Carole Bouquet : Entre l'Écran d'Argent et les Racines Siciliennes, une Passion Méditerranéenne

Carole Bouquet, figure emblématique du cinéma français et international, a tissé au fil des années un lien profond et indéfectible avec l'Italie, en particulier avec l'île volcanique de Pantelleria. Au-delà de sa carrière distinguée d'actrice, cette femme de conviction est également devenue une vigneronne passionnée, ancrant ses racines dans cette terre méditerranéenne qui lui est chère. Son parcours, jalonné de rôles marquants et d'engagements personnels, révèle une personnalité complexe, guidée par la recherche d'authenticité et un amour sincère pour la culture et les paysages italiens.

Les Débuts d'une Carrière Hors Normes

Le destin de Carole Bouquet, née d'un père ingénieur et d'une mère au foyer, est marqué très tôt par une indépendance d'esprit. Âgée de trois ans, elle est séparée de sa mère qui part refaire sa vie dans le Sud. Lors d'entretiens publiés ultérieurement, elle juge sa jeunesse non pas malheureuse mais ennuyeuse, indiquant toutefois que son père, avare de paroles, l'a aidée à se construire : « Le regard d'un père vous construit. » Plutôt que de suivre assidument ses cours, elle préfère se rendre au cinéma pour voir les représentations de Buñuel et de Fassbinder alors qu'elle est envoyée dans un lycée religieux de Sœurs Dominicaines. Après l'obtention de son baccalauréat, elle poursuivra des études de philosophie à la Sorbonne avant d'intégrer, en passionnée de cinéma, le Conservatoire national supérieur d'art dramatique de Paris en 1976 pour y suivre un cycle d’études de trois ans.

Sa beauté, appréciée de tous, ne tarde pas à être remarquée. En 1977, Louis Buñuel la remarque et la fait débuter au cinéma. Elle est révélée au cinéma en 1977 dans le film Cet obscur objet du désir de Luis Buñuel. Pour ce long métrage, considéré comme un classique du surréalisme, elle partage l'interprétation du rôle principal de Conchita avec Ángela Molina. Ce film, cité aux Césars, devient culte et marque un tournant fondamental dans sa vie. En 2005, elle déclare à ce sujet : « C'est avec Buñuel que ma vie a basculé. […] Il me parlait de ma vie. »

Après cette expérience fondatrice, elle part pour New York afin de perfectionner son anglais. Chaperonnée par Andy Warhol et Peter Beard, elle vit en colocation avec l'actrice Clio Goldsmith. En 1978, elle refuse initialement d'incarner une James Bond girl dans Moonraker de Lewis Gilbert, sorti en 1979. Cependant, elle accepte de jouer aux côtés de Roger Moore dans le film suivant, Rien que pour vos yeux de John Glen, en 1981, un rôle qui la fera connaître du grand public, en France comme à l'étranger.

Une Carrière Jalonnée de Succès et de Reconnaissances

Le parcours de Carole Bouquet est jalonné de rôles marquants qui ont solidifié sa réputation d'actrice de premier plan. En 1984, elle est nommée au César de la meilleure actrice dans un second rôle dans Rive droite, rive gauche de Philippe Labro, à nouveau aux côtés de Gérard Depardieu. Son talent est pleinement reconnu lorsqu'elle remporte en 1990 le César de la meilleure actrice pour son rôle dans Trop belle pour toi de Bertrand Blier. Elle a également joué son propre rôle dans Grosse fatigue de Michel Blanc en 1994.

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Sa présence dans des productions cinématographiques italiennes témoigne de son affinité avec ce pays. Les Italiens connaissent bien cette actrice pour l'avoir vue dans des films de Dino Risi, Pasquale Festa Campanile, Carlo Vanzina, Marco Vicaro, Francesco Nuti, entre autres. Plus récemment, elle a montré sa capacité à émouvoir dans des rôles dramatiques. Elle est très émouvante dans Impardonnables, son premier rôle dans un film d'André Téchiné, dont l'action se passe à Venise. Ce film, présenté mardi 17 mai à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes 2011, a été l'occasion pour elle d'exprimer son enthousiasme : elle en parle comme d'« un délice rare ». En 2022, elle a participé au projet Ils s'aiment…enfin presque ! et en 2001, on l'a vue dans Madame de…. En 2006, elle a été choisie pour présider la 31ème cérémonie des César, une reconnaissance de son statut dans le cinéma français.

Le Visage Intemporel de Chanel et la Vie Personnelle

Le charme et la beauté hors normes de Carole Bouquet ont conduit la maison Chanel à la prendre comme égérie en 1986. Elle incarnera jusqu'aux années 1990 l’image du parfum No 5, devenant ainsi un symbole intemporel de l'élégance française.

Sa vie personnelle a également été sujette à l'attention médiatique. Entre 1978 et 1985, Carole Bouquet est la compagne du producteur Jean-Pierre Rassam, beau-frère de Claude Berri, dont elle a un fils, le producteur Dimitri Rassam, né en 1981. Avec le réalisateur et photographe Francis Giacobetti, elle a un autre fils, Louis, né en 1987. De 1992 à 1996, elle est l'épouse du chercheur Jacques Leibowitch, spécialiste du sida. Par la suite, Gérard Depardieu deviendra son compagnon en 1997. En décembre 2023, elle est signataire de la tribune en soutien à Gérard Depardieu alors accusé de viol, agression sexuelle et harcèlement sexuel. Un épisode plus ancien de sa vie privée a également été révélé : entre janvier et février 1985, les deux lignes téléphoniques de son domicile parisien ont été placées sur écoute par l'Elysée, durant l'affaire des écoutes de l'Élysée, sous le premier septennat de François Mitterrand.

L'Appel de l'Italie : Pantelleria, ses Vignobles et le "Sangue d'Oro"

Depuis la fin des années 1990, Carole Bouquet possède une propriété sur l'île de Pantelleria, au large de la Sicile. Cette connexion profonde avec l'Italie ne s'est pas faite par hasard. Son amie Isabella Rosselini lui a dressé un portrait si tentant de cette île à son retour de Pantelleria, que Carole Bouquet a décidé d'y passer les vacances de l'été suivant avec sa famille. Dès lors, elle en est tombée immédiatement amoureuse. Elle se souvient avoir été surprise par le côté très vert, très poétique des paysages. Pour elle, une île c’est presque un rêve, un territoire qu’on s’invente. Pantelleria, qui semble austère, ne l’est pas du tout, selon elle. Le fait qu’elle soit en Méditerranée compte énormément pour elle, lui donnant le sentiment de venir de là, d'une région où se sont accumulés des siècles de culture. Il y a, en effet, des traces millénaires de vie à Pantelleria, et tout y est d’une beauté, d’une simplicité. L’île n’est pas abîmée. Cela a été comme une évidence, même si rien n’était prémédité. Elle y voit des raisons d’identité qui l’ancrent profondément : « J’aime l’Italie d’une façon qui n’est pas raisonnable du tout. J’ai besoin du sud, j’ai besoin de la Méditerranée pour des raisons d’identité », dit-elle.

Cette propriété, acquise grâce à l'intermédiaire d'un architecte italien qui lui a expliqué que l'île de Pantelleria, un rocher volcanique perdu entre la Sicile et la Tunisie, regorge de trésors, est devenue son havre. À l'origine, elle louait une petite maison pour l’occasion, plantant « des centaines de rosiers à rose jaune plate » comme elle l'a confié au Figaro. Aujourd’hui, elle aime recevoir ses proches dans ce jardin secret qui a longtemps échappé au tourisme. De ce qu’elle appelle un lopin de terre, elle a fait des vignes fructueuses.

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Sa passion pour cette terre l'a conduite à se lancer dans la viticulture, un univers pourtant très éloigné du sien. Depuis 2005, elle possède et fait exploiter des vignes dévolues à la production de passito, un vin doux. C'est sa rencontre avec Claude Boudamani, un œnologue, qui a été le facteur déclenchant. Elle a également fait appel aux services de Dott Donato Lanati, un conseiller en viticulture et vinification. Cette initiative l'a amenée à remettre en état la terre qu’elle avait achetée, transformant des hectares de vignes et de câpriers abandonnés qu’elle a fait revivre et cultiver au mieux.

Carole Bouquet s'est lancée avec ténacité dans la production d’un vin très particulier. Elle a essayé de faire un vin à son goût, assez équilibré à partir du cépage zibibbo. Ce vin nécessite trois vendanges et est travaillé à la main, sur des vignes terrassées. Elle l’a baptisé « Sangue d'Oro » parce que c'est un vin difficile à produire et rare. Denis Saverot, rédacteur en chef de la RVF (Revue du Vin de France), a déclaré, interrogé par l’Agence France Presse : « Sans origine viticole, Carole Bouquet s'est prise de passion et a décidé d'y faire un vin liquoreux, très compliqué à produire, qui réclame beaucoup de temps. » Sa propriété produit désormais 5 000 bouteilles par an de Sangue d’Oro. Ailleurs, il est mentionné que son vignoble produit 14 000 bouteilles de 50 cl par an sous la marque « Sangue d'Oro ». Elle a d'ailleurs été primée parce qu’elle fait « rayonner la culture du vin en France », la RVF lui décernant le « Grand Prix du vin ». L'ex-James Bond girl a confié : « faire du vin, ce n'est pas mon métier, mais ils ont compris que j'avais une passion pour cette terre. »

Son attachement à Pantelleria est tel qu'elle y dit avoir établi ses racines. Elle précise que son amour du vin et son attachement à l'Italie et à la Sicile sont profonds. Elle aime la douceur incroyable de juin sur l'île, période où c'est déjà l'été. Sur l'île, on peut déguster la spécialité locale, des raviolis à la ricotta au sel de mer. Pour se restaurer, La Vela, hors saison, est idéale pour un verre face à la mer, et Il Principe e il Pirata est un très bon restaurant. Cependant, elle est souvent à la maison, se laissant porter par le vent et écoutant ses amis, bien qu'elle ait beaucoup moins le temps. Elle avoue que les voyages lui manquent et qu'elle ne connaît pas encore toute la France.

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