La construction d'un canoë, qu'il soit pour le loisir ou l'exploration, représente une aventure passionnante, alliant l'artisanat traditionnel aux techniques modernes des matériaux composites. Pour toute question concernant les différentes façons de construire un canoë, notamment le modèle KAPALO, il convient de se plonger dans les détails des processus et des matériaux. Cette démarche s'adresse autant aux novices découvrant là le travail du bois ou des matériaux composites, ou les deux, qu'aux pagayeurs expérimentés désireux de créer leur propre embarcation. Si vous êtes arrivé jusqu'en bas de cette page, c'est que vous avez encore besoin d'être convaincu de l'intérêt de construire vous-même un bateau en bois et de choisir le canoë KAPALO. Avec leurs formes fluides, les bateaux ont toujours séduit. Un bateau est une source de beauté, mais s'il est construit de vos propres mains, et surtout s'il est en bois, les choses peuvent devenir incontrôlables et entrer dans le domaine de l'addiction et de l'extase. Pour ceux qui sont prêts à prendre le risque, nous allons détailler comment construire un bateau de A à Z.
Le Canoë KAPALO : Une Conception Moderne Inspirée par l'Histoire
Le canoë KAPALO est conçu pour les pagayeurs solo, offrant une expérience de navigation optimisée. Moderne avec ses bouchains vifs, il est très manœuvrant, ce qui le rend idéal pour une variété de plans d'eau. L’espace intérieur est important et permet de stocker du matériel pour le bivouac, soulignant sa polyvalence pour des expéditions de plusieurs jours. Ses caractéristiques techniques sont remarquables pour une embarcation solo : une longueur de 4.2 m, une largeur de 75 cm, un poids tout équipé de seulement 21 kg, avec un type de propulsion à pagaie et une capacité de chargement maximale de 120 kg.
La genèse du canoë KAPALO est profondément ancrée dans l'histoire de la navigation. Le canoë KAPALO est inspiré des bateaux de la vallée de Kootenay dans l'État de Washington aux États-Unis. Ces bateaux sont caractérisés par des extrémités dites inversées. Cette forme de canoë leur était imposée par l’emploi d’écorces rigides et peu malléables. Historiquement, ces canoës avaient un fond arrondi de sorte que bien peu des jointures de l’avant jusqu’à l’arrière se trouvaient sous l’eau, une caractéristique que l'on retrouve dans l'ingénierie moderne du KAPALO pour améliorer l'esthétique, les qualités nautiques, et la facilité de construction. Le résultat est un bateau léger, robuste, pratique et surtout très beau. Des modèles "historiques" comme le Chestnut Prospector 16 et 14 pieds, ainsi que le Seyler Hirondelle, ont également influencé son développement.
Principes Constructifs et Matériaux Clés pour un Canoë en Résine
La construction d'un canoë comme le KAPALO repose sur des principes solides et l'utilisation de matériaux composites avancés. Le pont et la coque sont construits séparément. Il n’y a pas de massif pour faire la liaison coque-pont, celui-ci est remplacé par un joint-congé époxy et tissu de verre, garantissant à la fois légèreté et robustesse. Pour l'assemblage des bordés, un joint-congé est renforcé à l'intérieur et de la fibre de verre est appliquée à l'extérieur. Le montage des extrémités implique un remplissage réalisé par l'extérieur pour assurer une parfaite solidité et durabilité. Des inserts sont collés à l'intérieur pour fixer solidement les équipements de pont, tandis qu'une jupe souple est fixée sur un support en bois pour créer l'étanchéité des capots étanches. Enfin, les cale-pieds sont fixés avec des inserts, complétant ainsi l'aménagement fonctionnel de l'embarcation.
Il existe plusieurs méthodes de construction de bateaux légers. En raison de sa simplicité, la méthode connue sous le nom de "stitch&glue" est souvent privilégiée. Cette méthode peut être abordée même par un constructeur débutant et s'apparente à de la couture.
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Les matériaux jouent un rôle prépondérant dans la réussite de la construction. La première étape consiste à trouver un modèle. Une fois que nous avons le dessin, nous devons nous procurer nos matériaux. Pour un canoë en bois et résine, nous avons besoin de feuilles de contreplaqué, souvent de 4 mm d'épaisseur. Si nous parlons de bateaux, nous parlons automatiquement de contreplaqué nautique. Le contreplaqué nautique a la qualité de ne pas s'écailler sous l'action de l'eau ou de l'humidité, tant en raison de l'essence de bois, comme l'okoumé, que de la colle avec laquelle les feuilles de placage ont été collées.
Outre le bois, la fibre de verre et les résines époxy sont indispensables pour imprégner le tissu de fibre de verre. Il est crucial de choisir de la résine époxy, pas polyester ! La résine époxy est un composé chimique à deux composants : la résine elle-même et le "durcisseur". La résine est préparée pour l'imprégnation peu avant l'utilisation en mélangeant les deux composants dans les proportions indiquées dans la fiche technique du produit, par exemple EPIPHEN RE 4020 + CATALYST DE 4020. Environ 5 litres sont nécessaires pour un bateau léger.
Concernant les fibres, plusieurs options s'offrent au constructeur :
- La fibre de verre : c’est la plus couramment utilisée. Elle est vendue sous forme de tissu d'un mètre de large. Elle est tissée en différentes épaisseurs et son poids spécifique permet de la différencier.
- La fibre de polyester : d’une très bonne résistance aux chocs, mais d’une rigidité médiocre, elle possède une densité faible.
- La fibre d’aramide ou de kevlar : excellente en traction, cette fibre est médiocre en compression, sa densité est faible.
- La fibre de carbone : d’une densité faible, elle est très résistante en traction et en compression. Son prix très élevé et sa fragilité aux chocs sont ses principaux défauts, mais elle procure une rigidité incomparable. Pour le carbone, vous faites bien de choisir un grammage pas trop gros pour la facilité de stratification ; il semble que votre échantillonnage soit un peu costaud ! Si vous voulez utiliser du carbone pour le gain de poids et la rigidité, vous devez travailler en époxy. Pour faire vos calculs, il suffit de prendre le poids total de carbone au m2, ajouter le même poids de résine époxy.
- Le mat : qui n’est pas tissé mais constitué d’un assemblage de mèches de fibres coupées.
Quant aux résines, les résines polyester sont économiques mais relativement lourdes et cassantes. Les résines époxy, quant à elles, assurent un excellent lien entre les tissus et une bonne inertie chimique à l’eau. Un bateau en époxy est meilleur que le polyester, et se répare aussi très bien.
Il existe également une matière qui ne nécessite ni de fibres, ni de tissus et ni de résines : le polyéthylène. Les bateaux en polyéthylène sont plus lourds que les bateaux de fibres, mais ils sont aussi beaucoup plus solides. À cela, il faut ajouter un bon rapport qualité/prix. On distingue différentes qualités de polyéthylène :
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- Le polyéthylène linéaire : représente la plus basse qualité. La souplesse du matériau amène les constructeur⋅rices à produire des bateaux lourds pour avoir une rigidité satisfaisante.
- Le polyéthylène haute densité : est le plus dur et plus rigide. Sa dureté fait qu’il ne peluche pas trop à l’usure. Sa rigidité naturelle permet de construire des bateaux moins lourds qu’en linéaire.
- Le polyéthylène réticulé : d’excellente qualité est obtenu par ajout d’un composé chimique au moment de la polymérisation de l’éthylène.
Les Étapes de Construction d'un Canoë en Résine : Du Plan à la Mise à l'Eau
La construction d'un canoë, qu'il s'agisse du KAPALO ou d'un autre modèle, suit un processus structuré. Nous avons également besoin d'un espace couvert de 6x3m, à l'abri des intempéries, pour mener à bien le projet.
1. Préparation et découpe des pièces :Avec les matériaux en main, il est temps de s'occuper des outils. Pour couper le contreplaqué, nous avons besoin d'une scie pendulaire, et pour le reste, nous avons besoin des outils habituels : une défonceuse, une scie à main, une scie égoïne, un brevet, une perceuse, etc. La première opération consiste à tracer les éléments du bateau sur le contreplaqué. Il y a plusieurs façons de procéder, mais les plans sont souvent décrits par un ensemble de coordonnées X-Y indiquées dans un plan. En transposant ces points sur le contreplaqué par des mesures à la règle, on obtient un ensemble de points que l'on relie ensuite par des lignes droites. À la fin de l'opération de découpe, on obtient des bandes courbes appelées filets. Comme un canoë peut mesurer jusqu'à 5 m de long et que le contreplaqué ne mesure que 2,5 m, il faudra coller deux filets bout à bout, l'un dans l'axe de l'autre. Après avoir lu assidûment le livret envoyé par un fournisseur, il est possible de partir à la recherche d'une poutre en red cedar et de quelques plaques de contreplaqué. Le débit de la poutre, qui peut faire 100 par 200 de section sur 4m90, est une étape qui peut être longue, même si c'est un bois léger.
2. Assemblage et mise en forme (Stitch & Glue) :Pour passer à la forme 3D du bateau, il faut coudre le périmètre des filets de contreplaqué avec du fil de cuivre. La préparation se fait en faisant des trous équidistants (tous les 15 cm) dans le contour des filets, qui sont cousus par paires, deux par deux, avec des boucles de fil de cuivre torsadées ensemble. À la fin de ce travail, nous pourrons voir le bateau pour la première fois dans sa taille réelle et nous imaginer en train de nous y promener, ce qui soutiendra notre enthousiasme et nous incitera à continuer.
Une étape clé est la fabrication des étraves. Il faut faire un support et un moule. Rien de compliqué surtout que le manuel est très bien fait. Il suffit de suivre les consignes et de ne pas se presser. Cela implique de prendre 6 baguettes de 5 mm d'épaisseur, de les mettre dans une étuve, puis sur le moule d'étrave avec tous les serres joints disponibles, laisser sécher, puis démouler et remouler avec de la colle PU. C'est la meilleure partie de la construction. Le kayak prend forme. Chaque jour sa latte ! Arrive l'étape du ponçage et de la mise en place des étraves externes. Beaucoup de plaisir à poser et mettre en forme les étraves externes, et pas de visses en métal qui dépassent !
3. Stratification et finition :La résine devenant visqueuse au bout de quelques minutes de mélange, il est impératif de préparer des doses successives, suffisamment petites pour avoir le temps de s'étaler avant de durcir. Poser le tissu de fibre de verre sur le corps en contreplaqué et le sécher à l'aide d'une brosse jusqu'à ce qu'il soit parfaitement plat et sans plis, puis verser le mélange de résine et de durcisseur dessus, en l'étalant uniformément sur toute la surface à l'aide d'une raclette, d'une brosse ou d'un trafalquet. Une fois imprégné, le tissu de fibre de verre devient parfaitement transparent, de sorte que le bateau ressemble à du bois verni.
C'est là que les difficultés peuvent surgir. Après l'achat de la résine et de la toile de verre, il peut arriver que toute la toile de verre ne disparaisse pas dans la résine, ce qui est une catastrophe. Il faut parfois tout arracher alors que c'était sec et se remettre au ponçage. Ce processus peut même entraîner la "décès" d'une ponceuse, nécessitant l'équipement d'une nouvelle ponceuse avec tous les plateaux mousse et disques de ponçage. La note est salée mais l'investissement en vaut la peine pour un résultat impeccable.
Deux jours après la dernière application, la résine est suffisamment polymérisée pour continuer le travail et on peut procéder au renforcement des bords en collant des lattes de bois de 25x25mm appelées margelles le long des bords, et des ponts triangulaires peuvent être réalisés à l'avant et à l'arrière à partir de lattes ou de planches de bois. Un grand jour arrive quand on démoule le canoë et on le stratifie avant de ne plus pouvoir utiliser la résine. Rien de compliqué, il suffit de savoir poncer, encore et toujours. Quelques sueurs tout de même peuvent être rencontrées pour enlever les deux moules d'étraves qui restaient collés à la coque.
La finition intérieure dépend de l'aspect final que vous voulez obtenir. Le processus peut inclure la pose des plats bords, en utilisant un petit gabarit pour faire les 'encoches', puis en dégraissant un côté au rabot à main, puis l'autre côté après l'avoir plaqué à grands renforts de serre joints. Viennent ensuite les pontets, sans grande difficulté, en laissant parler l'artiste. Les rabots à main sont très agréables à utiliser, offrant un rendu superbe sans bruit ni poussière. Après cela, il faut poncer avec une ponceuse à bande au grain 40 pour les listons, qui nécessitent de nombreux serres joints. Il restera à jouer de la ponceuse à bande et excentrique pendant plusieurs heures pour finaliser la belle structure.
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Le projet, qui peut débuter en février, peut se terminer l'année suivante, compte tenu de l'impossibilité de travailler la résine à cause des températures froides.
4. Aménagements et Mise en Service :Le canoë est terminé et prêt à être mis à l'eau, mais pour une première pagaie, nous avons encore besoin de sièges pour les pagayeurs et, bien sûr, de rames. Traditionnellement, les sièges sont fabriqués sous forme de cadres en bois à l'intérieur desquels le siège est tissé avec un fil synthétique non extensible. Une approche plus artisanale consiste à canner les sièges à l'ancienne, en commandant de la canne de rotin de différentes épaisseurs et en perçant de nombreux trous tout autour des sièges. Cela est un travail très long et chronophage.
Les pagaies sont constituées de lattes de pin collées en forme de panneau, puis moulées avec du papier de verre. Pour protéger le bois de l'eau, les pagaies sont entièrement laminées avec de la fibre de verre et recouvertes de résine époxy comme le corps du canoë.
Enfin, le moment rêvé du lancement est arrivé ! Les enfants sont plus excités que les constructeurs, les amis prévenus et présents. La première mise à l'eau, même avec des pagaies de paddle prêtées et pas complètement adaptées, est un moment de bonheur. C'est rapide, fluide, facile à tourner, hyper agréable et confortable. Voilà, c'est fait. Nous sommes les heureux propriétaires d'un bateau de plaisance qui nous a donné satisfaction et nous a permis d'améliorer notre estime de soi. Il est souvent dit qu'un bateau en bois fait à la main crée une dépendance : dans la plupart des cas, le premier bateau construit n'est pas le dernier.
Options d'Acquisition et de Construction du Canoë KAPALO
La construction d'un canoë KAPALO offre une grande flexibilité, avec des formules adaptées à chaque niveau d'engagement et de compétence, du plan de construction au bateau prêt à naviguer.
1. Construire à partir d'un plan :Plusieurs types de plans sont disponibles, accompagnés d'un dossier de construction et d'un suivi de construction.
- Plan papier à transférer (79€60) : Inclut des pièces superposées. Il faut les reporter et découper, avec un suivi de construction inclus.
- Plan papier avec pièces non superposées (129€50) : Permet de coller le plan et découper, également avec un suivi de construction.
- Fichier de découpe numérique (149€50) : Un fichier au format DXF, téléchargeable après achat, avec un suivi de construction. Ces plans sont disponibles en France, en Europe, dans les Dom-Tom, et au Canada. Ils peuvent inclure des plans stratifiés, à l'échelle 1, et un plan d'aménagement à l'échelle 1:10, invitant à de longues soirées à s'en imprégner.
2. Construire à partir d'un kit :Trois types de kits sont proposés, chacun avec un dossier de construction et un suivi de construction. Toutes les formules sont possibles, et il est même possible de commander séparément les produits en boutique, comme un kit matériaux sans découpe, auquel cas il faudra acheter un plan papier pour tracer les plaques.
- Kit matériaux sans découpe : Comprend le bois, la résine, les équipements, et le plan.
- Kit complet avec découpe : Inclut le bois découpé et tous les matériaux nécessaires.
- Kit bois : Contient le bois découpé et le plan.
3. Construire pendant un stage :Pour ceux qui préfèrent un encadrement professionnel, des stages de construction sont organisés.
- Stage complet : Comprend un kit complet et un encadrement PRO. La pension est également possible.
- Stage complet avec logement : Inclut le kit, l'encadrement, et le logement.
4. Acheter un canoë KAPALO prêt à naviguer :Pour ceux qui souhaitent naviguer sans passer par l'étape de la construction, il est possible d'acquérir un bateau déjà assemblé.
- Construction, personnalisation : Permet d'obtenir un canoë KAPALO sur mesure.
- Prêt à naviguer avec tout l'équipement : Une solution complète, incluant la construction et tous les équipements, comme des pagaies en bois adaptées aux hiloires.
Il est important de noter que l'utilisation des plans et kits est généralement limitée à un usage personnel, en respect de la propriété intellectuelle.
Conseils Pratiques et Précautions de Sécurité lors de la Fabrication
La fabrication d'un canoë, notamment avec des résines et des fibres, requiert une attention particulière aux détails et à la sécurité.