Gibus de Soultrait incarne une figure emblématique et incontournable de la culture surf française depuis plus d'un demi-siècle. Né à Biarritz en 1957, son parcours est profondément ancré dans l'univers de la glisse, mêlant une passion précoce pour les vagues à un engagement indéfectible pour leur préservation et leur compréhension. Enfant du surf et petit neveu des pionniers des années 50, il a su, par son travail de journaliste hors-pair, d'écrivain prolifique et d'écologiste engagé, non seulement documenter l'histoire et l'évolution du surf, mais aussi en façonner la perception et les valeurs. Qu'il s'agisse de la fondation de magazines influents, de la création d'organisations environnementales majeures ou de la publication d'ouvrages de référence, Gibus de Soultrait a constamment œuvré au rayonnement culturel du surf, s'attachant à partager, rendre compte et honorer la mémoire de ceux - héros ou anonymes - qui, comme lui, ont incarné et incarnent encore ce mouvement singulier. Son influence s'étend bien au-delà des spots de surf, touchant à des réflexions philosophiques et à un engagement citoyen, faisant de lui une personnalité complexe et riche, dont le rapport au monde est intrinsèquement lié à celui qu'il entretient avec l'océan.
Une Vocation Née sur les Rivages Basques : L'Enfance et les Premiers Glissements
Pour Gibus de Soultrait, le surf, c'est une seconde peau, une évidence inscrite dès son plus jeune âge dans le décor majestueux du Pays Basque. Bien que vivant à Paris pendant son enfance, ses grands-parents possédaient une maison à Guéthary, ce qui lui permit de passer ses vacances au cœur de ce territoire emblématique, oscillant entre la plage des Alcyons et la mythique Côte des Basques. C'est dans ce cadre privilégié qu'il a appris à glisser au pied de la grande maison familiale, dès les années 60. Il fut alors la mascotte heureuse d'un petit groupe de surfeurs, qui, à cette époque, étaient encore seuls au monde sur ces vagues. L'air y était cristallin, débarrassé de toute brume de chaleur, et les sommets pyrénéens se laissaient deviner, délicatement soulignés par la neige en hiver.
Ces années d'adolescence ont été partagées entre les spots basques, où la déferlante hippie arrivait avec les surfeurs californiens, et des voyages initiatiques qui allaient forger son esprit d'aventure. Dès l'âge de 15 ans, Gibus de Soultrait part surfer au bout du monde, d'abord le Portugal, puis Bali, élargissant déjà son horizon bien au-delà des rivages familiers. Cette immersion précoce dans la culture surf, à une époque charnière, a façonné sa perception du monde et son attachement indéfectible à l'océan et à son mode de vie. Cet enracinement basque est demeuré une constante, Gibus de Soultrait étant aujourd'hui l'une des personnalités les plus connues de Guéthary, où chaque jour il surfe ses vagues préférées, à Parlementia ou aux Alcyons. Son amour pour le Pays Basque est profond ; il y vient depuis 1969 et confie que son meilleur souvenir, ce sont les hommes qui peuplent cette région. Il aime tout au Pays Basque, mais ce qu'il préfère, c'est décembre ou janvier au large de Saint-Jean-de-Luz à pêcher la daurade avec les copains, un moment d'authenticité et de partage qui illustre la chaleur humaine et la fidélité qu'il associe à ce territoire.
Les Routes de l'Indépendance et l'Éveil Intellectuel : Le Voyage Formateur et la Philosophie
Le parcours de Gibus de Soultrait ne se limite pas aux plages ; il est également marqué par une quête de connaissance et d'expériences enrichissantes. En 1975, le bac en poche, il entame un voyage de deux ans, dont l'itinéraire est guidé par les rencontres et les opportunités. Cette période nomade le mène d'abord à rejoindre son frère aîné à Tahiti au milieu des années 70. De là, son aventure se poursuit lorsqu'il embarque sur un voilier en direction des États-Unis. Il a vingt ans quand il revient en France, transformé à jamais par cette expérience de liberté et de découverte, un véritable baptême de l'âme qui a forgé sa vision du monde.
De retour en France, sa soif d'apprendre ne s'éteint pas. Inscrit en auditeur libre à la faculté de Vincennes, il découvre les cours du philosophe Gilles Deleuze. Cette rencontre intellectuelle marque un tournant, l'incitant à aborder le monde avec une profondeur de pensée nouvelle. C'est à cette période qu'il commence à écrire sur le surf, non plus seulement comme un sport, mais comme un phénomène culturel, sociétal, et philosophique. Cette capacité à lier l'action physique à la réflexion intellectuelle deviendra une caractéristique de son œuvre. Ce cheminement intellectuel n'était pas son unique ancrage. Issu d'un milieu social qu'il décrit comme humble, il a connu très tôt la nécessité de travailler. Il raconte qu'il avait le malheur d'être un très bon élève, très en avance, étant rentré en sixième à neuf ans, et passait sa vie dans les livres. Dès quatorze ans, il travaillait pendant les vacances dans le village charentais où il a été élevé, là où se trouvait le plus gros producteur de fraises et framboises d'Europe. Sa mère l'élevant seule, il a cumulé les petits boulots pour financer ses études : déménageur, pompiste, vendangeur, figurant dans les opérettes au théâtre municipal de Limoges, aide-cuisinier dans un restaurant parisien. Ces expériences concrètes de la vie, où il a pu constater personnellement que l'imagination des patrons pour "entuber" leurs salariés était sans limite, ont forgé son ancrage à gauche et sa sensibilité aux questions sociales. Il admet avoir parfois été obligé de "faire le coup de poing" pour défendre ses intérêts. Ces années de formation, entre voyages lointains et expériences de vie difficiles, ont été cruciales pour forger sa personnalité, à la fois aventurière et profondément ancrée dans des valeurs de justice et d'indépendance d'esprit.
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Le Bâtisseur de Médias : L'Aventure de Surf Session et l'Esprit du Surfer's Journal
La contribution de Gibus de Soultrait à la culture surf est indissociable de son rôle majeur dans le développement des médias spécialisés. En 1986, il participe activement à l'aventure de Surf Session, le magazine européen du surf, dont il est co-fondateur avec Pierre-Bernard Gascogne. Il a dirigé la rédaction de cette publication phare pendant une trentaine d'années, façonnant son contenu et sa ligne éditoriale. Surf Session est rapidement devenu une référence, un espace où la passion de la glisse rencontrait le professionnalisme du journalisme, contribuant à populariser et à légitimer le surf en France et en Europe.
Mais son engagement ne s'est pas arrêté là. Depuis 1994, Gibus de Soultrait s'occupe de la version française du bimestriel Surfer's Journal. Cette revue, créée en 1992 en Californie par Steve et Debee Pezman (et lancée en France deux ans plus tard), représente un jalon important dans l'édition surf mondiale. Associant histoire, voyage, portrait, art et photographie, Surfer's Journal s'est imposé comme un reflet de la culture surf passée et actuelle. Plus qu'un simple magazine, il se présente comme un beau livre, dont la qualité de la maquette et la profondeur des sujets en font une œuvre à part entière. Les annonceurs y sont partenaires, présents en début et fin de pages, contribuant ainsi à un modèle économique qui privilégie le contenu. Cette approche a permis à Surfer's Journal de se distinguer, visant à maintenir et entretenir une culture surf authentique, loin des clichés et des dynamiques purement commerciales. Ses nombreux lecteurs, sensibles à cette présentation singulière du surf, en deviennent les garants indirects de la mémoire et de l'esprit. Surfer's Journal demeure une entreprise éditoriale familiale, basée à San Clemente, en Californie, et Gibus de Soultrait en a été un pilier essentiel pour sa diffusion et son adaptation au public francophone. Sa capacité à trouver le titre qui fait rire, l'attaque qui surprend, l'expression insolite, a sans doute contribué à l'originalité et à l'impact de ses publications.
L'Écologiste Engagé : La Naissance de Surfrider Foundation Europe et la Défense des Océans
Au-delà du journalisme et de la narration de la culture surf, Gibus de Soultrait a manifesté très tôt une profonde sensibilité écologique. Cette prise de conscience des enjeux environnementaux liés aux océans l'a conduit à l'action. En 1990, il franchit une étape décisive en co-créant Surfrider Foundation Europe avec d'autres surfeurs emblématiques comme Tom Curren. Cette initiative majeure témoigne de sa volonté de ne pas se contenter d'observer, mais d'agir concrètement pour la protection des milieux marins et littoraux.
La fondation de Surfrider Foundation Europe a marqué un tournant, transformant la communauté des surfeurs en une force militante pour la défense de l'environnement. Fort d'une sensibilité écologique de longue date, Gibus de Soultrait a contribué à faire de cette organisation une voix écoutée et respectée dans le paysage de la protection de l'environnement en Europe. Il a ainsi démontré que la passion pour la vague s'accompagnait nécessairement d'une responsabilité envers l'écosystème qui la porte. Son engagement auprès de Surfrider Foundation Europe est un témoignage éloquent de sa vision holistique du surf, où la glisse n'est pas seulement un sport, mais une manière d'être au monde, indissociable du respect et de la préservation de la nature. Cet engagement lui confère le statut d'écologiste engagé, une facette essentielle de sa personnalité publique et privée. Pour lui, le surf est "le sport roi des rois naturels de la terre", une affirmation qui résume son respect profond pour la nature et sa conviction que les surfeurs, en tant qu'usagers privilégiés de l'océan, ont un rôle crucial à jouer dans sa sauvegarde.
Le Penseur de la Vague : De l'Écriture Journalistique à la Philosophie du Mouvement
L'œuvre de Gibus de Soultrait dépasse largement le cadre du journalisme pour s'aventurer dans la littérature et la philosophie. Il est l'auteur de plusieurs livres sur la culture et l'histoire du surf, dont un ouvrage de référence, « Le monde du surf », paru aux éditions Minerva en 2005. Ces publications témoignent de sa capacité à analyser, contextualiser et narrer l'univers du surf avec une profondeur inégalée, s'appuyant sur des décennies d'observation, de pratique et de réflexion.
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Parallèlement à son travail journalistique et historien, il a écrit des essais centrés autour d'une philosophie du mouvement tirée du surf, et a même réalisé quelques films spécifiques à cet effet. Ces écrits et productions cinématographiques explorent la dimension métaphysique et existentielle de la glisse, cherchant à en extraire des leçons de vie applicables au-delà des vagues. Son livre « Une vague qui pense », écrit en 2025, a représenté un défi et a été conçu pour sortir la même année. Ce livre est un exercice audacieux d'entendement, longuement mûri mais toujours fragile et indicible, que la pratique océanique vitalise. Il y explore l'idée que « Le chaos est navigable », reprenant à son compte les mots de Victor Hugo devant les marins de la Manche, alors que ce dernier était en exil sur l'île de Guernesey. Pour Gibus de Soultrait, « Une vague qui pense, c’est l’âme humaine ». L'objet de cet ouvrage est de prouver que le chaos est navigable, et il se présente, tel une vague déferlant, en offrant dans un sens comme dans l'autre, des textes à suivre ou à piocher, commençant en son milieu. Ces compositions narratives et réflexives visent à donner à la mobilité la dimension effective (poétique, métaphysique, existentielle, sportive, sociétale, politique, écologique…) que notre époque lui incombe, en se devant d'être navigable, chaos ou pas. Cette approche révèle un penseur qui utilise le surf non seulement comme un sujet, mais comme une lentille à travers laquelle observer et interpréter la complexité de l'existence humaine. Il ne sert pas "une soupe tiède aux lecteurs", mais recherche l'audace, l'esprit de recherche et la volonté de sortir des sentiers battus.
Une Personnalité Riche et Engagée : Amitié, Doute et Convictions Politiques
La personnalité de Gibus de Soultrait est marquée par des valeurs fortes et une honnêteté intellectuelle sans concession. Il accorde une importance capitale à l'amitié et au doute, qu'il considère comme des piliers essentiels de son existence. Il a connu son meilleur ami sur les bancs du cours préparatoire, il y a soixante ans, et malgré leurs désaccords politiques parfois vifs, il est toujours prêt à être là pour lui. Cette fidélité se retrouve aussi dans ses amitiés du rugby, qu'il connaît pour la plupart depuis quarante-cinq ans. Pour lui, décider de laisser un ami sur le bord du chemin, parce que les compatibilités n'existent plus, est la chose la plus difficile qui soit.
Le doute est une autre valeur essentielle, sans doute parce que, dans les milieux du journalisme et de la politique, il a trop côtoyé de claironnantes certitudes. C'est le doute, la remise en cause permanente de ce qu'on croit savoir et comprendre, qui lui permet d'avancer dans l'existence. Cependant, doute ne veut pas dire indécision. S'il se décrit volontiers comme cabochard, colérique, et capable d'une mauvaise foi abyssale - des jugements qu'il accepte de ses proches - il tient à ce qu'on lui reconnaisse une sincérité profonde dans ce qu'il entreprend. Sa grande fierté est d'aimer la même femme depuis trente-cinq ans, lui, l'enfant de divorcés, ce qui témoigne d'une constance et d'une force de caractère remarquables. Il aime d'ailleurs qu'on lui décerne mentalement le titre de « vieillard le plus emmerdant de Biarritz », une preuve de son humour et de sa lucidité.
Son ancrage à gauche, nourri par ses expériences de jeunesse et les petits boulots qu'il a cumulés pour financer ses études, est une conviction profonde. Ayant personnellement constaté « que l’imagination des patrons pour entuber leurs salariés était sans limite », il a développé une sensibilité aiguë aux inégalités sociales. Son rapport au travail est également atypique : il a la chance de peu dormir, ce qui lui fait gagner du temps. C'est souvent quand il a l'air de ne pas travailler qu'il est le plus productif, partant se promener ou faire du sport pour "écrire" son papier dans sa tête lorsqu'il rédige un article difficile ou un livre. Cette capacité à être physiquement présent mais souvent totalement absent est parfois pénible pour son entourage, ce qui lui vaut le surnom moqueur de « la fée du logis » de la part de sa femme. Cet esprit critique et cette volonté d'interpeller se retrouvent également dans son engagement citoyen.
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