Les nuances terminologiques et culturelles : distinguer voile et foulard islamique

Dans le cadre des discussions contemporaines sur les vêtements islamiques, les termes « voile » et « hijab » sont souvent utilisés de manière interchangeable, bien qu’ils ne signifient pas exactement la même chose. Comprendre la différence entre ces deux termes est essentiel pour saisir les nuances des pratiques culturelles et religieuses dans le monde musulman. Le terme « voile » est un terme général qui fait référence à tout tissu léger utilisé pour couvrir une partie du corps, en particulier la tête. Il peut être utilisé dans différents contextes culturels et religieux, et il n’a pas nécessairement de connotation religieuse spécifique.

Le foulard se distingue du voile par sa taille, il est plus petit que le voile et il est plus épais. Le voile sera porté sur la tête et le foulard, il se porte noué autour du cou principalement. Il peut être rectangle ou carré alors que le voile est toujours rectangle et jamais carré. Aussi un voile est souvent transparent, il va être considéré fin alors qu’un foulard est assez épais même s'il existe aussi des foulards fins en soie par exemple. De même un voile va aussi être plus léger. Maintenant vous ne ferez plus d’erreur de langage en confondant les deux types d’accessoire de mode qui se distinguent par leur histoire, par leur taille.

Le hijab : définitions et origines

Le mot « hidjab » (en arabe : حِجَاب, ḥijāb) est dérivé de la racine arabe ḥ-j-b, hadjaba qui signifie « dérober au regard, cacher ». Par extension, il prend également le sens de « rideau », « écran ». Dans un contexte non arabophone, il désigne plus particulièrement le voile que certaines femmes musulmanes portent, couvrant la tête et laissant le visage découvert. Le hidjab est souvent complété par une tunique ou un imperméable.

Le mot « hidjab » est utilisé sept fois dans le Coran. Dans cinq cas, il évoque une barrière d’ordre spirituelle. Dans aucun cas, il ne fait référence à un vêtement féminin. Hidjab signifie « séparation », et dans un sens concret, il se traduit la plupart du temps par « rideau » : il est devenu le symbole d’une séparation, même si dans le Coran, il ne signifie pas obligatoirement que ce soit entre les hommes et les femmes. Dans le Coran, le hijab n’a pas forcément un sens physique mais a surtout une connotation métaphorique. Il peut désigner la séparation entre Allah et les hommes. Toujours dans le Coran, le terme hijab ne fait pas référence aux vêtements.

Diversité des tenues et spécificités régionales

Au-delà du hijab, il existe de nombreux types de foulards portés par les femmes musulmanes dans le monde. Selon les pays et les courants religieux, sa forme diffère :

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  • Le tchador : En Iran, ce vêtement traditionnel est une grande pièce de tissu posée sur la tête, laissant apparaître l’ovale du visage, tenue fermée à l’aide des mains. Le tchador est une cape longue. Il est souvent accompagné d’un foulard plus petit placé en dessous. Dans ce pays, le port d’un foulard sur les cheveux est obligatoire, pas celui du tchador.
  • La burqa : À l’origine, vêtement traditionnel des tribus pachtounes en Afghanistan. Ce long voile, bleu ou marron, couvre complètement la tête et le corps, un grillage dissimulant les yeux. La burqa est le plus couvrant de tous les voiles islamiques. Elle couvre entièrement les cheveux, le cou et les épaules, mais laisse le visage découvert. Cette tenue est devenue aux yeux du monde le symbole du régime des talibans en Afghanistan, de 1996 à 2001.
  • Le niqab : Dans les pays arabes, voile intégral complété par une étoffe ne laissant apparaître qu’une fente pour les yeux. Il s’est répandu sous l’influence de l’islam wahhabite, qui prédomine en Arabie saoudite. Le niqab est un voile facial qui laisse la zone autour des yeux découverte. Toutefois, il peut être porté avec un voile oculaire séparé. Il est porté avec un foulard.
  • Le sitar : Parfois ajouté, le sitar (« rideau », en arabe), d’un tissu plus fin, recouvre même les yeux. Cela permet à la femme qui le porte de voir à travers, tout en préservant l’intimité de ses yeux, invisibles pour les autres.
  • L’al-amira : C’est un voile en deux parties. Il se compose d’un bonnet ajusté, généralement en coton ou en polyester, et d’un foulard en forme de tube.
  • La shayla : C’est un long foulard rectangulaire populaire dans la région du Golfe. Il est enroulé autour de la tête et épinglé aux épaules.

Analyse des fondements textuels et interprétations

Le port du hidjab n’est jamais explicitement mentionné clairement comme une prescription religieuse dans le Coran, même si de nombreux fondamentalistes l’affirment. Le hidjab a connu, au cours de l’histoire, des périodes de larges diffusions et des périodes de dévoilement. Le dévoilement des femmes qui contestent le port du hidjab est appelé al-sufûr.

« Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur [khimar] sur leur poitrine ; et qu’elles ne dévoilent leurs charmes qu’à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu’elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. »

Le mot traduit par « fichu » ici est le mot arabe « khoumour » (خُمُرِ, au singulier, khimar), qui peut signifier tout drap ou vêtement que portait la femme. Quant au terme rendu par « poitrine », il s’agit du terme arabe « jouyoub » (جُيُوب), que d’autres traducteurs ont rendu par échancrure, gorge, seins, ou encore décolleté. Mehdi Azaiez précise que cette injonction ne vise que la poitrine et non les visages.

Dans le verset 53 de la sourate 33, le Coran évoque une séparation avec les épouses de Mahomet : « Et si vous leur demandez (aux femmes du prophète) quelque objet, demandez-le leur derrière un rideau : c’est plus pur pour vos cœurs et leurs cœurs. » Mais il s’agirait plutôt de distances et d’obstacles qui interdiraient les contacts directs des invités du prophète avec ses femmes. Cette séparation, d’abord réservée aux femmes de Mahomet, se serait ensuite postérieurement étendue aux femmes musulmanes en général.

Le terme utilisé dans le verset 59 de la sourate 33 (djalâbib, pluriel de djilbab) « est d’origine éthiopienne et désigne un manteau et n’a donc rien d’un voile ». Pour Bahar Davary, le terme désigne un « vêtement extérieur ou robe ample et fluide ». Ce verset ne précise donc pas quelle(s) partie(s) du corps il faudrait cacher. Le verset 59 n’est probablement pas une prescription pour les musulmanes à se voiler. Ce verset évoque seulement les femmes de la famille de Mahomet qui rabattent un bout de leur manteau sur leur visage.

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Enjeux sociétaux et cadre légal en France

Le foulard est considéré comme un signe de modestie par les personnes qui le portent, et comme un symbole de foi religieuse. Mais tout le monde n’est pas d’accord avec eux et dans certains pays, comme la France et le Danemark, il est interdit de porter des vêtements couvrant le visage en public. Ils le font dans l’intérêt de la sécurité nationale, arguant que ces vêtements « rendent difficile l’identification » de la personne. Les partisans de cette mesure affirment qu’elle est vitale pour la sécurité publique et qu’elle encourage l’assimilation des minorités ethniques et religieuses. Mais les défenseurs des droits civiques estiment que cette interdiction est discriminatoire à l’égard des femmes musulmanes, dont certaines considèrent ce vêtement comme une obligation religieuse.

La loi française interdit le port du voile intégral dans les lieux publics depuis 2010. Cela concerne les lieux tels que les rues, les magasins, les transports en commun, les écoles, les hôpitaux, et tout autre espace accessible au public. Aucune référence à l’islam n’est néanmoins mentionnée dans le texte de loi. Celui-ci dispose que « nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage », en ce sens que ces pratiques « peuvent constituer un danger pour la sécurité publique et méconnaissent les exigences minimales de la vie en société ».

Le hijab, tout comme le tchador iranien, est autorisé en France dans tout l’espace public, à l’exception des écoles, collèges et lycées publics, et ce depuis la loi du 15 mars 2004 qui interdit le port de signes religieux jugés « ostensibles » dans les établissements scolaires. Le texte de loi proscrit également le port de la kippa, de grandes croix chrétiennes ou encore du dastar, turban porté par la communauté sikh. L’université n’est pas concernée par l’interdiction.

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