La construction navale amateur en bois représente une entreprise où se mêlent passion, ingéniosité et une profonde satisfaction. C'est un voyage qui transforme un rêve de voile en une réalité tangible, une coque qui prend forme sous les mains du constructeur. Ayant découvert la voile cette année lors d'un stage Glénans avec ma compagne, nous en sommes tous les deux tombés amoureux ! Elle avait déjà un peu navigué étant gamine, et voulait me faire découvrir ce monde que je ne connaissais pas du tout. J'ai mordu…et puis je lui ai dit banco : "Si tu continues à pratiquer sérieusement et que tu deviens autonome, alors je te construis le bateau". Résultat, elle a dit banco : elle retourne en stage Glénans dans 1 mois ! Lire ce premier paragraphe a dû vous faire marrer, mais je vous assure : si je n'ai pas d'expérience en bateau, j'en ai dans le domaine de la construction amateur. En effet, j'ai construit un avion de voltige en bois, 4 places, projet qui représente environ 4500 h de travail étalées sur 4 ans. Cet avion vole merveilleusement bien depuis bientôt 2 ans, et s'approchera bientôt d'un tour du monde, en kilomètres cumulés. BREF, si j'ai adoré ma courte expérience de voile, j'ai surtout une gigantesque passion pour la construction, le bricolage, l'artisanat.
Cette passion pour la construction amateur peut se concrétiser par des projets aussi variés que l'avion de voltige ou, comme envisagé, la fabrication d'un petit catamaran en bois. Un tel projet se doit d'être mûrement réfléchi, intégrant des contraintes spécifiques. Le projet maintenant… - Transportable : l'idée n'est pas de le trimballer à chaque fois, mais plutôt de pouvoir l'hiverner quand il n'est pas au mouillage. Nous avons un Defender qui le tractera sans problème. Le must serait qu'il soit sportif et performant ! A vrai dire, si un mini 6.50 (genre Pogo) pouvait exister en bois à la construction amateur ce serait vraiment top. Bon forcément, la transportabilité en prendrait un coup dans ce cas, mais je crois que je serais prêt à faire la concession et accepter le stockage au port. Alors, des avis ? J'ai pas mal épluché les sujets Corsaire, Maraudeur etc.
Ces interrogations initiales mettent en lumière les dilemmes et les aspirations qui animent les constructeurs amateurs. Si leurs chemins et leurs motivations divergent, c’est la passion et un petit grain de folie qui rassemblent ces constructeurs amateurs. Lucas, Julien et Olivier hébergent sous leur toit un puzzle de bois, qu’ils comptent bien voir flotter un jour. Ainsi, ils peuvent passer des années à assembler leur embarcation, dans un chantier onéreux et chronophage, sans savoir à la fin, lequel des deux a construit l’autre. Le plaisir du temps est au cœur de cette démarche.
La Quête d'un Catamaran Adapté : Conception et Plans
La phase de conception est cruciale pour fabriquer un petit catamaran en bois. Elle implique de définir précisément les besoins et les capacités du futur bateau, tout en s'appuyant sur des plans éprouvés. Construire un petit catamaran qui pourra servir d'annexe ou même de petit dériveur : voilà ce que propose ce petit fascicule avec tous les plans pour vous aider dans cette réalisation. Dominique est un autodidacte passionné de tout. Sa vie, il l'a construite sur des multicoques. Il aime d'ailleurs la raconter dans plusieurs livres quand il ne bricole pas son embarcation. Il se met donc à sa table à dessin et conçoit une annexe de 3 m de long en contreplaqué époxy qui sera stable et volumineuse sans être trop lourde. Dans son petit guide "Dinghy en bois-époxy", il explique comment réaliser cette annexe. Une construction à la portée d'un amateur.
C'est cette approche méthodique qui permet de transformer une idée en un projet réalisable. Déterminer le cahier des charges est une étape fondamentale. Lucas a dû intégrer un nouveau vocabulaire, apprendre les techniques de fabrication, définir ce qu’il aimerait aussi. C’était à lui de déterminer le cahier des charges : la pratique que je voulais avoir, le type de plan d’eau où je souhaitais naviguer, le nombre de personnes que je désirais embarquer. Il lui restait à passer du rêve à la réalité en fonction de ses compétences, accorder son goût pour le traditionnel avec ce qu’il se sentait capable de faire. Cette équation l’orientera alors vers le plan idoine. Le bateau dont il a besoin, fruit d’un chantier à sa mesure, ce sera un Beg Meil sur plans Vivier, mais avec un bordé à lattes et non à clins. La sélection des plans est donc une étape clé, car elle garantit non seulement la faisabilité technique mais aussi la conformité administrative.
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Le Chantier de Construction : Patience, Précision et Savoir-Faire
Une fois les plans en main, le chantier peut commencer, demandant une grande rigueur et un dévouement constant. Patiemment et au rabot, Lucas ajuste la latte du bordé qu’il est en train de poser. Le chantier de La Vivacia, chez Lucas, se niche au fond d’une étroite vallée de la Meuse, littéralement posé au pied d’une petite église d’inspiration baroque. C’est un endroit où l’on s’attend à tout sauf à y trouver un bateau en construction. Ce trentenaire, charpentier et aspirant Compagnon, aime ce qui est traditionnel et qui a du sens. Tout dans sa façon de s’habiller, d’organiser son atelier ou dans le choix de ses outils indique cette quête d’esthétisme. Il répond à nos questions en bourrant sa pipe, traduction d’une nostalgie assumée. S’il s’est lancé dans cette aventure, c’est avant tout par goût du travail du bois et à la main de surcroît. C’est l’amour du beau geste qui a incité ce couvreur de formation à réaliser son propre esquif. C’est qu’il n’était pas franchement destiné à assembler des charpentes marines, lui qui a un temps entamé son tour de France, afin de devenir Compagnon du devoir.
L'espace de travail est un autre facteur déterminant pour la construction. Espace fonctionnel. La carène de La Vivacia, est assemblée dans un atelier entièrement orienté vers le travail du bois. Mais à l’époque, Lucas était engagé pour quelques années encore. Il a dû remiser cette idée dans un coin de sa tête. Ce temps, il le met à profit pour apprendre et choisir. Pour un catamaran, la question de l'espace est d'autant plus prégnante, nécessitant souvent plus de surface pour les deux coques. L'aménagement de l'atelier doit être pensé pour optimiser les différentes étapes de fabrication.
Le choix des techniques et des matériaux est fondamental. Le chantier est certes plus long : il faut environ 100 lattes pour terminer la coque, chacune haute de quelques centimètres et trois heures lui sont nécessaires pour en placer deux. Mais pour Lucas, le rendu final et le plaisir du geste l’emportent sur le reste. Alors avant de se saisir de son rabot pour pousser un ou deux copeaux, il prend le temps de l’affûter soigneusement, de le polir sur une pièce de cuir, pour un rendu et une glisse parfaite. Le but est de ne pas faire d’à-coups qui risqueraient d’entamer le bois, d’obtenir un résultat lissé, de travailler comme si la résine n’était pas là pour combler les anfractuosités.
L'Importance du Travail Manuel et la Maîtrise des Outils
Le contact direct avec le bois est souvent ce qui motive les constructeurs. Au contact du bois. Lucas aime travailler à la main avec ses outils choisis et aiguisés avec soin. Cette passion du travail manuel est née de contraintes toutes simples : Lucas venait de s’installer avec sa famille dans le village. De nouveaux voisins, des enfants en bas âge : deux facteurs qui lui imposent alors de limiter au maximum l’emploi de machines bruyantes. Loin de le ralentir, c’est devenu une contrainte créative. Il redécouvre la patience, le silence, la lenteur et la précision de l’ajustement à la main. Et si depuis, il privilégie le travail sans machine, il ne l’érige pas pour autant en dogme. Le charpentier continue à s’aider de la mécanique, avec parcimonie, « pour toutes les étapes où il n’y a pas de plus-value à travailler à la main ». C’est le cas du débitage des lattes, travail précis et répétitif, qui demande une grande régularité. Il conserve en revanche, le plaisir de les ajuster au rabot pour qu’elles épousent parfaitement l’arrondi de la coque. Ce plaisir de faire, il a rapidement eu envie de le partager.
Julien, dans son garage-laboratoire, voit son embarcation prendre forme peu à peu. Rêve d’intérieur. Son projet à lui n’est pas rêvé, il est pensé, mesuré. Dès le début, sa conception épouse précisément ses besoins, tout comme l’espace disponible pour le construire. Habitant non loin du golfe du Morbihan, paradis pour rase-cailloux, ce sera donc pour lui un Morbic 12. Une coque à clins, en contreplaqué de 5 millimètres et mâtée. Une carène simple à manier et rapide à construire. S’il a choisi de se lancer dans cette aventure, c’est avant tout pour voir naître un bateau à son image. C’est donc dans le garage de la maison familiale, dans un quartier pavillonnaire de Vannes, que ce plan Vivier prend forme. Déjà heureux possesseur d’un plus grand bateau à usage professionnel (baptisé Rase-Cailloux !), avec lequel l’été, il promène les curieux dans le golfe, il cherchait avant tout un canot pour se faire plaisir. Une unité capable de faire ce qu’un plus gros ne pourrait pas. Une embarcation acceptant d’être mise à l’eau à peu près n’importe où, que ce soit depuis une cale ou sur une plage. L’important sera d’être directement sur le spot. Il a même déjà une idée de la destination : Kerhostin et la côte sauvage de Quiberon, un endroit mal pavé et bordé de grottes. Avec son voile-aviron, il compte bien y caboter entre les roches, puis facilement démâter pour pouvoir se glisser où il veut.
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Pour les catamarans, l'assemblage des deux coques et de la plate-forme requiert une attention particulière à la symétrie et à la solidité des liaisons. La précision dans les découpes et les ajustements est encore plus cruciale pour garantir l'intégrité structurelle de l'ensemble. Les copeaux sont le témoin de ce travail minutieux. Même un chantier de taille raisonnable demande rigueur et précision dans les ajustements. C’est un peu une grande maquette. Au départ, ce qui fait peur, ce sont les cotes : tout est en millimètres. Sachant que le trait du crayon de bois fait déjà son millimètre… on a un peu d’appréhension, on a peur de faire une bêtise. Les premières découpes à la scie sauteuse étaient peut-être mal assurées : c’est un engin qui n’est lui-même pas hyper précis. Mais les choses se sont mises en place d’elles-mêmes. Il a, petit à petit, apporté plus de travail manuel dans sa construction pour affiner les découpes de la machine. Il y a découvert un certain plaisir, les sensations procurées par le travail des mains. Le silence, le calme et la précision.
Anticiper les Défis : Espace, Matériaux et Préparation Mentale
La construction d'un catamaran en bois, comme tout projet de cette envergure, implique d'anticiper de nombreux défis. L'espace de travail est souvent la première contrainte. La bâtisse en meulière, flanquée de volets jaunes, est comme un morceau de Bretagne au milieu de cette campagne de Seine-et-Marne, un pont entre ces deux mondes. Le « chantier naval » d’Olivier est installé dans la grange attenante. C’est là qu’il nous accueille, avec sa marinière et son air débonnaire. Le bâtiment aux belles dimensions abrite une coque à sa mesure : un Bepox 701 de 7 mètres hors tout, pour un maître bau de 2,75 mètres. Alors avant de débuter quoi que ce soit, il a d’abord fallu s’assurer que le navire sortirait bien par la porte : « J’ai commencé par une maquette à l’échelle 1/10e en papier. Puis je suis passé sur un gabarit en tasseaux à l’échelle 1. Un dimanche de réunion familiale, on s’y est mis à plusieurs, on est allé jusqu’à faire le demi-tour dans la cour et ça passe ! » Une étape qu’Olivier redoutait un peu : « Je suis vraiment limite en place, il ne pourrait pas faire 10 centimètres de plus. Mais si la grange était plus longue d’un mètre, je pense que le bateau le serait aussi. Ecrin sur mesure. Le projet d’Olivier épouse parfaitement l’espace disponible. En matière de construction navale amateur, le rêve épouse le cocon dont on dispose pour le faire naître.
Au-delà de l'aspect matériel, la préparation mentale joue un rôle prépondérant. On ne se lance pas dans un chantier de cette envergure sans s’y être conditionné et la préparation mentale peut prendre un certain temps. Il a fallu sept ans à Olivier avant de se décider, sept ans de recherches et de réflexion, de questionnements et d’impasses. C’est quand il s’est rendu compte qu’il n’aurait pas toutes les réponses - à moins de commencer - qu’il a franchi le pas. « Je crois que je me suis lancé au moment où j’ai compris que je n’arriverais pas à tout prévoir. » Ce fut un déclic, comme de se réveiller le matin en ayant compris une évidence : « C’est libérateur. » L’euphorie du lancement n’empêche pas certaines peurs de subsister. L’appréhension du travail de l’époxy en est une : « C’est un matériau qui demande des conditions d’application particulières. Quand on va sur les forums, on sait que ça va être une galère. » Pour dépasser cette crainte, il a fait un stage chez Sardine Boats, autant pour apprendre que pour se rassurer au contact d’autres passionnés qui l’ont vraiment accompagné. Dans un projet où il apprend beaucoup par lui-même, Olivier a voulu se donner les moyens d’éviter quelques erreurs, se donner confiance. Cette réassurance est passée notamment par la réalisation d’une maquette. Une petite barque reprenant la technicité de l’échelle 1, avec ses assemblages de résine, charge ou fibre de verre. C’est de cette façon que son bateau avance, de questions en réponses concrètes, par l’expérience. Olivier s’est posé la question d’acheter un bateau d’occasion, en bord de mer. Mais il avait peur que la frustration de ne pas pouvoir naviguer souvent soit plus grande que le pl…
La planification et la gestion du temps sont aussi essentielles. Même s’il estime le temps de construction à moins de quatre semaines en tout et pour tout (sans le mât), il compte l’étaler sur deux ans maximum. Une chose est sûre, il sait qu’il le terminera. Julien est confiant parce qu’il croit en ses capacités, mais aussi dans le choix de son architecte : « J’ai vraiment pensé à construire mon bateau quand je suis tombé sur les plans de François Vivier. » Avant de se lancer dans cette entreprise, il a donc pris le temps de réfléchir. Un recul nécessaire pour choisir le bon bateau et le bon architecte. L’important était de savoir qu’il était en capacité de l’assumer. « C’est comme pour une maison, il y a ceux qui connaissent un peu le boulot et qui vont rénover sans trop de difficultés. Puis il y a ceux qui se noient parce qu’ils ont mal anticipé la difficulté ou le temps nécessaire. » Il se souvient ainsi que dans sa jeunesse, à la fin des années 70, de nombreux bateaux fleurissaient dans les jardins alentour. Beaucoup n’ont jamais goûté à l’eau salée. Des constructions souvent ambitieuses : « C’était la grande époque du fibrociment. » Son chantier à lui est à l’abri au fond de son garage. Posé là entre un tas de bois et des vieux jouets. Un garage ordinaire pour un passe-temps qui ne l’est pas tout à fait. Incontestablement, il prend de la place et on a l’impression qu’il pourrait rester dormir là des années. Mais ce n’est pas le plan. Non, ce qui motive Julien, c’est la perspective de le voir toucher l’eau rapidement : « Ce n’est pas faire pour faire, mais faire pour aller naviguer. »
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