L'imaginaire collectif a longtemps été hanté par la question de l'existence de vagues de 30 mètres (100 Foot). S'il en existe, à quoi ressemblent-elles et dans quel coin peut-on trouver de tels monstres ? Et lorsque ces géants des mers sont localisés, un humain est-il réellement capable de les surfer ? Ces interrogations, qui ont jadis semblé relever de la pure spéculation, sont aujourd'hui explorées et mises en lumière grâce à des figures emblématiques du surf de gros, dont Garrett McNamara, un surfeur américain de grosses vagues qui a non seulement concrétisé ces rêves mais a également repoussé les frontières de ce que beaucoup pensaient être humainement possible. Longtemps, lorsqu'il était question de surf et de grosses vagues, c'est le nom du regretté Greg Noll qui venait en premier à l'esprit, son exploit sur la côte ouest d'Oahu en 1969 ayant été considéré comme le plus gros jamais réalisé. Pourtant, beaucoup ont longtemps contesté l'existence d'une telle vague dans le monde, en cause l'incapacité à imaginer à quoi pouvait ressembler une vague de cette taille, et encore moins comment un humain aurait pu la surfer. Garrett McNamara a joué un rôle déterminant pour que ces rêves deviennent une réalité, transformant un modeste village de pêcheurs au rang de destination mondiale pour les grosses vagues. Son histoire est celle d'une quête incessante, d'une connexion profonde avec l'océan et d'une détermination à explorer l'inconnu, qui a culminé avec le surf de la plus grosse vague jamais surfée.
L'Odyssée des Vagues Géantes : De l'Imaginaire à la Réalité
Garrett McNamara, surfeur américain de grosses vagues, est largement reconnu comme la force motrice derrière la mise en lumière de Nazaré sur la scène mondiale. Connu depuis longtemps dans le monde du surf en tant que surfeur professionnel de grandes vagues et waterman extrême, il était célèbre pour avoir chassé les tempêtes et suivi les houles dans le monde entier. Sa carrière, marquée par des exploits audacieux, a toujours été orientée vers l'exploration des limites. En 2002, après une période de retraite du surf où il a ouvert un magasin et se sentait misérable car il ne surfait pas, il a élaboré un business plan pour continuer à surfer, et cela a fonctionné. Il a notamment réussi à surfer un monstrueux barrel au Jaws surf break, à Hawaï, et à chevaucher un tsunami provoqué par le vêlage des glaciers en Alaska en 2007, une expérience si puissante qu'elle a étouffé sa capacité à craindre l'océan. Ces expériences, accumulées au fil des ans, l'ont préparé à des défis encore plus grands, l'amenant à être un pionnier des grandes vagues, connu pour redéfinir ce qui est possible dans l'océan et en nous-mêmes.
Son enfance, qu'il décrit comme hippie, sauvage et gorgée d'insouciance, a eu une influence positive sur sa destinée de surfeur de gros. Cette éducation très libre a engendré un début de carrière très peu conventionnel, mais lui a ensuite permis d'explorer toutes les possibilités et de ne pas se faire enfermer dans une case. Lorsque, à un croisement de sa vie, il s'est posé des questions sur la suite, l'opportunité de Nazaré est apparue.
Nazaré : Un Village de Pêcheurs Devenu Épicentre Mondial du Surf de Gros
C'est à Nazaré, au Portugal, que Garrett McNamara a battu le record du monde de la plus grande vague jamais surfée, ce qui a tout changé. Tout a commencé par le premier courriel envoyé par la municipalité de Nazaré à un célèbre surfeur du monde entier. Peut-être était-ce la vision inspirée d'un rêveur, ou peut-être simplement la chance ou l'alignement parfait des étoiles, mais cet homme était Garrett McNamara. Ce petit village de pêcheurs, auparavant "coincé dans le temps et un peu oublié", est devenu une destination phare grâce à l'incroyable force du Canyon Nord de Nazaré. Il y a un peu plus de dix ans, le Portugal n'était pas une destination pour aller surfer, mais cette vague a polarisé toute l'attention. C'était un timing parfait pour Garrett et le Portugal ; comme deux diamants bruts, ils avaient tous les deux besoin d'un peu d'étincelles. Ensemble, ils se sont épanouis et ont connu beaucoup de succès, le Portugal étant depuis devenu la destination numéro un en Europe et McNamara l'un des surfeurs les plus connus.
Nazaré offre les plus grosses vagues du monde. Bien qu'il y ait d'autres spots de "big waves", comme Cortes Bank au large de la Californie, ils se situent souvent au milieu de l'océan, à plusieurs centaines de kilomètres des côtes. La vague de Nazaré est unique et décrite comme un "cocktail explosif", un "mélange de Jaws, Puerto Escondido et Waimea". Ce qui la rend si différente, c'est l'absence de channel, de vrai line-up, et le fait que la vague ferme la moitié du temps. De plus, c'est une grande plage de sable. Mais la principale différence est que c'est tout simplement plus gros que n'importe quelle autre vague au monde. Habituellement, les grosses vagues ne proviennent pas des beach-breaks, en tout cas pas comme ça.
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C'est sur le spot de Praia do Norte à Nazaré que Garrett McNamara a écrit l'histoire. En novembre 2011, il a pris une vague de 78 pieds (24 m) à Praia do Norte, à Nazaré - un exploit qui a été possible non seulement parce qu'il a été remorqué dans la vague à partir d'un jet ski, mais aussi parce qu'il a osé y croire. Et il a continué à croire qu'il était possible de surfer une vague encore plus grande. Quatorze mois plus tard, en janvier 2013, McNamara a récidivé en battant son propre record du monde en surfant une vague de 30 m, également au large de Nazaré. À partir de ce moment, non seulement sa vie allait changer à jamais, mais la reconnaissance de Nazaré et du Portugal dans le monde ne serait plus jamais la même. Aujourd'hui, la force incroyable du Canyon Nord de Nazaré n'appartient plus seulement aux habitants de Nazaré, mais au monde entier.
"100 Foot Wave" : Une Série Documentaire aux Récompenses Multiples
L'odyssée de Garrett McNamara et la transformation de Nazaré sont superbement racontées dans la série documentaire sportive en six parties, "100 Foot Wave". Cette nouvelle série, réalisée et produite par le cinéaste primé Chris Smith, mais également produite par Joe Lewis, lauréat d'un Emmy et d'un Golden Globe, explore toutes ces questions sur les vagues de 30 mètres et la capacité humaine à les défier. Garrett McNamara et sa femme Nicole sont aussi derrière la série de HBO intitulée « 100 Foot Wave » qui a remporté plusieurs Emmy Awards et dont la quatrième saison est en cours de tournage. Nicole McNamara a écrit le scénario dans l’idée que ce serait un film d’une heure et demie, mais lorsqu’ils l’ont reçu, ils l’ont vu comme une série. La série retrace l'odyssée de dix ans du surfeur américain qui s'est rendu à Nazaré pour la première fois en 2010, dans l'espoir de conquérir une vague de 30 mètres. Tout au long des six épisodes de la première saison, on découvre de l'intérieur comment McNamara a poussé le sport vers des sommets toujours plus élevés et comment, aux côtés des habitants, il a contribué à transformer le petit village de pêcheurs en la destination la plus célèbre du monde pour le surf sur les grandes vagues. La série met en lumière une histoire qui transcende le surf : celle de la famille, du but et de la capacité de l'esprit humain à se relever.
La Philosophie de Garrett McNamara : Dompter la Peur et l'Océan
Pour Garrett McNamara, le surf de grosses vagues n'est pas seulement un sport, c'est une philosophie de vie. Il exprime que "la peur, c'est quelque chose que nous choisissons. La peur, c'est lorsque nous ne sommes pas dans l'instant." Cette approche lui permet d'embrasser l'inconnu, avec la profonde conviction que les limites sont faites pour être repoussées. Il décrit le sentiment que procure le surf sur d’aussi grosses vagues comme s'engager dans une course de voitures et conduire sur une route de montagne en essayant d’échapper à une avalanche qui arrive. L’avalanche engloutit la voiture et le surfeur fait de son mieux pour ne pas être emporté, tout en essayant de rester sur le bord. Une fois que l'on a fait cela souvent, on surfe avec le cœur, pas avec le cerveau, et on se sent à l'aise. C'est, selon lui, très spirituel. L'excitation qu'il a ressentie après avoir surfé une vague sous un glacier en vêlage en 2007 était si puissante qu'elle a étouffé sa capacité à craindre l'océan, le faisant réaliser que soudain, rien n’était aussi effrayant que cette expérience.
L'océan représente une dimension sacrée et essentielle pour McNamara. Il est "mon église, mon terrain de jeu et mon bureau." À chaque fois qu'il entre dans l'océan, ce n'est pas vraiment comme si le temps s'arrêtait mais tout semble se ralentir. Et paradoxalement, les choses semblent devenir beaucoup plus présentes. Là, au large, absorbant toute l'eau salée, il ressent une paix et une connexion profonde avec l'océan, se sentant faire partie de quelque chose de tellement plus grand que lui. Même quand les vagues sont petites, ou même quand il n'y en a pas, c'est une très belle sensation d'être dans l'océan. Quand les vagues sont énormes, on se sent presque si insignifiant, mais a contrario en puissance. Il exploite toute cette énergie et a l'impression de ne faire qu'un avec ces vagues géantes, y voyant la forme d'énergie la plus pure et la plus brute de l'océan. Son parcours ne se limite pas à surfer les plus grandes vagues jamais enregistrées, mais il incarne la résilience, le courage et la volonté de s'engager encore et encore dans l'incertitude.
Sécurité et Éthique dans le Surf de Gros : Une Approche Controversée mais Essentielle
La question de la sécurité et de la prise de risque excessive est un sujet récurrent dans le surf de gros. Lorsqu'on lui demande si l'on va parfois trop loin et si certains surfeurs amateurs prennent trop de risques juste pour une photo à poster sur les réseaux sociaux, Garrett McNamara insiste sur le fait que le surf doit être pratiqué pour l'amour de ce sport, pas pour les sponsors ni les photos. En compétition, on a tendance à prendre un peu plus de risques ou à adopter une ligne différente, mais en choisissant de s'inscrire à une épreuve, on signe un contrat disant que l'on comprend dans quoi on s'embarque, que certaines choses peuvent arriver. Il évoque le grave accident d'Alex Botelho à Nazaré et les rumeurs concernant une action en justice contre la World Surf League. Il trouve très malheureux et triste ce qui est arrivé à Alex, suggérant que le jet-ski aurait pu entrer directement dans la zone d'impact pour éviter l'accident, attribuant ainsi une part de responsabilité au pilote. Il note également qu'il n'y avait, pas à sa connaissance, autant de sécurité dans l'eau qu'il aurait dû y en avoir, bien que les équipes de surfeurs étaient censées avoir leur propre pilote de secours, ce que certains ont choisi de ne pas faire.
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Cependant, Garrett McNamara défend avec force la discipline du tow-in (surf tracté) comme étant la plus sûre au monde. Il affirme que, depuis 1994, il y a eu beaucoup de morts dans le surf des grosses vagues en général, mais qu'aucun surfeur n'a été perdu en tow-in : "Zéro ! Le tow-in est la discipline la plus sûre au monde. C'est plus sûr que de déjeuner, plus sûr que de conduire sur la route, plus sûr que tout ce que vous pouvez faire dans le monde parce que les gens meurent en faisant tout de nos jours. Je le répète, personne n'est jamais mort en faisant du surf tracté." Il estime que tout le monde a le droit d'être sur ces spots de gros, tant que l'on se prépare correctement et que l'on a le bon équipement de sécurité, pour que tout le monde rentre à la maison en bonne santé le soir.
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