Le paysage musical nord-américain des années 1950 et 1960 a été le théâtre d'une effervescence créative sans précédent, marquée par l'émergence de genres qui, bien que distincts dans leurs approches techniques et esthétiques, partagent une racine commune dans l'énergie brute du rock'n'roll originel. Pour comprendre cette période, il est essentiel de revenir sur les fondements du rock'n'roll et du rockabilly, puis d'explorer la trajectoire fulgurante de la surf music et la rébellion spontanée du garage rock.
Les fondations : Du Rock'n'Roll au Rockabilly
Le rock'n'roll et le rockabilly naissent, dans la première moitié des années 1950, de la lente fusion entre musique noire (blues, R'n'B, swing, boogie, ragtime, gospel) et musique blanche (western music, hillbilly, bluegrass, folk, country'n'western, honky tonk). Le rock'n'roll et le rockabilly peuvent être considérés comme un mélange de quatre choses : la musique blanche (country ou hillbilly), la musique noire (blues ou r'n'b), le "bop" (jazz issu du western swing, bebop, ragtime ou boogie-woogie) et le gospel. Ce mélange est joué le plus vite possible (uptempo), avec des rythmes syncopés et bien souvent binaires.
L'orchestre type est constitué principalement d'une guitare rythmique, d'une "lead guitar" et d'une contrebasse, parfois complétés par une batterie, un saxophone ou un piano. Le chanteur est la plupart du temps guitariste rythmique. Des figures comme Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, Johnny Cash et Carl Perkins chez Sun Records ont défini ce son. Si le genre naît dans les années 50, on trouve déjà dès les années 30 des semblants de rock'n'roll, comme chez le bluesman Barbecue Bob.
La Surf Music : L'appropriation de l'Océan
La surf music naît de l'appropriation, au début des années 1960, par les surfeurs de la côte ouest, du rock'n'roll. Elle se caractérise par des compositions instrumentales rapides, utilisant la guitare électrique avec une forte réverbération (« wet sound ») et la technique de « tremolo picking ». Le pionnier du surf rock serait Dick Dale qui, avec son groupe The Del-Tones, l'aurait inventé en 1957. Il collabore avec Leo Fender pour concevoir des amplificateurs comme le Showman, capables de supporter la puissance sonore nécessaire.
La surf music est indissociable d'un style de vie né sur les côtes californiennes, marqué par les planches de surf, les voitures « woody » et une jeunesse en quête de liberté. Si le genre s'épanouit principalement au sud de la Californie avec des groupes comme The Surfaris (« Wipe Out ») ou The Chantays (« Pipeline »), il connaît une mutation avec l'arrivée des Beach Boys qui, tout en utilisant l'imagerie du surf, font basculer le genre vers une pop vocale plus sophistiquée. L'ère de la surf music ne dure guère : inaugurée en 1960, elle prend fin dès 1964, étouffée par la British Invasion.
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Le Garage Rock : L'énergie brute de la jeunesse
La musique garage rock naît vers le milieu des années 1960 aux États-Unis et au Canada. Le nom de ce style vient justement de ce côté brut et peu retravaillé, qui évoque un enregistrement réalisé dans des conditions minimalistes, comme fait dans un garage. Le garage rock est souvent considéré comme une réponse bancale, pas très présentable et donc très cool à la British Invasion.
Les groupes de garage rock, formés de lycéens ou d'étudiants, répètent dans le garage familial et jouent dans les bals de promo. Ils utilisent des instruments comme les orgues (Farfisa, Vox Continental) et la pédale fuzz pour créer une sonorité distordue. Parmi les pionniers, il convient de citer The Sonics, groupe américain formé à Tacoma en 1963. La préoccupation de ces groupes est d'abord de continuer à jouer du rock'n'roll, d'épater les copains et de prendre du bon temps. Musicalement, le garage rock se nourrit d'influences variées : british beat, folk rock, rhythm'n blues, rockabilly et tex mex.
Structure et esthétique du Garage Rock
Le garage rock se différencie du rock'n'roll standard par son aspect sale et volontairement médiocre. Il se divise en plusieurs catégories : le frat rock, très orienté années 1950 et instrumental, typique des soirées étudiantes ; le folk garage, version douce avec guitares électro-acoustiques ; et le garage punk, version la plus sale et au son fuzzé.
Le garage rock se déguste avant tout en single ou en compilation, car la plupart de ces groupes n'ont jamais enregistré d'albums. Des compilations mythiques comme Nuggets, Back From The Grave et Pebbles ont permis de raffiner le concept rétrospectivement. Des titres comme « Liar Liar » des Castaways ou « Abba » des Paragons expriment la quintessence du genre : une urgence adolescente, des orgues criards et un riff accrocheur.
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