Les Dimensions et l'Évolution des Trimarans de Thomas Coville : De la Puissance au Vol

La quête de records en solitaire et la maîtrise des océans sont intrinsèquement liées à l'évolution constante des machines qui les sillonnent. Pour Thomas Coville, figure emblématique de la course au large, cette aventure est indissociable de ses trimarans successifs, des voiliers d'exception dont les dimensions et les innovations techniques ont été façonnées pour repousser les limites. L'histoire des multicoques de Thomas Coville est celle d'une adaptation permanente, d'une recherche inlassable de performance, de fiabilisation et d'aérodynamisme, culminant dans des conceptions radicalement nouvelles, conçues pour le vol. Ces bateaux, véritables laboratoires flottants, incarnent l'alliance entre l'ingénierie de pointe et l'audace d'un skipper déterminé à s'inscrire dans l'histoire de la voile.

Le Sodebo Ultim' : Une Renaissance et une Optimisation pour le Solo (Ex-Geronimo)

Le parcours de Thomas Coville avec ses trimarans est marqué par une phase significative d'optimisation, particulièrement avec le Sodebo Ultim’, le navire à bord duquel il a réalisé son record du tour du monde en solitaire. Ce maxi-trimaran est né d'une transformation majeure, celle de l'ancien Geronimo d'Olivier de Kersauson, qui avait été stocké à Brest pendant six ans. Entre 2013 et 2014, un chantier de plus d'un an a été nécessaire pour métamorphoser ce géant des mers. Ce projet de réhabilitation a été décrit par le skipper comme "une véritable gageure", soulignant l'ampleur du défi technique et humain.

La coque centrale du Sodebo Ultim' a été entièrement repensée, devenant plus légère et plus épurée, passant d'une longueur de 34 mètres (en configuration équipage sur Geronimo) à 31 mètres. Les étraves des flotteurs ont également été remplacées par de nouvelles conceptions, et les bras de liaisons ont été renforcés, notamment pour pouvoir accueillir des foils. Une cure d'allégement de 6 tonnes a été appliquée à l'ensemble du navire, une démarche essentielle pour la performance en solitaire. D'autres éléments majeurs ont été intégrés, tels qu'un nouveau mât, conçu à partir des moules de l'ex-Groupama 3, un bateau célèbre pour ses performances. Les foils, la dérive et les safrans des flotteurs, des composants cruciaux pour la sustentation et le contrôle, proviennent quant à eux du trimaran USA17 d'Oracle Racing, vainqueur de l'America's Cup 2010. Toute l'expertise de Thomas Coville, accumulée au cours de dix années de records en solo, a été intégrée et mise au service de ce bateau. "Avec ce bateau très puissant (plus large de 4 mètres que son précédent), où les efforts sont énormes, j'ai l'impression d'avoir redécouvert une autre manière de naviguer", a-t-il confié, marquant l'importance de cette refonte.

Ce trimaran, d'emblée pensé pour être mené par un homme seul, répondait à une problématique majeure des 60 pieds de l'époque : leur instabilité longitudinale et leur tendance à enfourner. Pour y remédier, les architectes Nigel Irens et Benoît Cabaret ont imaginé un trimaran de 32 mètres de long. Bien que Thomas Coville jugeait les 60 pieds ORMA déjà suffisamment puissants, la nouvelle conception du Sodebo Ultim' porte 35 mètres de mât. Sa base de largeur, en revanche, est restée sensiblement identique, et même légèrement inférieure, à celle des 60 pieds ORMA qui affichaient 16,55 mètres de large. En comparaison, le Sodebo est "plutôt un peu plus étroit que les trimarans de 60 pieds ORMA des précédentes Route du Rhum (16,55 mètres), mais il bien plus long (32 mètres au lieu de 18,28) et porte 25 % de voilure en plus". Cette configuration visait à optimiser la puissance et la stabilité, en se distinguant des références précédentes par une longueur accrue et une surface de voilure augmentée. De cette époque Kersauson, seuls les bras et les trois quarts des flotteurs subsistent, témoignant d'une filiation technique tout en embrassant une transformation radicale.

L'aménagement intérieur et extérieur a été minutieusement conçu pour les besoins du skipper solitaire. Le cockpit et la cabine sont de plain-pied, une caractéristique essentielle pour assurer une veille active et une réactivité maximale en mer. Pour valider ces choix, une maquette à l'échelle 1 du cockpit a été réalisée en contreplaqué lors de la construction du trimaran, permettant d'étudier les déplacements et le positionnement de l'accastillage. Aujourd'hui, Thomas Coville ne changerait cet aménagement pour rien au monde, témoignant de son efficacité. La voilure a fait l'objet d'une réflexion approfondie. La puissance d'un voilier, en effet, n'est pas déterminée uniquement par sa surface de voile, mais par sa capacité à tenir celle-ci le plus longtemps possible lorsque la brise monte. Ainsi, le nombre de brins sur le palan de grand-voile ou le diamètre des enrouleurs de voile d'avant ont été calculés avec précision pour que Thomas Coville produise un effort optimal lors des manœuvres. Les dimensions des enrouleurs de voiles d'avant ont été spécifiquement étudiées pour un rendement optimal.

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L'Évolution Technologique et les Capacités Aériennes du Sodebo Ultim'

Après sa 2ème place sur la Jacques Vabre, Thomas Coville et son équipe n'ont cessé d'optimiser leur trimaran, le Sodebo Ultim', en vue d'échéances cruciales comme la Transat Anglaise et les tentatives de record autour du monde. Ces optimisations ont directement influencé les capacités aérodynamiques et "aériennes" du bateau. L'une des avancées majeures fut l'installation de foils en "L" sur les deux flotteurs. Ces appendices, conçus pour générer de la portance, permettent de soulager le trimaran, de réduire sa surface mouillée et de le rendre "plus aérien", améliorant ainsi considérablement sa vitesse potentielle. De même, les safrans ont été équipés de plans porteurs, contribuant à cette sustentation dynamique. Une nouvelle dérive, plus légère que l'ancienne qui datait de l'époque de Geronimo, a également été installée, s'inscrivant dans cette même logique de performance et d'allègement.

La recherche constante de légèreté a été un leitmotiv majeur du chantier d'hiver. Les plans porteurs, par exemple, sont creux, représentant "une nouveauté et une audace technologique". Cette approche permet de réduire le poids sans compromettre la solidité structurelle. Même la décoration du bateau a été mise à contribution pour cet objectif : avec sa nouvelle décoration autocollante, le Sodeb'O s'est "mine de rien délesté de 190 kilos de peinture et d'enduit", une économie de poids non négligeable à l'échelle d'un multicoque de course.

L'autre grande obsession de l'équipe a concerné la réduction des freins aérodynamiques. Pour cela, le trampoline est désormais un filet tissé, sans nœuds, minimisant la traînée. Le gréement dormant, qui était auparavant en PBO, a été remplacé par des câbles en carbone, dont la section a été réduite d'un bon tiers. Cette modernisation a permis un gain significatif en aérodynamisme. Il est à noter que la bastaque n'est pas indispensable à la tenue du gréement, les galhaubans ayant suffisamment de pied sur l'arrière ; elle n'est utilisée que "dans la mer formée" pour éviter au mât de travailler de manière excessive. Un nouveau chantier, surtout basé sur la fiabilisation et le confort de son skipper dans les mers du sud, a vu la mise en place d'une "cabane" dans le prolongement du cockpit, améliorant significativement les conditions de vie à bord pour Thomas Coville.

Ces améliorations ont permis au Sodebo Ultim' d'atteindre des vitesses impressionnantes. Lors de sa tentative de record autour du monde, Thomas Coville a mentionné des "pointes à 37 noeuds", s'interrogeant même : "Est-ce que je suis fou ? Bonne question !". Le bateau était capable d'enchaîner des trajectoires quasi parfaites à très hautes vitesses, même si des choix de route audacieux, comme ceux dictés par l'anticyclone de Sainte-Hélène ou la remontée des glaces, ont parfois rallongé le parcours. La machine "encaisse sans broncher" les conditions les plus viriles de l'Océan Indien ou les dépressions du Grand Sud, témoignant de sa robustesse et de sa conception avancée. Il n'est pas rare de voir Sodebo Ultim' naviguer à plus de 20 nœuds et même flirter avec les 30 nœuds lors de la remontée vers la Bretagne.

La capacité à optimiser le plan de voilure a également été cruciale. Au portant, Thomas Coville allait "désormais jusqu'à débrayer le bas-hauban sous le vent", ce qui lui permettait de porter un gennaker plus grand et bordé plus en arrière. Son point d'ancrage sur l'étrave étant différent de celui du gennaker, il pouvait choisir de le garder à poste. Avec un tour du monde et plusieurs transats à son actif, Coville connaît "sa machine sur le bout des doigts", une connaissance intime qui lui permet de tirer le meilleur parti de chaque configuration. Le bateau est une "libellule" dans laquelle il a vécu "déconnecté du monde", un témoignage de la fusion entre le marin et son multicoque, où l'optimisation technique se combine avec l'instinct du skipper.

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Sodebo Ultim 3 : Le Trimaran de Nouvelle Génération et le "Vol"

L'évolution des trimarans de Thomas Coville ne s'est pas arrêtée avec le Sodebo Ultim'. En mars 2019, un nouveau chapitre s'est ouvert avec la mise à l'eau de Sodebo Ultim 3, le "cinquième bateau aux couleurs de SODEBO". Ce prototype représente un saut générationnel, ne ressemblant "à rien de déjà-vu", et incarne l'ambition de porter la voile de compétition vers une dimension entièrement nouvelle : le vol au-dessus de l'eau.

Les dimensions de ce "mastodonte" sont impressionnantes et radicales : il affiche une longueur de 32 mètres, une largeur de 25 mètres et une hauteur de 32 mètres. Ces "mensurations dantesques" le placent dans le cercle très restreint des voiliers de course conçus pour atteindre des vitesses "jamais atteintes". La conception de Sodebo Ultim 3 est, elle aussi, une innovation en soi : il n'a pas été conçu par un seul architecte, mais par un "collectif de talents réuni autour de Thomas Coville". Ce groupe incluait des spécialistes de l'aéronautique et de la course automobile, expliquant l'esthétique et les performances qui donnent à ce "dompteur de vagues de faux airs, à mi-chemin entre une Formule 1 et un vaisseau spatial". Un safran, une section de mât ainsi qu’un élément de flotteur sont exposés, afin d'offrir l’opportunité de réaliser à quel point la technologie et l’innovation sont devenues omniprésentes dans la course au large à bord de navires conçus pour le vol et les records transocéaniques.

L'une des particularités les plus frappantes du Sodebo Ultim 3 est la forme de ses bras transversaux, "plus droits - et non plus en X - intriguent". La taille et la courbure des foils sont "uniques", contribuant à sa silhouette distinctive. Le navire, de classe "Ultim", ne passe pas inaperçu, notamment avec son mât sur lequel sont peintes des ombres humaines. Mais au-delà de l'esthétique, des choix architecturaux audacieux ont été faits pour la performance.

La position du cockpit est une "mini-révolution" : il n'est pas situé vers l'arrière du navire, mais "juste devant le mât, au centre". Cette localisation permet un meilleur équilibre du bateau et facilite la descente de la grand-voile au plus près du pont. Ce design général et le nouvel emplacement du cockpit sont les innovations les plus flagrantes, issues de l'imagination de Thomas Coville et de son équipe de huit designers qui ont "planché sans relâche pendant des milliers d'heures de travail".

Le passage au mode "100% volant" a été concrétisé un an après sa mise à l'eau, en février 2020. Cela a été rendu possible grâce à l'ajout d'une "aile de raie sur sa dérive centrale", un élément indispensable pour garantir un vol stabilisé. Associé à un plan porteur sur le safran central, cette configuration permet au trimaran de "voler au-dessus de l’eau". La technologie embarquée est à la pointe, le "monstre est bardé de la proue à la poupe d'instruments de navigation dernier cri avec fibre optique, intelligence artificielle et rapport de performance automatique après chaque navigation".

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Thomas Coville exprime son émotion face à cette nouvelle ère de navigation : "Quand j'ai commencé à décoller pour la première fois, j'en avais les larmes aux yeux. On entre dans une autre dimension", ajoutant qu'il ne pensait pas que cela allait lui "sortir les tripes et m'émouvoir autant". Il apprivoise désormais ce "mastodonte", apprenant à faire corps avec lui, toujours en quête de découvertes : "Tous les jours j'attends la prochaine sortie en me demandant ce que je vais apprendre". Avec le Sodebo Ultim 3, Thomas Coville a un programme ambitieux : "pas moins de 14 traversées de l'Atlantique et deux tours du monde, en 4 ans". Il se distingue d'autres skippers comme Franck Cammas ou Yann Guichard qui doivent gérer des multicoques géants conçus pour un équipage, car Thomas Coville dispose d'un trimaran conçu "à sa main et pour le solo".

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