Le milieu sous-marin a historiquement été moteur d’innovation pour les engins autonomes, du fait de la complexité pour l’être humain d’y opérer. Les perspectives de recours croissant, voire massif, aux systèmes autonomes dans tous les segments opérationnels portent les germes d’une transformation en profondeur du champ de bataille. L’accroissement constaté de l’activité civile sous la mer ces 25 dernières années a ainsi suscité des progrès technologiques significatifs dans le domaine et une baisse des coûts des véhicules sous-marins commerciaux. La France peut s’appuyer en la matière sur un écosystème civilo-militaire institutionnel, industriel et scientifique favorable. La science, l’aventure et la protection de la nature motivent une nouvelle quête pour démystifier l’habitat le plus inexploré de la planète.
La transition vers l’autonomie comportementale
Ce n’est cependant que depuis une dizaine d’années que les technologies permettant un certain niveau d’autonomie des drones - incluant potentiellement des tâches militaires - arrivent progressivement à maturation, nourries notamment par l’explosion du segment des drones aériens et par les besoins de l’industrie pétrolière, principale cliente historique des drones sous-marins. L’autonomie dans le milieu sous-marin suppose toutefois de pouvoir surmonter les contraintes physiques et techniques spécifiques à ce milieu, telles que la « rugosité » et l’opacité. L’orientation des développements technologiques pour les drones sous-marins a toutefois dépassé le simple contrôle automatisé pour rechercher une plus grande autonomie comportementale, l’objectif final étant de parvenir à des systèmes pleinement capables d’opérer seuls. Cette transition de l’automatisation vers l’autonomisation n’en est qu’à ses débuts et s’appuiera vraisemblablement fortement sur les apports de l’intelligence artificielle (IA), au profit de la détection et de l’analyse des données, mais aussi pour l’autonomie de mission.
Le secteur fait, à ce titre, la distinction entre les UUV (Unmanned Underwater Vehicles), véhicules sous-marins de tous types, notamment télépilotés ou télésupervisés, et les AUV (Autonomous Underwater Vehicles), véhicules sous-marins intégrant des éléments d’autonomie. En raison des défis posés par ce milieu très adverse, le développement de drones sous-marins nécessite le développement parallèle de plusieurs composants technologiques distincts, appuyé par une recherche scientifique en pointe. Les progrès non homogènes de ces différentes briques technologiques limitent les capacités actuelles des drones sous-marins, notamment dans les domaines des communications et de l’endurance. L’ensemble de ces contraintes et limitations continue de peser sur la capacité actuelle à déployer des engins opérationnels pleinement autonomes dans le milieu sous-marin.
Exploration scientifique et cartographie des abysses
Les nouvelles technologies peuvent conduire à des percées scientifiques, mais cela exige des financements. Les eaux profondes, qui représentent plus de 95 % des océans, sont le plus vaste habitat de la planète et le plus inexploré. En 2017, lors de la première Conférence des Nations unies sur l’océan, une équipe scientifique internationale a déclaré vouloir créer d’ici à 2030 une carte détaillée et complète des fonds marins - dont seuls 6 % étaient alors cartographiés avec une résolution suffisante. Ce chiffre atteint désormais 25 % et continue d’augmenter chaque jour.
Des navires comme l’OceanXplorer illustrent cette nouvelle ère, transformant des bâtiments norvégiens jusque-là dévolus à l’assistance aux plateformes pétrolières en centres de recherche scientifique mobiles avec plateaux de tournage. Outre l’hélicoptère et les submersibles capables d’atteindre les 1 000 m de fond, le navire embarque aussi un robot sous-marin téléopéré (ROV) pour filmer plus en profondeur, ainsi que des laboratoires et une table de visionnage holographique pour modéliser les données collectées dans les abysses. En 2019, l’investisseur privé Victor Vescovo est descendu en submersible jusqu’au point le plus bas des cinq bassins océaniques, établissant le record de la plus profonde plongée habitée.
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Applications industrielles et travaux sous-marins
Les travaux sous-marins sont au cœur des activités maritimes, portuaires et environnementales, nécessitant des technologies de pointe pour répondre aux défis croissants. En 2025, les innovations technologiques transforment ce secteur, permettant des interventions plus précises, rapides et respectueuses de l’environnement. Les drones sous-marins (ROV - Remotely Operated Vehicles) sont devenus incontournables. Ces appareils télécommandés permettent d’effectuer des inspections détaillées sans qu’un plongeur ne soit nécessaire.
L’utilisation de matériaux intelligents se généralise. Les ballons gonflables intelligents et contrôlés à distance facilitent le renflouage d’épaves en garantissant une remontée progressive et sécurisée. Ces dispositifs réduisent également le risque de dommages supplémentaires au navire ou à l’environnement. Le soudage sous-marin bénéficie désormais de technologies qui augmentent la précision et réduisent le temps nécessaire à chaque intervention. Par ailleurs, la robotique avancée améliore de nombreuses industries : les robots industriels sont déjà utilisés pour la sécurité, la maintenance et l’inspection des navires. L’intégration de données en temps réel, notamment via des masques de réalité augmentée, permet d’améliorer la sécurité et l’efficacité des plongeurs en projetant des informations essentielles directement dans leur champ de vision.
La stratégie française et la Loi de programmation militaire
En juillet 2023, la France a adopté sa Loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030, dotée de 413 milliards d’euros pour transformer ses armées face aux nouvelles menaces. Dix milliards sont consacrés à dix axes d’innovation jugés prioritaires pour la Marine nationale. Parmi les domaines d’application, la mer occupe une place importante, avec la deuxième Zone économique exclusive (ZEE) au monde.
L’intelligence artificielle constitue l’un des piliers de cette transformation. Dans le domaine naval, elle devient essentielle pour faire face à l’explosion du volume de données. Le Centre d’interprétation des signaux acoustiques (CIRA) de la Marine nationale constate que les données qu’il traite sont passées d’environ 1 téraoctet en 2020 à près de 10 téraoctets en 2024, avec une projection à plus de 100 téraoctets d’ici 2030. Pour relever ce défi, le CIRA collabore depuis 2024 avec Safran.AI afin de développer une IA capable d’analyser automatiquement les signaux acoustiques sous-marins.
Le quatrième axe d’innovation est constitué par les systèmes autonomes. En intégrant capteurs avancés et modèles d’IA, ces systèmes robotisés acquièrent une autonomie leur permettant d’exécuter de manière indépendante des tâches complexes. L’édition 2024 du salon Euronaval présentait le démonstrateur UCUV (Unmanned Combat Underwater Vehicle), commandé par la DGA. Parallèlement, le projet MANTAX, piloté par Marine Tech et ses partenaires dans le cadre de l’appel à projet CORIMER 2023, vise à développer une solution innovante de cartographie et de surveillance à partir du drone sous-marin UHV MANTA. Ce système intègre de l’autonomie décisionnelle, des caméras de nouvelles générations et une station d’accueil sous-marine permettant un transfert de données et une recharge rapide.
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