L'univers de la pêche professionnelle est en constante évolution, confronté aux défis d'une ressource marine à préserver et à la nécessité d'optimiser l'efficacité des opérations en mer. Dans ce contexte, l'innovation navale joue un rôle crucial, et l'émergence de nouvelles architectures, telles que le catamaran, ouvre des perspectives prometteuses pour les fileyeurs, ces navires spécialisés dans l'emploi de filets maillants. Si l'exemple opérationnel détaillé ici prend ses racines dans l'Atlantique, les principes d'efficacité, de stabilité et de performance recherchés par le développement de ces catamarans résonnent avec les besoins de toutes les flottes de pêche, y compris celles qui opèrent en Méditerranée, où l'adaptation aux spécificités locales est primordiale. La conception et la construction de tels navires, impliquant des cabinets d'architecture navale et des chantiers navals de différentes régions de France, y compris le littoral méditerranéen, attestent de cette dynamique nationale d'innovation.
Le Fileyeur Traditionnel : Plongée au Cœur des Opérations du "Castenec"
Le quotidien des marins pêcheurs est une immersion totale dans les rythmes de la mer, où l'anticipation, la connaissance de l'océan et la maîtrise des techniques de pêche sont essentielles. L'exemple de Pierre et de son équipage de 8 marins pêcheurs, tous rattachés au port de Noirmoutier, illustre parfaitement cette réalité. Leur navire, "Le Castenec", un magnifique bateau de pêche de 23 mètres, est le pivot de leur activité. Quand "Le Castenec" prend le large, cela ne signifie qu’une chose : la pêche à la sole peut commencer ! Cette activité, hautement spécialisée, révèle l'ingéniosité et la résilience requises par ce métier ancestral.
Un Départ Matinal et Stratégique : La Pêche à la Sole
L'organisation d'une sortie de pêche à la sole est minutieusement planifiée. Il est 4 heures du matin et la marée est pleine : un signal incontournable pour mettre le cap vers le lieu de pêche. Le choix de l'heure et du moment de la marée n'est pas anodin, il est dicté par la biologie de l'espèce ciblée et les conditions océanographiques optimales pour le déploiement des engins. La sole, poisson plat très prisé, présente des comportements spécifiques que les pêcheurs exploitent pour maximiser leurs chances de capture. De jour, la sole aime s’enfouir sous le sable pour se cacher, se protégeant ainsi des prédateurs et du courant. De nuit, elle sort chasser, devenant plus active et accessible aux filets, mais elle ne dépassera jamais 1 mètre de hauteur par rapport au fond marin. Cette caractéristique comportementale fondamentale détermine la stratégie de pose des filets.
La manœuvre de déploiement des filets est une opération d'envergure qui exige une grande précision et une parfaite coordination de l'équipage. Nous déroulons alors nos 36 km de filets de manière stratégique, une étendue impressionnante qui nécessite une connaissance approfondie des fonds marins et des zones de concentration de la sole. Cette manœuvre peut durer près de deux heures, un laps de temps considérable durant lequel chaque marin joue un rôle essentiel pour assurer que les filets soient correctement positionnés et tendus, en évitant les obstacles et en optimisant leur capacité de capture. La longueur des filets et la durée de leur immersion sont adaptées pour permettre aux soles de s'y emmêler sans que le poisson ne soit abîmé.
Du Filet à la Cale : Le Traitement de la Prise et la Gestion des Ressources
Après l'effort de déploiement, vient le temps de l'attente, puis celui de la récupération. Après 14 heures de travail intense en mer, incluant le temps de pose et de repos des filets, les filets sont enfin prêts à être virés. Cette étape, tout aussi physique et délicate que la pose, consiste à remonter les kilomètres de filets à bord, en extrayant les poissons avec soin.
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La pêche à la sole, comme de nombreuses pêches ciblées, peut engendrer des prises accessoires, c'est-à-dire la capture d'autres espèces non directement visées. Ces prises peuvent inclure le merlu, le bar, la lotte, le maquereau ou même quelques crustacés. Loin d'être gaspillées, ces espèces constituent une part valorisable du butin. Pour cela, nous disposons de licences de pêche complémentaires pour vendre ces espèces, classées comme "pêches accessoires", à la criée. Cette pratique témoigne d'une gestion plus globale des ressources marines et d'une diversification des revenus pour les équipages. Une fois le poisson remonté à bord, un travail minutieux commence. Le poisson est nettoyé et vidé une première fois pour en préserver la fraîcheur. Ensuite, nous le nettoyons à nouveau pour le conserver en cale réfrigérée, où la température est maintenue à un niveau optimal pour garantir une qualité irréprochable jusqu'à l'arrivée au port. Enfin, la logistique de la vente et du retour est anticipée : nous pouvons aussi informer notre date de retour à port, permettant aux acheteurs et à la criée de se préparer à l'arrivée de la cargaison.
L'expérience du "Castenec" et de son équipage illustre la complexité et la rigueur du métier de fileyeur traditionnel. Ces pratiques, bien que décrites dans un contexte atlantique, représentent les fondations opérationnelles sur lesquelles de nouvelles innovations, telles que le fileyeur catamaran, cherchent à construire, avec une pertinence certaine pour les différents bassins maritimes, y compris la Méditerranée.
L'Innovation en Marche : L'Avènement du Catamaran Fileyeur
L'évolution des pratiques de pêche, couplée à la recherche constante d'une meilleure efficacité opérationnelle et d'une réduction de l'empreinte environnementale, conduit à l'exploration de nouvelles architectures navales. Le catamaran, historiquement associé à la plaisance ou aux traversiers, fait une entrée remarquée dans le domaine de la pêche professionnelle. Son design offre des avantages distincts qui pourraient révolutionner certains segments de la flotte.
Une Nouvelle Génération de Navires : Le Projet de Catamaran
Le passage d'une mono-coque traditionnelle à un catamaran représente un saut technologique significatif. Un projet concret est en cours, illustrant cette tendance : le futur catamaran sera construit à partir des plans du cabinet d’architecture navale Pierre Delion. Ce cabinet, reconnu pour son expertise, apporte une vision innovante et technique à la conception de ce type de navire. La mention que le futur catamaran sera construit à partir des plans du cabinet d’architecture navale Pierre Delion souligne l'importance de l'ingénierie spécialisée dans la création de bateaux adaptés aux exigences de la pêche moderne.
Ce projet marque une étape importante pour des acteurs clés de la construction navale. C’est une première pour Bertrand Maurice : s’il a déjà livré des fileyeurs-caseyeurs, le prochain sera un catamaran. Cette transition vers une coque double représente un défi et une opportunité d'étendre son savoir-faire. Bertrand Maurice, chaudronnier de formation, exerce son métier avec passion. Dans son atelier installé près de Bayeux, le chaudronnier de formation qui travaille seul dans sa petite entreprise BM Soudure va s’attaquer à la construction d’une coque tout aluminium de 10 mètres de long et 4 de large, suivant les plans de Pierre Delion. La fabrication en aluminium est un choix stratégique, offrant légèreté, résistance à la corrosion et durabilité, des qualités essentielles pour un navire de pêche appelé à affronter des conditions marines exigeantes. Les dimensions, 10 mètres de long et 4 de large, suggèrent un navire compact mais offrant une surface de travail optimisée, caractéristique des catamarans. Ce type de construction, même s'il est mené dans un atelier de taille modeste, démontre la capacité d'innovation et l'adaptabilité de l'artisanat naval français.
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Pourquoi un Catamaran ? Avantages et Perspectives pour la Pêche
L'adoption du catamaran dans la pêche professionnelle n'est pas fortuite. Elle repose sur plusieurs avantages intrinsèques à cette architecture navale. Premièrement, la stabilité est considérablement accrue par rapport à une mono-coque équivalente. Deux coques parallèles réduisent le roulis, ce qui améliore le confort de l'équipage, la sécurité à bord, et permet une meilleure tenue des engins de pêche, même par mer agitée. Deuxièmement, la surface de pont offerte par un catamaran est nettement supérieure. Cette plateforme élargie est idéale pour la manipulation et le stockage des filets, des casiers ou d'autres engins de pêche, offrant plus d'espace de travail et une meilleure organisation. Pour un fileyeur, disposer d'une zone de travail vaste et stable est un atout majeur pour le déploiement et le virage des 36 km de filets décrits précédemment.
En outre, la disposition des moteurs dans chaque coque peut offrir une meilleure manœuvrabilité et, potentiellement, une plus grande efficacité énergétique, grâce à des coques plus fines et moins résistantes à l'avancement. Ces caractéristiques sont d'autant plus pertinentes pour les opérations en Méditerranée, un bassin où les conditions météorologiques peuvent varier rapidement et où l'accès à certaines zones de pêche nécessite agilité et stabilité. Les chantiers navals situés sur le littoral méditerranéen, tels que Prometa Boat System à Saint Raphael ou Chantier FE Industries à Marseillan (Hérault), ont déjà l'expérience de la construction de navires de pêche, comme le prouvent les origines de certains bateaux comme le "Goëlo CC 923515" et le "Ar-Tarzh SN 924875" qui y ont été construits. L'expertise de ces chantiers pourrait s'avérer précieuse pour la diffusion et l'adaptation de la conception de catamarans fileyeurs à l'environnement et aux exigences spécifiques de la pêche méditerranéenne. L'évolution vers des navires plus performants et plus sûrs, comme le fileyeur catamaran, est une démarche essentielle pour une pêche durable et économiquement viable, capable de répondre aux défis présents et futurs de l'exploitation des ressources marines.
La Diversité des Techniques de Pêche : Un Panorama de la Flotte Française
Au-delà de l'exemple spécifique du fileyeur, le secteur de la pêche professionnelle se caractérise par une grande diversité d'engins et de méthodes, chacune adaptée à des espèces, des habitats et des stratégies d'exploitation différents. Cette pluralité est le reflet de la richesse des écosystèmes marins et de l'ingéniosité des marins.
Le Fileyeur : Un Acteur Majeur
Le fileyeur, au cœur de notre propos, utilise des filets maillants, un engin de pêche passif qui capture le poisson par les ouïes ou le corps lorsqu'il tente de le traverser. La flexibilité de cette technique permet de s'adapter à divers environnements et comportements d'espèces. Le navire peut disposer ses filets sur le fond (appelés « calés »), une méthode privilégiée pour les poissons benthiques comme la sole, ou les laisser dériver (dérivants) au gré des courants, souvent pour des espèces pélagiques ou semi-pélagiques. La technique consiste à laisser le filet piéger les espèces un certain temps et ensuite revenir les relever. La phase de "filage" est cruciale : le bateau doit « filer » ses filets à bonne vitesse afin de les disposer correctement à l’eau, sans qu'ils ne s'emmêlent ou ne s'accrochent. En Nouvelle-Aquitaine, environ 70% des fileyeurs sont des navires inférieurs à 12 mètres pratiquant la pêche côtière, ce qui indique une flotte majoritairement orientée vers des opérations de courte durée et proches des côtes. En général, 2 à 4 marins travaillent à bord de ces unités, soulignant le caractère souvent familial ou de petite entreprise de cette activité. Des exemples de fileyeurs, comme "Les Misérables NO 425431" de Noirmoutier, qui fréquente le port du Guilvinec pour y débarquer sa pêche, illustrent la mobilité de ces navires. D'autres unités comme "Goëlo CC 923515" ou "Okata LR 815108" de différents ports et chantiers navals (Prometa Boat System, Océa) témoignent de la diversité des constructions et des zones d'opération pour ce type de pêche.
Le Chalutier : La Pêche Active au Grand Large
Le chalutier est un bateau armé pour la pêche au chalut, un filet de grande taille formant une poche (ou un entonnoir). Contrairement au filet maillant statique, le chalut est traîné au fond de l’eau ou près de la surface par un, voire deux navires (bien que l'usage de deux navires soit rare en Nouvelle-Aquitaine). Cette méthode est qualifiée de pêche active car le bateau reste toujours en mouvement, ciblant des espèces précises de manière dynamique. Les chalutiers sont des navires souvent plus importants, permettant des sorties plus longues. Partant généralement en mer pendant plusieurs jours, ils sont équipés de glaciaires pour y stocker les produits, assurant la conservation des captures sur des périodes prolongées. La taille des chalutiers en Nouvelle-Aquitaine varie : les plus petits mesurent moins de 10 mètres de long, mais généralement, les chalutiers néo-aquitains mesurent de 10 à 30 mètres. L'impact environnemental du chalut de fond est un sujet de préoccupation : plusieurs types de pressions du chalut de fond sur le substrat existent selon les types de chaluts utilisés, les habitats, les espèces visées, les tailles des navires, etc., ce qui nécessite une gestion et une réglementation rigoureuses pour minimiser les dommages aux fonds marins.
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Ligneurs, Palangriers et Bolincheurs : Spécificités et Cibles
La pêche à la ligne, dans ses diverses formes, est également une méthode répandue. Ces types de navires ont recours à différents engins de pêche dotés d’hameçons : lignes, palangres et parfois lignes de traîne et lignes à main. En général, les ligneurs sortent à la journée sur des zones de pêche bien identifiées, souvent proches des côtes ou aux abords d’escarpements sous-marins, où se concentrent certaines espèces. Leurs lignes (ou palangres) mises à l’eau comportent plusieurs centaines à quelques milliers d’hameçons qui sont tous appâtés, nécessitant un travail considérable de préparation. Les pêcheurs à la ligne ciblent surtout le merlu et le bar, des espèces recherchées pour leur valeur commerciale. Lorsque la taille des navires est plus importante (environ 30m) et qu'ils déploient de très longues lignes, garnies de plusieurs milliers d’hameçons, on parle alors de palangriers.
Les bolincheurs, quant à eux, mettent au point une technique de pêche particulière, à l’aide d’un filet appelé « bolinche » ou « senne tournante ». Cette méthode est spécialisée dans la capture de poissons pélagiques, évoluant en bancs. En général, 4 à 5 marins travaillent sur ce type de bateau. Les poissons ciblés sont les petits pélagiques : maquereaux, sardines et anchois, des espèces essentielles pour l'alimentation humaine et l'industrie de la conserve. La bolinche permet d’encercler un banc de poissons préalablement repéré, une fois que les poissons sont piégés dans cette poche fermée, le filet est ensuite ramené progressivement vers le flanc du bateau. Une caractéristique notable de cette technique est que les poissons, capturés vivants, sont ensuite remontés à bord à l’aide de grandes épuisettes appelées salabardes. Souvent cette technique de pêche permet aux armements de se doter d’appâts vivants pour ensuite pêcher du thon à l’aide de longues cannes à pêche, un exemple d'intégration de différentes pratiques pour optimiser les captures.
Caseyeurs, Pêche à la Civelle et Dragues : Des Méthodes Spécialisées
Les caseyeurs utilisent des casiers ou nasses appâtés, disposés sur le fond marin pour piéger des espèces qui y pénètrent pour se nourrir. En Nouvelle-Aquitaine, les navires pratiquant le métier du casier sont peu nombreux, mais cette technique est utilisée ponctuellement en complément d’autres engins de pêche (le plus souvent : filet ou ligne). Ce sont des bateaux polyvalents qui ciblent des céphalopodes (seiche ou poulpe), des crustacés (crabes, crevettes ou langouste) ou certains poissons (anguille ou lamproie). Leur utilisation est très encadrée pour assurer la durabilité de la ressource.
La pêche à la civelle, alevin de l'anguille, est une activité très spécifique. Les engins peuvent être poussés par un navire dans la rivière (ou parfois à pied dans des chenaux), ou alors, disposés de manière statique sur le flanc du bateau ou depuis la berge. Ces engins permettent de capturer la civelle, une espèce dont la pêche est également très réglementée.
Enfin, les dragues sont des engins constitués d'une poche relativement rigide avec une armature métallique, le tout étant tracté sur le fond marin. Il existe plusieurs types de dragues en Nouvelle-Aquitaine suivant la zone et l’espèce ciblée. En Charente-Maritime, elle est utilisée pour cibler surtout la coquille Saint-Jacques et le pétoncle, des bivalves fouisseurs à haute valeur commerciale. Chacune de ces méthodes reflète une adaptation précise aux espèces, aux environnements et aux régulations en vigueur, démontrant la complexité et la richesse du secteur de la pêche professionnelle.
Le Contexte de la Pêche Française : Flotte, Économie et Environnement
La pêche professionnelle en France s'inscrit dans un cadre économique et environnemental complexe, caractérisé par une flotte vieillissante, des innovations technologiques et une interaction étroite avec d'autres activités maritimes et littorales.
Caractéristiques Générales de la Flotte de Pêche
La flotte de pêche française est un acteur économique majeur des zones côtières. En Nouvelle-Aquitaine, par exemple, la flotte était composée, fin 2023, de 497 navires de pêche professionnelle maritime détenant un permis de mise en exploitation. Ces chiffres témoignent de la vitalité de ce secteur. Cependant, un défi structurel est l'âge moyen des embarcations : globalement la flotte est composée de navires âgés d’une trentaine d’années, pour une longueur moyenne d’environ 12 mètres. Cette vétusté potentielle soulève des questions de maintenance, de consommation de carburant et d'adaptation aux nouvelles normes environnementales et de sécurité. À cette flotte s’ajoute une centaine de navires classés « conchyliculture - petite pêche » ou « cultures marines - petite pêche », qui combinent des activités de production aquacole et de capture de petites espèces, illustrant la polyvalence de certains opérateurs maritimes.
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