le Hot Brass, un nom qui résonne avec les nuits aixoises depuis des décennies, a connu une histoire riche et mouvementée. De ses débuts en tant que club de jazz novateur à sa transformation en discothèque, puis à sa renaissance récente, cet établissement a marqué la vie nocturne locale. Cet article se penche sur l'histoire du Hot Brass, son impact sur la scène musicale, et les défis auxquels il est confronté aujourd'hui.
Les Origines Jazzistiques du Hot Brass (1979)
En 1979, Jean-Paul Artero, un passionné de jazz depuis son enfance, crée le Hot Brass à Célony, dans d'anciennes porcheries. Ce club devient rapidement un lieu incontournable pour les amateurs de jazz. Le Hot Brass pouvait accueillir jusqu’à 400 personnes et proposait deux espaces de restauration. Le succès est presque immédiatement au rendez-vous. Six mois plus tard, Jean-Paul Artero accueille les Poll Winners, un trio américain très en vogue à l’époque.
L'établissement se distingue par son ambiance chaleureuse et sa programmation audacieuse. Jean-Paul Artero prend des risques financiers pour faire venir des artistes de renom, contribuant à faire du Hot Brass une référence du jazz dans la région, voire au niveau national. C'est dans ce contexte que de jeunes musiciens régionaux ont pu faire leurs débuts avant de devenir des valeurs sûres du jazz français tels les frères Le Van, Xavier Desandre, Michel Camilo. Le Hot Brass a accueilli les plus grands noms du jazz : Ray Brown, Dizzie Gillespie, Clifford Jordan, Stan Getz, Roy Haynes, Ray Barretto, Chet Baker, Blackey et ses Messengers, Dee Dee Bridgewater, Didier Lockwood, Michel Petrucciani, Gilberto Gil…
Parmi les anecdotes marquantes, on retient le passage d'un jeune pianiste de 16 ans, Michel Petrucciani, dont le talent exceptionnel s'est révélé lors d'un bœuf mémorable.
La Transition Vers la Discothèque et le Départ d'Artero
En juin 1991, Jean-Paul Artero vend le Hot Brass à Alain Garzino. Le site change peu à peu de style, basculant dans le funk, le latino et la variété internationale. Au fil des années, le Hot Brass évolue, se transformant en discothèque et s'adaptant aux tendances musicales du moment. Dans les années 2000, on déboursait 100 francs pour entrer au night-club, 70 si l'on est étudiant. D'autres noms remplissent le livre d'or : The Commitments, Cunnie Williams, Kenny Garret, Bernard Lavilliers, Marc Cerrone… En 2015, nouvel exploitant en la personne de Gilles De Luca. Ce sera le dernier.
Lire aussi: Vivre avec les maladies de peau
Cependant, cette transition marque un tournant dans l'histoire du club, qui s'éloigne de ses racines jazzistiques. Jean-Paul Artero, quant à lui, ouvre deux autres clubs à Paris et à Avignon, mais ceux-ci connaissent également des difficultés.
La Fermeture et le Regret : Fin d'une Époque
En 2020, la discothèque ne s'est pas rallumée depuis le 14 mars 2020, avec le 1er confinement, mais déjà avant, la pente était bien amorcée vers la fin d'une époque qui frappe l'ensemble des boîtes de nuit. Le restaurant n'a pas rouvert. Trop compliqué de recruter, trop de charges, d'incertitudes. Le Hot Brass cet été n'a tourné qu'avec ses "soirées Terrazza" du mardi où, sur fond d'ambiance musicale, on boit un verre et grignote avec le coucher du soleil. La piscine brassait à vide depuis deux saisons. La direction avait arrêté les frais: "N'importe qui aujourd'hui loue une villa avec piscine sans avoir à subir des contrôles permanents pour la qualité de l'eau" tranche Gilles De Luca.
En 2014, Gilles De Luca succède au précédent propriétaire qui partait à la retraite. Avec le livre d'or du Hot Brass. De Luca fut dans une autre vie le patron de Provence Viandes, boucherie aixoise. Ce qui le faisait triper au départ était de servir de la bonne bidoche chemin d'Eguilles -les fours à barbecues dans le jardin en attestent.
L'annonce de la fermeture du Hot Brass suscite une vague d'émotion et de nostalgie sur les réseaux sociaux. De nombreux anciens clients partagent leurs souvenirs et expriment leur regret de voir disparaître cette institution de la vie nocturne aixoise.
La Renaissance du Hot Brass et le Retour aux Sources
En mai 2023, Jean-Paul Artero décide de reprendre le nom mythique Hot Brass et d'ouvrir un nouveau lieu aux Milles. Cette renaissance marque un retour aux sources jazzistiques du club, avec une programmation axée sur le jazz, le swing, et les musiques apparentées.
Lire aussi: Fonctionnement et applications de la sourdine Silent Brass
Jean-Paul Artero explique son choix de cet emplacement : "Un emplacement qui ne m'enchante pas absolument, mais qui a deux avantages énormes : n'avoir aucun voisin qui puisse m'attaquer pour le bruit et un parking immense avec une petite desserte de bus."
L'objectif est de recréer l'ambiance chaleureuse et conviviale qui a fait le succès du Hot Brass à ses débuts, tout en proposant une programmation de qualité avec des artistes régionaux et internationaux.
Les Défis Actuels et l'Appel au Public
Malgré l'enthousiasme et la passion de Jean-Paul Artero, le nouveau Hot Brass est confronté à des défis importants. Le public manque à l'appel, et l'équilibre financier est encore fragile. "On regarde la dépense bien sûr, mais notre programmation est lourde par rapport à nos finances et l'afflux de clientèle manque un petit peu. On n'est pas du tout à l'équilibre, ça mettra je pense un an et demi, deux ans. Pour l'instant on est à 40 ou 50% de notre jauge, ça dépend s'il y a match de rugby, s'il pleut… Il faudrait 70% pour arriver à l'équilibre."
Jean-Paul Artero lance un appel au public, invitant les amoureux du jazz et de la musique live à venir découvrir le nouveau Hot Brass et à soutenir ce lieu emblématique de la culture aixoise.
Programmation et Ambiance du Nouveau Hot Brass
La programmation du Hot Brass est riche et variée, avec des concerts минимум trois fois par semaine. Des artistes régionaux et internationaux se produisent sur la scène du club, proposant un large éventail de styles musicaux, du jazz traditionnel au be-bop en passant par le swing et le blues.
Lire aussi: Passion, mine et lumière à Douai
Cette semaine, la programmation est particulièrement alléchante :
- Ce jeudi 26 octobre, le saxophoniste Thomas Ibanez jouera en duo avec le pianiste américain Jeb Patton.
- Le 27 octobre, la New-Yorkaise Aimée Allen chantera avec François Moulin à la contrebasse et Karim Blal au piano.
- Le 28 octobre, place au jive et au swing avec un septet néerlandais.
- Enfin, mardi 31, The Godfathers of Marseille reprendront des grands titres de soul, funk, et rythm'n'blues.
Le Hot Brass accueille ses clients à partir de 19h30, avec possibilité de dîner sur place. Les concerts débutent à 21h. Les tarifs varient de 18 à 22 €.