L'univers de Kid Paddle, une figure emblématique de la bande dessinée, continue de ravir ses fans, célébrant cette année ses 30 ans. Trente ans, et pourtant, il n’a pas pris une ride, demeurant une source inépuisable de gags et d'aventures vidéoludiques. Cette longévité témoigne de l'impact durable de la création de Michel Ledent, alias Midam, dont le parcours et l'œuvre s'entremêlent avec l'histoire du Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême, qui lui a consacré des expositions mémorables.
Kid Paddle : Un Phénomène Cultes et Son Créateur, Midam
Kid Paddle est un personnage central d'un florilège de gags qui se situent au City Game. Nous y retrouvons Kid Paddle, accompagné de ses fidèles amis Big Bang et Horace, et croisons le gérant, Mirador, ainsi que son fameux chien de garde, Radar. D'autres figures familières peuplent son quotidien, comme le Papa de Kid, sa sœur et le vendeur de Planète Zombie. Le dessin de Midam est toujours aussi bon, aussi parfait. Les personnages sont si expressifs et si dynamiques, même les blorks ont autant de charisme qu’un de nos ministres actuels ! Ce best-of, publié à l'occasion de cet anniversaire, promet de faire mourir de rire du début à la fin, car Midam s’y connaît pour trouver le moindre détail qui fait dérider les zygomatiques. L'auteur n’est pas tendre avec ce pauvre Horace, qui en prend souvent pour son grade.
Le créateur de cet univers, Michel Ledent, dit Midam, voit le jour le 16 mai 1963 dans la commune bruxelloise d'Etterbeek. À 18 ans, il choisit l'orientation de ses études et se tourne, un peu par hasard, vers des spécialités artistiques, s'engageant d'abord en architecture d’intérieur durant un an, puis en photographie. Après ses études d’illustration, il effectue son service militaire dans la Force Navale belge en tant que dessinateur-décorateur, où il trace sans cesse des croquis de bateaux. Son parcours le mène ensuite au journal Spirou, où il intègre l’équipe en 1992, animant diverses rubriques telles que Zig-Zag et parfois le sommaire. C'est seulement un an plus tard qu'il crée le personnage de Kid Paddle. L’ère du jeu vidéo lui donne l’opportunité de créer ce petit garçon fan de jeux vidéo, suivi de sa ribambelle d'amis, tous passionnés par l’univers virtuel. Le rédacteur en chef de Spirou passe rapidement de la demi-page à la pleine page pour les aventures de Kid Paddle. En 1996, le premier album de Kid Paddle voit le jour, marquant le début d'un succès phénoménal. Les gags s’enchaînent et plaisent. En quelques années, pas moins de trois millions d’exemplaires sont vendus et lus par une génération en adéquation avec les nouveaux loisirs. Loin de s’enfermer dans ce succès, Midam réalise encore en 1997 la série d’albums humoristiques intitulée "Durant les travaux, l’exposition continue". En 2002, le premier Kid Paddle Magazine apparaît.
Le succès de Kid Paddle ne se limite pas aux planches de bande dessinée. Midam produit en 2004 une série spin-off intitulée "Game Over", mettant en scène l’avatar virtuel de Kid Paddle, Le Petit Barbare. Les ventes de Kid Paddle représentent plus de 7 millions d'albums en 2011, depuis le premier tome édité en 1993, attestant de l'engouement du public pour cet univers. Des centaines de produits dérivés ont été créés à l’effigie de Kid : vêtements, chaussures, jeux de cartes, skateboards, tatouages, jeux vidéo, fonds d’écran pour GSM, figurines, jouets, puzzles, draps de plage, couettes, papeteries et bagageries, contribuant à étendre la présence du personnage au-delà du médium papier. L'influence de l'œuvre et de son créateur s'est même fait sentir dans le monde scientifique : en 2008 et 2015, deux espèces de coléoptères Histeridae, Hypocaccus kidpaddlei et Phloeolister midami, sont nommées en hommage à Kid Paddle et Midam par l’entomologiste Yves Gomy.
Sur le plan de sa carrière professionnelle et de son parcours éditorial, Midam crée en 2002 la société Midam Productions. Après quatre ans, l'auteur constate qu'il doit produire toujours plus d'albums de BD pour alimenter sa structure et compenser le manque de merchandising, d'audiovisuel et la baisse générale des ventes des bestsellers BD, ce qui entraîne une surcharge de travail. En 2014, Mad Fabrik, l'une de ses entreprises, rejoint le groupe français Glénat. En 2019, l’auteur signe un contrat d’édition chez Dupuis pour les futurs albums, renouant avec son éditeur historique après une parenthèse de 10 ans. Le pseudonyme de l'auteur, Midam, est une contraction de son vrai nom, Michel Ledent, en « Mi-dent ».
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Kid Paddle en Lumière à Angoulême : Une Exposition Inoubliable
Angoulême, capitale mondiale de la bande dessinée, a réservé une place de choix à l'univers de Kid Paddle. Le Festival International de la Bande Dessinée, événement majeur pour les amateurs du neuvième art, a notamment programmé une exposition d'envergure, "Le monde de Kid Paddle", lors de sa 34ème édition, du 25 au 28 janvier 2007. Cette "énorme Expo Kid Paddle" s'annonçait comme la plus grande surface jamais dédiée à la jeunesse, soulignant l'importance du personnage. Si le Kid est un des rois des cours d’écoles, il a largement dépassé cet espace pour envahir celui de parents tout aussi gagas des gags du fou de jeux vidéo.
Cette exposition était divisée en plusieurs modules interactifs pour offrir une expérience immersive aux visiteurs. Le premier de ces espaces était dédié à une exposition des planches et des croquis de Midam. C’était le moment idéal pour les retrouvailles des fans avec cet inépuisable dénicheur de gags, permettant d'apprécier la finesse et l'expressivité de son trait. Des épisodes du dessin animé Kid Paddle, bien connu des jeunes téléspectateurs, y étaient diffusés en boucle, prolongeant l'immersion dans son monde animé.
Le deuxième module, d'une superficie considérable, s’annonçait déjà comme l’un des plus toniques. Dans cet espace interactif, le public était invité à pénétrer dans la prison des blorks, ces monstres fameux qui peuplent l’univers de Kid Paddle, et à y vivre des expériences inédites et frissonnantes. Pour des raisons de sécurité, les jeunes visiteurs et ceux qui les accompagnaient ne pouvaient stationner que par petits groupes de vingt personnes, assurant une expérience optimale pour chacun. Le troisième module du site Kid Paddle était, enfin, un espace boutique où étaient proposés affiches, objets, bref tous les dérivés de l’univers de Kid Paddle, permettant aux fans d'emporter un souvenir de leur héros. Un bonus de poids enrichissait cette expérience : Midam en personne venait y assurer une séance de dédicace quotidienne de deux heures, pendant toute la durée de son séjour au Festival. Une présence qui mettait en relief la très forte implication du dessinateur aux côtés de l’équipe du Festival tout au long du processus de préparation de ce grand rendez-vous Kid Paddle. La série Kid Paddle, dont 10 albums étaient parus à l'époque, est publiée par les éditions Dupuis.
Le 34ème festival d’Angoulême de 2007, en plus de l'exposition Kid Paddle, proposait une riche programmation incluant d'autres expositions majeures comme "Pierre Christin et Valérian", "Hergé", "Jim Woodring", "Desseins", et une "exposition universelle de la BD", ainsi qu'une présentation du plasticien "Bernard Pras". Des rencontres internationales avec des auteurs tels que Woodring, Mattioli, Toppi, Canepa, Barbucci, Touÿs et Frydmann, Christin et Mézières, Blutch, Loisel et Tripp, Burns, Smith, Abel, Bechdel, Lee étaient également organisées. Les animations comprenaient "les 7 merveilles de Lewis Trondheim", un "Wall Strip" (atelier-performance), des rencontres dessinées avec Sfar, Blain, Sattouf et Sapin, des concerts de dessins avec Tanquerelle, Zep, Debeurme, Bonhomme, Tripp, Loisel, etc., sur un scénario de Trondheim, mis en musique par Belkacem, et un concert de Brigitte Fontaine, mis en images par Blutch, ainsi qu'un match d’impro BD. Des espaces thématiques étaient dédiés aux mangas, à la jeunesse, aux écoles et formations, aux tables rondes, aux rencontres, aux ateliers, au forum Leclerc et au pavillon jeunes talents. Des documentaires sur Tardi, Willem, Manu Larcenet, Trondheim et Midam lui-même étaient aussi diffusés.
L'Héritage et les Influences : La Méthode Midam et les Nouveaux Talents
L'influence de Midam et de son univers dépasse les frontières de ses propres créations, imprégnant le travail d'autres artistes de la bande dessinée. Julien Mariolle, par exemple, un auteur libournais diplômé de l’école supérieure de l’image d’Angoulême, est un exemple de cette transmission. Cet ancien enseignant en arts plastiques a été mis à l'honneur d'une exposition temporaire au Boma de Saint-Denis-de-Pile, intitulée "Humour, enfance et rock’n’Roll dans la musique dans la BD de Julien Mariolle", qui s'est tenue jusqu’au 12 novembre. Une rétrospective à 44 ans, l’idée étonne encore Julien Mariolle, mais il se plie à l’exercice, accueillant les gens avec un grand sourire, le regard s’illuminant à chaque visage connu. Il confesse ne pas être très à l’aise, expliquant que ce n’est pas pour rien qu'il fait "un travail de moine". L’auteur de BD, connu pour ses productions jeunesse, dont l’inénarrable « Pilo », ne se sent pas pour autant perdu car il joue à domicile. Natif de Libourne, l'artiste est revenu vivre et travailler en Gironde.
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Interrogé sur la façon de devenir auteur de BD, Mariolle répond : « J’ai commencé à dessiner enfant. Je ne me suis jamais arrêté. » L’homme sourit du lieu commun mais après tout, c’est exactement ça. Julien Mariolle se définit comme le rejeton de « Récré A2 » et de la revue « Strange », confiant : « J’ai toujours voulu savoir comment était fabriqué ce que je lisais ou voyais. » Une vitrine de l’exposition de Julien Mariolle est d'ailleurs consacrée à ces influences, à ses passions d’enfance, et aux dessins qui ont suivi, qu'il montre aux enfants « pour les rassurer, leur montrer que tout le monde démarre de la même façon. »
L’enfance est devenue le domaine de prédilection de l’artiste, presque par hasard. Il illustrait des blagues « pour moi, pour les copains, assez naturellement. On m’a dit que c’était ça que je devais faire. » Julien Mariolle avait pourtant une autre vision du métier, avec un style développé pour des récits « adultes, plutôt sombres ». Il ne regrette pas le virage. L’univers lui plaît, il aime s’adresser aux enfants, et les enfants le lui rendent bien. Il a été à bonne école : celle de Midam et du studio Mad Fabrik, avec qui il a collaboré sur « Kid Paddle », « Game Over » et « Grreeny ». Il a conservé « sa méthodologie », assumant une grammaire BD très classique, « tout en mettant des ninjas et des super-héros partout ». Cette approche s’impose sur « Pilo », ou aujourd’hui « Science infuse », créée avec Bertrand Escaich (du duo BeKa) et Chacma.
Planches, croquis et crayonnés témoignent de cette évolution artistique de Mariolle. L’auteur ne s’interdit pourtant pas des écarts. Telle l’expérience « Kriss Valentin » qui l’a vu utiliser une technique radicalement différente, celle des croquis qu’il réalise dans le cadre de concerts de rock, son autre passion. Ces images voient son imaginaire entrer en collision avec celui de Luz, dont il est un grand admirateur. L'exposition comprenait des ateliers avec l'artiste ainsi que des performances musicales et graphiques.
L'Empreinte de la BD à Angoulême : Une Ville Sous le Signe du Neuvième Art
Angoulême, bien au-delà des expositions temporaires, incarne un hommage permanent à la bande dessinée, et Kid Paddle y tient une place significative. Dans le cadre d’un partenariat entre SNCF Gares & Connexions et le Festival International de la Bande Dessinée, une personnalisation permanente de la gare d’Angoulême sur le thème de la bande dessinée a été conçue. Les voyageurs sont ainsi accueillis par Gaston Lagaffe, Boule et Bill, Lucky Luke, Adèle Blanc Sec, Corto Maltese, Alix, Black Sad. Ils entrent dans la gare salués par Astérix et Obélix en personne, montent et descendent les escaliers avec les Schtroumpfs, et croisent dans le souterrain des créations de Persépolis et Marjane Satrapi enfant. Sur les piliers, ils retrouvent Titeuf, Kid Paddle, Petit Vampire, les Légendaires, le troll Hébus, et bien d'autres figures emblématiques. Cette omniprésence des héros de papier dans le paysage urbain témoigne de l'importance culturelle de la bande dessinée dans cette ville, faisant de Kid Paddle un résident permanent de son imaginaire collectif.
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