Le port de La Trinité-sur-Mer est bien plus qu'une simple marina côtière ; il est un port d'attache légendaire avec plus de 60 ans d'histoire sportive, une forêt de mâts multicolores et le quartier général des plus grands skippers du monde. Destination emblématique, elle offre un spectacle nautique permanent avec ses maxi-trimarans de haute technologie, ses régates prestigieuses, ses vues panoramiques sur la rivière de Crac'h et ses parcs ostréicoles ancestraux, le tout enveloppé dans l'atmosphère typiquement bretonne de ses quais animés. Ancré dans l'estuaire de la rivière de Crac'h, ce port de plaisance et base nautique accueille des monocoques et des multicoques de toutes tailles, des chantiers navals et une école de voile. La Trinité-sur-Mer est indissociable de la figure emblématique d'Éric Tabarly, dont les exploits et les innovations ont profondément marqué l'histoire de la voile, faisant de ce lieu un véritable musée à ciel ouvert de la course au large, où l'esprit pionnier se perpétue à travers l'évolution des voiliers, notamment les trimarans de course.
La Trinité-sur-Mer : Un Port à l'Histoire Riche et à la Vision Moderne
La Trinité-sur-Mer a vu le jour en tant que commune distincte en 1864, lorsque une quinzaine de villages se sont dissociés de Carnac, cherchant l'indépendance pour miser sur le développement de leur port. Ce petit port de pêche, situé à l'embouchure d'un estuaire, bénéficie d'un atout géographique exceptionnel : protégé des vents, il est doté d'un tirant d'eau permettant d'accueillir de grosses unités. De port de pêche et de commerce, il est rapidement devenu un lieu de belle plaisance dès le début du siècle, s'érigeant en centre de toute l'activité trinitaine. Depuis la fin du XIXe siècle, La Trinité-sur-Mer est un lieu de rencontre pour un yachting naissant en France, issu dans un premier temps des bateaux de pêche locaux.
Dès 1879, le port a créé son yacht-club sous le nom de Société des Régates de La Trinité-sur-Mer, nom qu'elle a conservé jusqu'en 1895 pour devenir la Société Nautique de La Trinité-sur-Mer (SNT). Son article premier stipule l'objectif d'« encourager et développer le goût de la navigation de plaisance maritime et favoriser les progrès des constructions françaises ». Le règlement des courses de l'époque précisait que « est considérée comme Canot ou Chaloupe de plaisance, toute embarcation non inscrite en pêche… ». Les pionniers de la régate trinitaine, tels que Le Goff, de Kerviler, Le Rouzic, Perroud, et de Kersauson, ont posé les premières pierres de cette tradition nautique. Après les guerres, une nouvelle génération a pris le relais, incluant Éric Tabarly, Alain Colas, André Viant, André Facque, et Michel Caradec, suivie par Gilles Gahinet, Jean-Michel et Patrice Carpentier, Loïc Caradec, Philippe Facque, Éric Loizeau, Jean-Michel Viant, et Sylvie Vanek. Aujourd'hui, Thomas Coville, Marc Guillemot, Erwan Le Roux, et Francis Joyon continuent de faire vivre la course au large, un des axes majeurs du développement du club depuis les années 60.
La Trinité-sur-Mer, surnommée « la Mecque de la voile », s'apprête à fêter ses 150 ans. Elle est reconnue mondialement comme un haut lieu de la course au large, ayant attiré les plus grands noms de la voile comme Éric Tabarly, Olivier de Kersauson, Loïc Caradec, et les champions actuels tels que Thomas Coville (Sodebo Ultim'), Francis Joyon (IDEC Sport, détenteur du record du Trophée Jules Verne en 40 jours, 23 heures, 30 minutes en 2017), et Alexia Barrier (préparant la première tentative féminine en 2025). Le port accueille des maxi-trimarans de 31-32 mètres avec foils, capables d'atteindre des vitesses de plus de 30 nœuds et de battre des records océaniques.
L'un des points d'intérêt majeurs et une source de panoramas uniques est le Pont de Kerisper. Ce viaduc en acier, dont la construction originale par Gustave Eiffel remonte à 1901, a été détruit par les Allemands le 8 août 1944 pendant la Seconde Guerre mondiale. Sa reconstruction a eu lieu entre 1956 et 1958, nécessitant deux ans de travail. Avec une hauteur d'arche de 86 mètres et une longueur de 203 mètres, il offre une vue spectaculaire à 180° sur le port et la rivière. À l'est, on peut admirer la marina, sa forêt de mâts, et les maxi-trimarans Sodebo et IDEC ; à l'ouest, la rivière de Crac'h, ses parcs ostréicoles et sa végétation de ria. Ce contraste saisissant entre le port moderne et son environnement naturel contribue au charme de l'endroit.
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La Société Nautique de La Trinité-sur-Mer, bien que n'étant pas le plus ancien yacht-club de France, reste l'un des plus dynamiques, notamment pour les régates monotypes et habitables. Dès les années 70, La Trinité-sur-Mer est devenue le rendez-vous de tous les régatiers venant s'entraîner en plein hiver en baie de Quiberon. Les parcours du week-end ont permis d'initier de nombreux futurs coureurs au large sur des voiliers tels que Flush Poker, Tequila, Arpège, Armagnac, qui commençaient tout juste à se transformer en course-croisière. André Viant a été l'un des grands animateurs du port, armant ses successifs bateaux : Esprit de Rueil, Katsou, Grand Louis, Kriter. Le premier bulletin de la Société Nautique a vu le jour en 1967, à l'occasion du retour des vainqueurs du RORC : Pen Duick III, Esprit de Rueil, Margilic VI. De plus en plus de courses au large partent ou font escale à La Trinité-sur-Mer, venant de Plymouth, de Leiqueito, ou en direction de La Rochelle et Bénodet. Lors de l’automne 1971, sous l’impulsion de Michel Perroud, les premiers entraînements d'hiver ont été inaugurés, devenant un rendez-vous incontournable pour les régatiers.
En 1973, une année phare pour les coureurs de La Trinité-sur-Mer, certains ont embarqué sur Grand Louis ou Pen Duick VI pour le tour du monde, et les femmes ont eu leur course dédiée : la Gan-Figaro. Des régates en solitaire ou en couple, le tour des trois îles, les courses du RORC, et les Challenges (Max Guedj, Pierre Boreau) ont rassemblé de plus en plus de bateaux s'entraînant et se préparant pour les épreuves internationales. À l'initiative de Gilles Le Baud et d'André Facque, le Spi d'Or-Ouest France, devenu le Spi Ouest-France, a été créé à Pâques 1979 pour célébrer le centenaire de la Société Nautique. Reprenant la course de clôture des entraînements d'hiver, les Cent milles autour des Birvideaux, de Belle-Île et des Cardinaux, cet événement est devenu une institution. La barre des cent voiliers a été franchie dès la troisième édition, et le Spi Ouest-France, avec 400-450 bateaux et plus de 2000 marins pour sa 48e édition en avril 2026, est aujourd'hui la plus grande régate de croiseurs en Europe, accueillant tous les coureurs renommés.
Éric Tabarly : Le Marin Révolutionnaire et l'Âme des Pen Duick
Éric Tabarly, né à Nantes, a découvert la navigation à l'âge de trois ans à bord d'Annie, le bateau familial. En 1938, son père, Guy Tabarly, a acheté un voilier ancien, Pen Duick, construit en 1898 et dessiné par William Fife. En 1952, son père a envisagé de revendre Pen Duick, qui ne naviguait plus depuis 1947 et était en très mauvais état. Mais devant l'intérêt de son fils, il lui a cédé le bateau. C'est à bord de ce Pen Duick original qu'Éric Tabarly a appris à naviguer. Pour obtenir un revenu sûr et régulier lui permettant de sauver et de restaurer ce voilier, Éric Tabarly a décidé de s'engager dans la Marine nationale.
Incorporé en février 1953, il a été sélectionné comme pilote de l'aéronautique navale, servant en Indochine française où il a effectué environ mille heures de vol. Tabarly a commencé à remettre en état son voilier en 1956, mais la coque s'est avérée irréparable. Ayant l'idée de l'utiliser comme moule, il a construit en 1958, au chantier Costantini (aujourd'hui disparu), une nouvelle coque en stratifié polyester. Ainsi, en 1959, Pen Duick naviguait à nouveau, portant en lui l'esprit d'innovation qui caractérisera toute la carrière d'Éric Tabarly.
Sa carrière sportive de haut niveau dans la course au large s'est parallèlement développée. Souhaitant participer à la course transatlantique en solitaire (OSTAR) de 1964, il a été mis, sur sa demande, en détachement spécial par la Marine nationale, ce qui lui a permis de naviguer librement tout en restant officier d'active. Il s'est entraîné sur Margilic V, un série Tarann, et a réalisé qu'il pouvait maîtriser un bateau plus grand et plus rapide. Avec l'aide des architectes Gilles et Marc Costantini, il a conçu spécialement Pen Duick II, un ketch de 13,60 mètres. Ce bateau révolutionnaire, construit en contreplaqué pour optimiser sa légèreté, était un ovni pour l'époque, misant sur la légèreté contrairement aux autres bateaux de course fortement lestés. Avec un poids plume de 6 500 kg, alors que le précédent vainqueur déplaçait 13 tonnes, Pen Duick II a donné au déplacement léger ses premières lettres de noblesse.
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Le 18 juin 1964, Éric Tabarly a gagné avec panache l'OSTAR, la célèbre Transat anglaise en solitaire, en moins de 28 jours, 3 heures et 56 minutes, soit plus de deux jours d'avance sur le précédent record. Cette victoire essentielle dans la course au large moderne, remportée grâce aux qualités du marin et aux innovations du voilier, a lié à jamais son destin à celui du port de La Trinité-sur-Mer. Victorieux et mondialement célébré, il a ramené Pen Duick II à son port d'attache. 50 ans plus tard, le 28 juin, son port d'attache a célébré l'anniversaire de cette victoire au retentissement mondial en accueillant la mythique flottille de Pen Duick (I, II, III, V et VI), exceptionnellement rassemblée et accompagnée de centaines de plaisanciers en baie de Quiberon.
La légende populaire veut qu'Éric Tabarly ait suscité un engouement en France pour la voile et fait naître une vocation chez des dizaines de skippers. Il a marqué plusieurs générations de navigateurs et de coureurs hauturiers. Ses victoires ont contribué au développement des activités nautiques en France. En 1976, il a remporté une deuxième fois la Transat, à bord du Pen Duick VI, un voilier pourtant conçu pour être manœuvré par une quinzaine d'équipiers, malgré la rupture de son pilote automatique en début de course et des conditions météo très difficiles. Après ce doublé, et après avoir gagné devant Alain Colas et son Club Méditerranée de 72 mètres, il est descendu triomphalement l'avenue des Champs-Élysées.
Éric Tabarly a disparu en mer d'Irlande, au large du pays de Galles, dans la nuit du 12 au 13 juin 1998, alors qu'il convoyait en équipage le Pen Duick pour un rassemblement de voiliers construits sur plans Fife en Écosse. Il aurait été projeté en mer par le pic de la voile aurique du bateau au cours d'une manœuvre de réduction de voilure. Son corps a été repêché le 17 juillet 1998 par les marins du chalutier breton An Yvidig, à 80 kilomètres au sud des côtes irlandaises. Malgré son état méconnaissable, son identité a été confirmée par les vêtements qu'il portait : ses bottes bleues, son célèbre pantalon de coton rouge et son pull-over marin bleu marine avec l'inscription « Éric Tabarly ». Il a été marié à Jacqueline Chartol en 1984.
Éric Tabarly a également marqué l'histoire de l'architecture maritime, en participant activement à la conception de voiliers de compétition novateurs. Son influence s'étendait à travers ses écrits, tels que « De Pen Duick en Pen Duick » (1970), « Mes bateaux et moi » (1974), et « Mémoires du large » (1997).
La Saga des Pen Duick : Innovations et Conquêtes Océaniques
L'histoire des Pen Duick est un fil conducteur dans la carrière d'Éric Tabarly, chaque bateau incarnant une étape d'innovation et une nouvelle conquête.
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Pen Duick (le premier du nom) : Ce voilier ancien, construit en 1898 sur les plans de William Fife III, ne porte pas de numéro. Éric Tabarly le décrit comme l'œuvre d'un des « grands architectes de cette époque », notant que Fife a acquis une réputation particulière grâce à l'esthétique et à l'équilibre de ses bateaux, et que ceux construits dans son chantier avaient une construction inégalée. Abandonnée dans la vase, la coque du Pen Duick original était trop abîmée pour être restaurée. Éric, onze ans plus tard (en 1958), récupéra la quille en plomb et se servit de la coque en bois comme moule mâle pour fabriquer une nouvelle coque en stratifié polyester. En 1959, Pen Duick navigua à nouveau, marquant le début de l'ère moderne pour les bateaux de Tabarly.
Pen Duick II (1964) : Conçu spécifiquement pour la Transat anglaise de 1964, ce ketch de 13,60 m, construit en contreplaqué (une première pour un bateau de cette taille), misait sur la légèreté. Un poids plume de 6 500 kg, il tranchait avec les voiliers de course fortement lestés de l'époque, et a apporté ses premières lettres de noblesse au déplacement léger. Il est le bateau de la victoire historique de 1964.
Pen Duick III (1966) : Ce monocoque, avec une coque en aluminium de 17,45 mètres, présentait une carène à double bouchain et une quille à bulbe testée en bassin. Gréé en goélette à wishbone, il était très astucieux. Sous son gréement de goélette (deux mâts de taille égale), il profitait d'une faille dans les règlements de jauge où la surface de voilure entre les deux mâts était sous-estimée dans le calcul du rating. Cet avantage était particulièrement sensible aux allures portantes. Dès sa première saison (1967), surnommé "la cathédrale de toile", il a remporté 7 grandes courses du RORC, dont le Fastnet en temps réel et en temps compensé, puis Sydney-Hobart la même année. Il a participé en 1977/1978 à la Whitbread (course autour du monde en équipage) sous le nom de Gauloise avec Éric Loizeau comme skipper, gréé en ketch (le mât arrière plus court) car les règles de jauge tenaient désormais compte de la totalité de la surface des voiles. Sous le nom de Cacharel, Pen Duick III a aussi participé au premier Vendée Globe en 1989/1990 avec Jean François Coste comme skipper. Pen Duick III a régulièrement tiré des bords dans le chenal de La Trinité-sur-Mer, non seulement avec Eric Tabarly à la barre, mais aussi avec Philippe Poupon qui le mènera en solitaire pour la première Route du Rhum.
Pen Duick IV (1968) : Dessiné par André Allègre, ce trimaran en aluminium de 20,80 mètres, gréé en ketch, était équipé de deux mâts aile profilés. Il se caractérisait par des bras en treillis tubulaires, des rails d'écoute en arc de cercle et des flotteurs submersibles de relativement faible volume. Ce voilier a été vendu en 1970 à Alain Colas, qui l'a rebaptisé Manureva. Ce fut le premier multicoque d'Éric Tabarly, marquant son entrée dans l'ère des bateaux à plusieurs coques.
Pen Duick V (1969) : Un sloop de 10,60 mètres dessiné par Michel Bigoin et Daniel Duvergie, avec la forte implication d’Éric Tabarly pour le concept des ballasts et le dessin des appendices. Ses lignes de carène tendues, large et léger, étaient peu lestées mais équipées de ballasts pour augmenter la stabilité. La coque présentait de chaque côté, au-dessus de la flottaison, des redans longitudinaux (extensions de volume latérales destinées à augmenter le bras de levier des ballasts sans augmenter la largeur de carène).
Pen Duick VI (1973) : Ketch de 22,25 mètres en aluminium, conçu par l'architecte André Mauric, déplaçant 32 tonnes et équipé d'un lest de quille en uranium appauvri (remplacé par la suite par un lest en plomb). Il se caractérisait par une queue de malet sur le tableau arrière pour fixer le pataras, et une surface de voilure au portant de 600 m². C'est à son bord qu'Éric Tabarly a remporté sa deuxième Transat anglaise en 1976.
L'Ère des Multicoques et l'Audace de Tabarly
Dès 1966, après avoir navigué sur le trimaran Toria de Derek Kelsall et constaté ses performances, Éric Tabarly a été « persuadé que ce serait l'avenir de la course en mer ». Il s'est alors lancé à son tour dans le multicoque, faisant construire Pen Duick IV pour la Transat 1968. Son engagement dans cette voie a ouvert une nouvelle ère pour la course au large.
Au-delà des Pen Duick, Éric Tabarly a continué d'explorer les potentialités des multicoques et des innovations technologiques :
Hydroptère expérimental (1976) : Un prototype expérimental a été réalisé à partir d'une coque de Tornado de 6 m de long munie de foils, pour tester le concept hydroptère et la sustentation totale du voilier par des foils.
Paul Ricard (1979) : En 1975, Éric Tabarly, accompagné par une équipe d'architectes navals et une équipe de la société Dassault, a conçu un trimaran de type foiler. Après quatre ans de recherche de budget, il a rencontré Paul Ricard en 1979, qui a accepté de le financer. Ce trimaran de 16,50 mètres en aluminium, déplaçant 7 tonnes, se caractérisait par son bras de liaison unique et profilé, s'appuyant sur deux petits flotteurs équipés de foils. Il a pulvérisé le record vieux de 75 ans de la traversée de l'Atlantique à la voile. Paul Ricard a rallié La Trinité-sur-Mer juste après avoir franchi la ligne d’arrivée du record de la traversée de l’Atlantique en 10 jours, 5 heures, 14 minutes et 20 secondes. La Trinité-sur-Mer a d'ailleurs accueilli triomphalement le nouveau détenteur de ce record, Éric Tabarly et son équipage ayant pulvérisé, pendant l’été 1980, le temps de référence de la goélette Atlantic menée par Charlie Barr en 1905, avec Paul Ricard n’ayant mis qu’un peu plus de dix jours pour avaler l’océan !
Côte d'Or (1985) : Un monocoque en kevlar de 25,03 mètres, conçu sur un plan Joubert-Nivelt.
Côte d'Or II (1986) : Ce trimaran, conçu avec l'aide de l'architecte Xavier Joubert, a réutilisé la coque centrale et le safran du Paul Ricard. Il a été construit à Lorient, aux chantiers de la Perrière.
Bottin entreprise (1988/1989) : Initialement mis à l'eau pour Lionel Péan le 29 mars 1988 sous le nom d'Hitachi, il a été remis à l'eau pour Tabarly le 18 janvier 1989 sous le nom de Bottin entreprise. C'était un trimaran de 18,28 × 15,20 m, un plan VPLP.
Avec ces innovations, le port trinitain est devenu « la Mecque du multicoque », connu dans le monde entier avec des trimarans et des catamarans de plus en plus grands et rapides : Gauloises IV, Hydrofolie, Royale, puis Elf Aquitaine, Charente Maritime, Jet Services, Fleury Michon, Umupro Jardin, William Saurin, Formule TAG. Loïc Caradec, autre figure emblématique, a fortement contribué à l’enracinement des multicoques dans le port de La Trinité-sur-Mer. Pendant ce temps, les membres de la Société Nautique de La Trinité-sur-Mer sillonnaient les océans, avec André Viant sur Kriter IX et Éric Loizeau sur Gauloises III, à l’occasion de la Whitbread 1981-82. Le Tour de France à la Voile est également venu faire escale à La Trinité-sur-Mer, tout comme les vieux gréements pour les régates du 15 août.
Les années 80 ont marqué un virage important pour le nautisme hexagonal, et La Trinité-sur-Mer a été à la pointe de l'innovation. Les monotypes J-24 s'y sont installés en force, et la Société Nautique a organisé le Championnat du Monde des ¾ Tonner, sacrant pour la première fois un voilier français, Maligawa, de Guy Foupes. Les architectes français comme Jean Berret, Philippe Briand, Daniel Andrieu, et Jean-Marie Finot ont contrecarré la suprématie anglo-saxonne, dynamisant les chantiers hexagonaux. Corum, l’un des trois vainqueurs de l’Admiral’s Cup 1991, est revenu en baie de Quiberon à l’occasion du Spi Ouest France. Les Formule 40, ces multicoques de 12 mètres qui ont révolutionné l’approche architecturale depuis 1985, sont aussi venus se confronter à La Trinité-sur-Mer, avec des skippers tels que Philippe Poupon, Randy Smith, Yvon Fauconnier, Jean Le Cam, Loïck Peyron, Roland Jourdain, Pierre Le Maoût, et Yves Le Cornec. L’immense catamaran Royale de Loïc Caradec et Philippe Facque lors du Trophée des Multicoques 1985 témoigne de cette effervescence.
1990 a été une première pour le Trophée Clairefontaine, un show nautique rassemblant les meilleurs coureurs du moment, puis le Trophée des Multicoques a laissé place aux Grand Prix ORMA, où les trimarans de 60 pieds ont trouvé une base technique idéale pour se mettre au point et préparer les grandes courses océaniques. Cependant, après la Route du Rhum 2002 et surtout après 2006, le manque de circuits pour les multicoques a conduit à ce que les monocoques IMOCA les remplacent, en compagnie des engins de record en solitaire (Sodeb’O, IDEC) ou en équipage (Gitana). Néanmoins, La Trinité-sur-Mer continue d'être un centre névralgique pour les grands multicoques de course. Le plus grand trimaran de course du monde, Spindrift, y est amarré et se prépare en baie de Quiberon pour le record autour du monde, le Trophée Jules Verne.