François Gabart : L'Architecte des Records et le Navigateur de l'Extrême sur la Route du Rhum en Multicoque

François Gabart est un nom qui résonne avec force dans le monde de la course au large, incarnant l'audace, la persévérance et une quête incessante de records. Navigateur et skipper professionnel français, né le 23 mars 1983 à Saint-Michel (Charente), il s'est imposé comme une figure emblématique grâce à un palmarès impressionnant et une approche novatrice de la navigation. Au cœur de ses exploits figure la Route du Rhum, cette transatlantique mythique qui relie Saint-Malo à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. Son parcours est profondément lié à l'évolution des multicoques Ultim, ces géants des mers qu'il dompte avec une maestria rare, transformant chaque défi en une opportunité de repousser les limites humaines et technologiques. L'intensité de ces courses et la nature implacable de l'océan Atlantique ont sculpté sa légende, faisant de lui l'un des compétiteurs les plus respectés de sa génération.

La Route du Rhum : Une Légende Maritime et un Terrain de Jeu pour les Ultim

La Route du Rhum n'est pas qu'une simple course ; c'est une véritable institution maritime, une épopée solitaire qui captive le public depuis des décennies. Depuis 1978 et la première édition remportée par le Canadien Mike Birch sur Olympus Photo, « l’ode à la liberté » a été respectée à la lettre tout en gardant cette chance offerte à tous les courageux. L'événement rassemble énormément de monde et pas seulement les passionnés de nautisme, mais également un public très large, témoignant de sa popularité transversale. N’importe qui peut se prêter au jeu et s’enflammer devant les exploits de navigateurs qui vont braver les caprices de l’Atlantique en direction de Pointe-à-Pitre. La course fait la part belle à la diversité, alignant sur la même ligne de départ à Saint-Malo des géants des mers et des bateaux classiques. Imaginez la scène : un particulier qui a décidé lui-même de construire son voilier et s’inscrire sur le Rhum se retrouve à la même table que Loïck Peyron, le tenant du titre et détenteur du record de la course.

Pour son 40e anniversaire, la Route du Rhum a explosé son record de participants : 123, soit 87 de plus que lors de l’édition inaugurale ! Un nouveau record a été établi, avec 124 bateaux qui prendront la mer direction la Guadeloupe, signe éclatant du succès et de la reconnaissance internationale de la course. Même la plateforme de vidéo en ligne Netflix aura son bateau, aux couleurs de la série « Narcos ». L'histoire de la Route du Rhum est parsemée de moments légendaires, comme la victoire inaugurale de Mike Birch en 1978, avec seulement 98 secondes d’avance sur son premier poursuivant, Michel Malinovsky, après 23 jours de course.

Aujourd'hui, l'attention se tourne vers les Ultim, ces imposants trimarans de nouvelle génération qui promettent de redéfinir les standards de vitesse. Cette année, la course aura une saveur un peu particulière : si le record de 2014 a été établi par Loïck Peyron en 7 jours et 15 heures, le recordman sera mis au défi par ces bateaux nouvelle génération. Le temps à battre pour un multicoque est de 7 jours, 15 heures, 8 minutes et 32 secondes. Le record a perdu plus de deux semaines depuis les premières éditions, grâce à l'évolution fulgurante des designs et des technologies. Ces machines volantes, pilotées par les grands favoris de la course comme Thomas Coville, François Gabart, Sébastien Josse et Armel Le Cléac’h, sont au centre de toutes les attentes. Il y a fort à parier que le temps de référence va tomber au regard de la vitesse à laquelle les skippers et leurs équipes trouvent les bonnes solutions pour gagner en efficacité sur l’eau.

François Gabart : Une Ascension Météorique, des Monocoques aux Multicoques

L'itinéraire de François Gabart vers les sommets de la course au large est celui d'un surdoué, jalonné de succès précoces et d'une détermination sans faille. L'initiation à la voile lui vient de son père, Dominique, dentiste et passionné de glisse, qui a initié François à la voile, notamment l'Optimist. Sa mère, Catherine, est magistrate au tribunal d'Angoulême. En 1989, ses parents prennent une année sabbatique avec leur famille sur le voilier « Pesk Avel », offrant au jeune François une immersion précoce dans le monde maritime. Ses études à l'INSA de Lyon, où il était dans la section sport de haut niveau, lui ont permis de conjuguer une formation d'ingénieur exigeante avec une préparation olympique en Tornado, développant ainsi à la fois ses compétences techniques et son esprit de compétition.

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Son entrée dans le circuit professionnel est marquée par des performances notables. Il a routé Kito de Pavant et Sébastien Col sur la Transat Jacques-Vabre 2007 dans la section IMOCA. En 2008, François Gabart rejoint le programme « Skipper Macif ». Il participe à la Transat Jacques-Vabre 2009 avec le skipper Kito de Pavant et termine second, affichant déjà sa capacité à se hisser sur les podiums. L'année 2010 le voit terminer à la 2e place de la Solitaire du Figaro derrière Armel Le Cléac'h, confirmant son talent parmi l'élite. Le 31 décembre de la même année, il prend avec Michel Desjoyeaux le départ de la Barcelona World Race 2010-2011, à bord de Foncia 2. Bien qu'ils aient dû abandonner le 26 janvier en raison d'un démâtage alors qu'ils étaient en 2e position, cette expérience fut une préparation cruciale pour le Vendée Globe.

C'est en 2012-2013 que François Gabart grave son nom dans l'histoire de la course au large. Naviguant sur le voilier Macif construit en 2011 sur le même modèle que Foncia 2, il remporte le Vendée Globe à l'âge de 29 ans, un exploit monumental. Durant cette circumnavigation en solitaire, il établit des records de vitesse impressionnants. Du jeudi 29 à midi, au vendredi 30 novembre 2012 à midi, sur Macif, François Gabart parcourt 482,91 milles (894,3 km) à la vitesse moyenne de 20,1 nœuds, démontrant des performances exceptionnelles. Le skipper de Macif établit également un nouveau record sur la distance Les Sables d'Olonne - équateur retour en 66 jours 1 h 39 min. Après cette victoire emblématique, il embarque Michel Desjoyaux pour la Transat Jacques-Vabre 2013 sur Macif, consolidant son expérience sur des courses en double.

Son talent sur la Route du Rhum est confirmé l'année suivante. Toujours sur Macif, il remporte le 14 novembre 2014 la Route du Rhum dans la catégorie IMOCA en établissant là aussi un nouveau record de l'épreuve de sa catégorie en 12 jours 4 h 38 min 55 s. Ce succès, après avoir fait ses armes sur le circuit Figaro en 2008 et après sa victoire au Vendée Globe, marque une étape importante dans sa carrière. Après son succès en 2014 dans la catégorie Imoca, il se tourne résolument vers une nouvelle dimension.

À partir de 2015, sur les conseils de Thomas Coville, François Gabart quitte le circuit IMOCA pour se consacrer à la classe Ultim, ces trimarans géants de 32 mètres, et aux grands records à la voile avec la réalisation d'un maxi-trimaran de 100 pieds. Conçu par le cabinet d'architectes VPLP design, avec la collaboration du bureau d'études de MerConcept - entreprise fondée par François Gabart en 2006 - et le soutien de GSea Design pour tout ce qui concerne le calcul de la structure, et construit par les chantiers CDK Technologies et Multiplast, le trimaran Macif est lancé le 18 août 2015. Ce bijou de technologie lui permet de décrocher de nombreuses victoires à la barre, dont la Transat Jacques Vabre, la Transat Anglaise et The Bridge. Mais c'est en 2017 qu'il pulvérise le record du monde en solitaire (Trophée Saint Exupéry) en 42 jours 16h 40mn 35s. Ce faisant, il améliore de plus de six jours le précédent record qu'avait établi Thomas Coville en 2016, et entre à son tour dans la légende des grands marins. Ayant parcouru 27 859,7 milles, il enregistre également le deuxième chrono absolu, équipage et solitaire confondu, sur le tour du monde, une performance absolument sidérante.

La Route du Rhum 2018 : L'Épreuve de Résilience du Trimaran MACIF

La Route du Rhum 2018 fut une illustration poignante de la ténacité et de l'esprit de compétition de François Gabart, même face à l'adversité la plus féroce. Participant avec le maxi-trimaran Macif, il a affronté des conditions météorologiques redoutables dès le début de la course. Dès la première nuit de course, il affronte un fort vent et une mer assez creuse dans le golfe de Gascogne. Ce qui s'ensuit est une série de pannes critiques : il casse le foil tribord, perd un foil, et casse un vérin de J3, en plus d'un safran bâbord. Ce n’était pas génial, ni ce qu’on avait prévu, et il a traversé l’Atlantique dans des conditions dégradées.

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Malgré ces dommages significatifs, et estimant la sécurité suffisante, il poursuit tout de même la course mais sans avertir les médias de ses soucis, afin de ne pas donner d'informations stratégiques à ses adversaires. Cette décision, stratégique et audacieuse, témoigne de sa détermination à rester dans la compétition jusqu'au bout. Il mène la course avec brio et courage, maintenant la tête du peloton jusqu'à l'approche de la Guadeloupe. La fin de course fut un véritable thriller maritime, d'une intensité assez dingue. Lors du contournement de l'île, un rebondissement inattendu survient : il se fait dépasser par Francis Joyon, qui franchit la ligne d'arrivée à Pointe-à-Pitre seulement sept minutes avant lui. C'est un dénouement incroyablement serré pour une course de cette envergure.

Néanmoins, malgré la défaite et les conditions dégradées, il était très fier, déjà de traverser, d’avoir pu jouer la gagne jusqu’au bout et ce finish était assez incroyable. Quand on est un marin et un compétiteur et qu’on a la chance de pouvoir vivre ça, d’une intensité assez dingue, cela marque profondément. Cette épreuve, loin d'être un échec, a renforcé sa réputation de navigateur hors pair, capable de pousser sa machine et lui-même à leurs limites extrêmes, même avec des instruments diminués.

SVR-LAZARTIGUE : Le Nouveau Chapitre de l'Innovation et de l'Engagement Maritime

L'année 2020 marque un tournant significatif pour le skipper. Après dix ans de partenariat fructueux avec MACIF, la nouvelle direction de l'entreprise ne renouvelle pas son partenariat à son échéance. Sans bateau depuis la vente du trimaran Macif, et sans sponsor depuis le retrait surprise de Macif du circuit Ultime en juin 2020, François Gabart se retrouve à la croisée des chemins. Néanmoins, le Groupe MACIF s’est engagé à assurer la construction du maxi-trimaran SVR-Lazartigue dessiné par le cabinet d’architectes VPLP et donc le fonctionnement de MerConcept et des 57 salariés de l'entreprise fondée par François Gabart en 2006 jusqu’en juin 2021. L’assemblage de ce trimaran géant est réalisé à Concarneau, par MerConcept, confirmant l'expertise et la capacité d'innovation de l'équipe de Gabart.

Cette période de transition est aussi l'occasion pour François Gabart de redéfinir le sens de ses défis. Animé par le désir de donner plus de sens à ses entreprises, le marin, engagé pour défendre son élément l’Océan, se met en quête d’un nouveau partenaire capable d’envisager un sponsoring à mission. Il a achevé la construction d'un nouveau maxi-trimaran très innovant, SVR-Lazartigue, dans son écurie de course au large, MerConcept, mis à l'eau en juillet 2021. « On construit le bateau mais c’est Macif qui le vend et ils n’ont pas fixé le prix ». Ce projet représente un investissement colossal : « Ça coûte au moins 16 millions d’euros et François Gabart sait le risque de voir cet Ultime volant partir ailleurs, avec un autre skipper. »

En mai 2021, un nouveau chapitre s'ouvre avec l'engagement du groupe français de cosmétiques KRESK aux côtés de François Gabart, skipper de son nouveau trimaran SVR-LAZARTIGUE. Ce partenariat va bien au-delà d'un simple soutien financier, s'inscrivant dans une démarche d'engagement profond. Particulièrement sensible à toutes les causes environnementales et soucieux de rendre le monde maritime de demain plus vertueux, le marin entrepreneur accompagne son nouveau partenaire, précurseur et déjà très engagé dans une cosmétique davantage responsable, dans sa démarche de durabilité. Kresk amplifie ses actions et investit autour de la protection des océans en créant le fonds de dotation KRESK 4 OCEANS. Cette synergie entre la haute performance sportive et une mission environnementale illustre une nouvelle ère du sponsoring, où les valeurs partagées et l'impact sociétal prennent une place prépondérante. Le SVR-LAZARTIGUE n'est pas seulement un bateau de course ; il est aussi un porte-étendard pour la protection de l'océan, un symbole de l'innovation au service de la durabilité.

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